À Kaboul, le sacrifice héroïque de ce policier a permis de sauver de nombreuses vies

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SAYED BASAM PACHA
À Kaboul, le sacrifice héroïque de ce policier a permis de sauver de nombreuses vies | TWITTER/JAWIDOMID
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INTERNATIONAL - À 25 ans, Sayed Basam Pacha est devenu un héros. Lors de l'attentat-suicide qui a fait 14 morts à Kaboul le 16 novembre 2017, ce jeune lieutenant de la police afghane n'a pas hésité à se sacrifier pour tenter d'empêcher l'explosion, comme le raconte le New York Times qui a dressé son portrait.

Jeudi 16 novembre, une réunion entre les partisans du gouverneur de la province de Baklh (dans le nord du pays) est organisée dans une salle des fêtes à Kaboul. Atta Mohammad Noor, le gouverneur, est un des critiques les plus virulents du président Ashraf Ghani et de son gouvernement, et la réunion se tient sous haute sécurité, car des membres de ce parti ont déjà été pris pour cible au cours des derniers mois.

Le lieutenant Sayed Basam Pacha est donc envoyé sur place, avec plusieurs hommes. La réunion s'éternise et le lieutenant se promène dans le hall, boit un thé, et discute. Mais il retourne à la porte de la salle de réunion, avant que les élus n'en sortent. Contacté par le New York Times, le propriétaire de la salle explique lui avoir proposé de finir son thé avant de retourner à son poste. Sayed Basam Pacha refuse et signale un homme à l'attitude inquiétante.

C'est ce qui va lui coûter la vie, mais permettre d'en sauver plusieurs autres.

Alors que le suspect s'approche de la porte de la salle de réunion, le lieutenant Sayed Basam Pacha lui ordonne de s'arrêter. Mais l'individu se met alors à courir, avant d'être intercepté par le lieutenant, qui l'immobilise en l'entourant de ses bras. Une seconde plus tard, la bombe cachée sous la veste de l'assaillant explose.

Toutes les fenêtres du bâtiment ont été soufflées par la déflagration et une voiture garée à proximité s'est embrasée, a constaté un photographe de l'AFP. La zone a rapidement été bouclée par des dizaines de membres des forces de l'ordre.

"Huit policiers et six civils ont été tués tandis que 18 autres civils ont été blessés", indiquera par la suite un porte-parole de la police de la capitale afghane. Un bilan déjà lourd, mais qui aurait pu être bien plus grave si Sayed Basam Pacha n'avait pas, grâce à son corps, atténué l'impact et la puissance de l'explosion, comme l'a affirmé Basir Mujahed, porte-parole de la police, au New York Times.

"C'est un héros, il a sauvé plusieurs vies. Les sept policiers qui l'accompagnaient le sont aussi, mais lui, il l'est tout particulièrement. Pensez seulement à ce qui aurait pu se produire si le kamikaze avait passé la porte - vous ne pouvez même pas imaginer", a-t-il ajouté.

"Il n'a jamais pensé un jour qu'il pourrait se faire tuer"

"Mon fils s'est sacrifié pour sauver d'autres personnes", a confié, ému, le général Agha, père du lieutenant décédé, au New York Times.

Pour le quotidien américain, il a brièvement évoqué le parcours de son fils: "Il avait deux licences, une en sciences politiques, l'autre de l'académie de police. Il a étudié cinq ans en Turquie, et il en est revenu il y a un an et demi. Il avait 25 ans, était célibataire, et avait trois frères et une sœur. Lui et moi étions les seuls de notre famille à travailler dans la police. Il était très sportif", a-t-il raconté, avant de mettre fin à la discussion.

À en croire ses amis, Sayed Basam Pacha avait aussi de grandes ambitions professionnelles. Il espérait ainsi pouvoir continuer ses études en Angleterre, avant de revenir s'installer en Afghanistan. "Il voulait changer les choses ici, il avait une opportunité pour partir et s'installer à l'étranger mais il n'en a pas voulu. (...) Il avait de grandes ambitions pour lui-même. Il voulait devenir général comme son père, et peut-être un jour devenir un haut fonctionnaire du ministère", a raconté l'un de ses amis producteur, Sayed Najib Asil. En poste depuis dix-huit mois dans la police, Sayed Basam Pacha s'était d'ailleurs déjà fait remarquer et recommander par ses supérieurs pour une évolution de poste.

Depuis le début de l'année, les attentats se multiplient à Kaboul, où la tension a encore grimpé d'un cran à l'approche des élections législatives et locales prévues en 2018, après avoir été longtemps repoussées. Mais selon son entourage, ce climat n'avait jamais ébranlé le jeune lieutenant. "Il était toujours triste pour les victimes, mais il n'a jamais pensé qu'un jour il se ferait tuer", a confié son ami.

L'attentat a été revendiqué quelques heures après par le groupe terroriste Daech. Pour son entourage, comme pour ses collègues, Sayed Basam Pacha restera à jamais un héros et un exemple à suivre.

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