Adeptes, circuit, acquisition... Tout savoir sur le Bitcoin au Maroc

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CRYPTO-MONNAIE - Rarement technologie n’aura suscité autant d’engouement, ni autant de craintes que le Bitcoin. À l’heure où nous publions ces lignes, le cours de la crypto-monnaie a dépassé les 8.000 dollars après avoir flirté tout le week-end avec ce nouveau cap symbolique. Ne valant que quelques millièmes de dollars à son lancement en 2009, avoir un Bitcoin aujourd’hui équivaut à détenir une "petite" pépite d’or de 176 grammes.

MTDS n’est pas la première société marocaine à l’accepter comme moyen de paiement

Au Maroc, la monnaie virtuelle se fraie timidement son chemin dans les usages. De plus en plus de sociétés l’adoptent comme moyens de paiement. La dernière en date à avoir franchi le pas est MTDS. Entreprise de services numériques spécialisée dans le digital, la sécurité et le cryptage informatique, MTDS accepte dorénavant de se faire payer en Bitcoin pour l’ensemble de ses prestations.

Pourtant, et contrairement à ce qui a été annoncé ces derniers jours dans les médias, elle n’est pas la première à l’avoir fait. "Étant donné que nous maîtrisons le cryptage informatique, nous avons pensé que c’était une bonne idée de pouvoir étendre nos moyens de paiements au Bitcoin, mais nous ne sommes pas la première société à l’avoir fait et encore moins les premiers à l’introduire au Maroc", précise au HuffPost Maroc Karl Stanzick, directeur général de MTDS.

Car plusieurs entreprises marocaines se sont essayées à la monnaie virtuelle avant MTDS. C’est le cas de Genious Communications, société d’hébergement et d’enregistrement de noms de domaine qui utilise depuis 7 mois déjà le Bitcoin comme moyen de paiement pour ses services. "Jusqu’à présent, nous avons effectué une trentaine de transactions qui ont été payées par cette monnaie", nous confie Hamza Aboulfeth, PDG de la société, et également à la tête d’Anonymous SARL, une compagnie marocaine de sécurité et de protection de la vie privée sur réseau (VPN) qui accepte d’être payée en Bitcoin depuis... trois ans!

Les techniciens de Derb Ghallef minaient du Bitcoin dans leurs locaux

Et ils ne sont pas les seuls. D’autres professions et corps de métiers se sont lancés dans la fièvre du Bitcoin. Khalid en fait partie. Dentiste de son état, il avait fait sensation en 2016 en annonçant accepter le Bitcoin comme moyen de règlement pour ses soins. "Les Marocains n’ont pas attendu que le cours de la crytpo-monnaie explose pour s’y intéresser. Des techniciens à la Joutia de Derb Ghallef minaient déjà des Bitcoins dans leurs locaux (le minage étant le processus de participation à l'écriture de la transaction contre une rémunération, ndlr), tandis que des bazars à Marrakech l’utilisaient comme moyens de paiement bien avant ces sociétés", affirme Ali Hamayed El Mili, patron d’une agence de conseil en marketing et crypto-enthousiaste. Un engouement qui se chiffrerait même en millions de dirhams à en croire Aziz Elmir, trader et développeur de crypto-monnaies. Dans une déclaration au site spécialisé Cointelegraph, Elmir avait en effet estimé à 200.000 dollars (2 millions de dirhams) le montant des transactions en Bitcoins qui sont effectuées chaque jour au Maroc.

Un montant qui, s’il est avéré, échappe à tout contrôle en l’absence de cadre réglementaire, que ce soit de la part de Bank Al-Maghrib (BAM) ou de l’Office des Changes. "Il n’y a, pour l’instant, rien de prévu par rapport au Bitcoin", nous déclare Mohamed Saad, président de l’Association des utilisateurs des systèmes d’information au Maroc (AUSIM) qui précise toutefois que la banque centrale s’intéresse à la blockchain, technologie sur laquelle se base la monnaie virtuelle.

Comment faire pour acheter du Bitcoin au Maroc

Sans être impossible, se procurer du Bitcoin au Maroc reste assez difficile et demande quelques connaissances en informatiques. En effet, étant tout à fait virtuelle et décentralisée, la monnaie ne transite pas par les canaux habituels et n’est pas stockée chez une banque.

Tout d’abord, il faut disposer d’un moyen de paiement en devises: soit une carte bancaire internationale, soit un compte PayPal. L’inconvénient étant qu’on ne pourra pas dépasser sa dotation touristique sur Internet (10.000 dirhams) en achat de Bitcoins. Petite consolation toutefois, le cours de la monnaie virtuelle suit un trend haussier: si une personne avait dépensé la totalité de sa dotation en Bitcoin en mai 2016, elle se serait retrouvée aujourd’hui avec plus de 160.000 dirhams.

Il faudra disposer ensuite d’un portefeuille électronique pour pouvoir stocker la crypto-monnaie. Similaire à un compte mail, ce portefeuille pourra être créé sur des sites spécialisés et sera adossé à une ou plusieurs adresses qui seront utilisées pour payer ou recevoir des Bitcoins. "L’offre est diversifiée et le choix final se fera selon l’importance accordée par la personne à certains critères, notamment le degré d’anonymat offert par le portefeuille et la praticité de son utilisation", explique Ali Hamayed El Mili. Ce n’est qu’après la création de ce portefeuille qu’on pourra s’adresser à une plateforme de change (sorte de bureau de change virtuel) pour acheter du Bitcoin soit en euros ou en dollars. Une fois la somme souhaitée achetée, les Bitcoins seront transférés sur le portefeuille qui permettra de faire des opérations.

À noter qu’il est toujours possible d’acheter des Bitcoins en cash si l’on ne dispose pas de carte bancaire internationale ou si l’on veut tout simplement acheter plus que ce que permet la dotation touristique. Pour ce faire, et une fois le portefeuille créé, il suffit de se rendre sur des plateformes de mises en relations entre particuliers. Le site va lister l’ensemble des vendeurs de Bitcoins contre du cash les plus proches et le prix qu’ils demandent. Il faudra ensuite entrer en contact avec le vendeur qui transférera le montant désiré de son portefeuille vers celui du destinataire contre un paiement cash en dirhams qu’il recevra.

Mise à jour: S’il n’y avait aucune position officielle des autorités marocaines quant à la question jusqu’à présent, l’Office des changes vient de réagir en interdisant les transactions effectuées via monnaies virtuelles. Dans un communiqué paru lundi 20 novembre et relayé par la MAP, le département de Hassan Bouknadel met en garde contre l’utilisation des monnaies virtuelles, rappelant que de telles transactions "constituent une infraction à la réglementation des changes, et sont passibles de sanctions et d’amendes prévues par les textes en vigueur".

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