Minorités religieuses: La coordination marocaine maintient son congrès coûte que coûte

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LIBERTÉ DE CULTE - Terrain miné. Le congrès sur "La liberté de conscience et de croyance entre le débat de reconnaissance et la question de cohabitation", prévu demain, n’aura pas lieu à la Fondation Orient-Occident à Rabat, mais au siège de l’Association marocaine des droits humains (AMDH).

"Nous nous étions mis d’accord avec la Fondation, il y a un mois. Et une semaine avant le congrès, elle nous a prévenu que ce n’était plus possible pour elle d’abriter notre manifestation arguant avoir été contactée par les autorités. Celles-ci lui ont expliqué que ce genre de débat n’appartient qu’à l’Etat ou à des organismes qui le représentent", déclare au HuffPost Maroc Jawad El Hamidi, coordonnateur du comité marocain des minorités religieuses à l’origine de ce congrès.

Ce dernier ne cache pas son regret vis-à-vis de ce désistement, affirmant que le comité avait l’habitude d’utiliser la salle de conférence de la Fondation bien avant. "Nous l’avions toujours fait d’ailleurs sans recourir à des demandes officielles, notamment pour des sessions de formation", ajoute-t-il.

Pour le comité, l’organisation du congrès répond à la volonté de construire une plateforme d’échanges entre les minorités religieuses dans le but d’une union qui les sortirait de l’ombre. "Pour débattre d’un sujet pareil à la fois épineux et sensible, qui implique aussi des réformes, l’initiateur doit être lié aux autorités. C’est une question de lignes rouges", constate le coordonnateur.

Intox, désistement et confusion

Des regrets, Jawad El Hamidi en a aussi par rapport à la médiatisation de l’événement. "Si nous n’en avions parlé que la veille, les choses se seraient déroulées sans problème au point de vue logistique", estime-t-il. Et d’ajouter que le "tapage médiatique" autour du congrès avant sa tenue l’a desservi. "Certains médias ont lancé que le congrès concernera les athées et les homosexuels. Beaucoup de rumeurs et d’intox ont circulé autour de l’événement", s’indigne le coordonnateur du comité.

Résultat: certains des participants au congrès se sont désistés. "La zaouia soufie gargaria m’a appelé pour m’informer qu’elle ne sera pas à l’événement à cause de la rumeur faisant de lui le congrès de l'athéisme", explique Jawad El Hamidi. Certains des intervenants ont été, pour leur part, invités, d’après notre interlocuteur, à un autre événement sur le même sujet organisé par un média électronique arabophone le même jour.

Entre la première version du programme établi au début du mois courant et celle publiée cette semaine, plusieurs noms connus, dont celui de Mohamed Fizazi et Mohamed Tozi n’y sont plus. Par contre, d’autres, notamment des militants des droits de l’Homme, s’y sont inscrits pour soulever la question des conventions internationales garantissant les libertés religieuses.

Ahmed El Haij, président de l’AMDH, qui abritera le congrès, interviendra sur ce volet. "Pour nous, accueillir ce débat ne se limite pas à la logistique, c’est avant tout par principe que nous le faisons", confie-t-il au HuffPost Maroc. Et ce "principe" concerne "les libertés de manière générale. Nous ne pouvons que soutenir ceux et celles qui en sont privés. Le droit à la Liberté de rassemblements publics et de réunions publiques est garanti par les conventions internationales, mais aussi par la constitution marocaine", souligne-t-il.

Pour lui, la reconnaissance des libertés de conscience et de culte devrait relever "d’une simple évidence". "Que nous soyons d’accord avec une personne ou non reste personnel, mais ce que nous avons de commun reste les libertés que nous devons respecter et garantir par tous les moyens", estime Ahmed El Haij.

L’AMDH dénonce ainsi le fait que le congrès du comité des minorités religieuses ait eu du mal à organiser son débat. "C’est inconcevable d’autant que le Maroc a signé des conventions pour assurer ces libertés, notamment de culte. Interdire l’accès aux espaces pour s’exprimer, c’est une contradiction flagrante qui ne règle pas la situation. On n’entre jamais dans la tête des gens, de toute façon!", s’indigne Ahmed El Haij.

Débat relancé

Si ce congrès a eu du mal à mettre en place son organisation, il a, toutefois, réussi à remettre le débat de la liberté de culte et de conscience sur la table. C’est ce que pense Kamal Lahbib au Collectif Démocratie et Libertés (CDL): "Nous soutenons la cause et nous continuerons à le faire. Il s’agit, pour notre association, de l’un de ses objectifs stratégiques. Cet événement nous offre l’opportunité de relancer le débat".

Le CDL a été sollicité pour prendre part à ce congrès, mais il a estimé ne pas disposer d’éléments lui permettant d’agir concrètement dans les travaux. Dans un communiqué publié hier, cette association explique avoir rencontré les initiateurs, le lundi 13 novembre, "pour prendre la mesure des objectifs, de la mobilisation et des avancées en termes d’organisation". "Nous n’avons pas d’éléments pour pouvoir y participer et le hasard a voulu que la date de ce congrès coïncide avec une réunion que l'association avait prévue", explique Kamal Lahbib.

"Nous ne leur avons pas demandé de reporter cette manifestation. Cette initiative va, cependant, booster le CDL pour accélérer le rythme de sa campagne pour la liberté de conscience qui n’a rien à voir avec les libertés globales. Nous agissons pour la liberté de conscience, la défense des minorités religieuses, mais pas dans le concept large des libertés individuelles", tient à expliquer Kamal Lahbib.

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