La masturbation féminine en Tunisie: Quand les langues se délient et les maux pèsent

Publication: Mis à jour:
WOMEN MASTURBATION
volkovslava via Getty Images
Imprimer

"Charité bien ordonnée commence par soi-même", tel est le célèbre adage qui s'applique en matière de masturbation. Connais toi jusqu'au bout des ongles est ici plus qu'une expression, c'est un art manuel qui s'apprend, porté par l'excitation.

De nos jours, si l'initiation à la jouissance est à portée de main, et à portée de vue avec un accès facile à la pornographie, l'apprentissage approfondi, quant à lui, se fait par la technologie grâce à l'apparition de gadgets plus vibrants comme les sextoys, les godemichets et autres. Cette accessibilité plus ou moins assurée du plaisir rime-t-elle pourtant avec son acceptation lorsqu'on est femme et tunisienne?

La question de la masturbation gêne et provoque un malaise, car on effleure le jardin secret de l'intime, ou on met le doigt sur le tabou de la sexualité, encore plus, la sexualité féminine.

Hana, 30 ans, n'a pas eu besoin de comprendre ou théoriser sur ce que c'est, elle était guidée par ses instincts. Les instincts d'une adolescente "qui ne savait pas ce qui lui arrivait", lance-t-elle.

Le corps bouillonnant sans savoir par quoi l'assouvir, elle ne tardera pas à se rendre compte du pouvoir magique des jets d'eau. Depuis, elle a tout appris, elle savait comment procéder pour "éteindre la flamme de l'excitation". Elle apprendra plus tard tous les mythes et les interdits autour de la masturbation, "un sentiment de culpabilité et de honte s'emparait de moi quand je finissais" et elle recommençait. "Je savais que je ne faisais de mal à personne, encore moins à moi-même, bien au contraire", explique-t-elle.

Se masturber pour évacuer son stress, se détendre, pour le plaisir, mais aussi un bon remède quand on est vierge, comme l'affirme Amina, 25 ans. La jeune fille avoue qu' "elle aime ça". Elle est aussi contrariée de se contenter de ce plaisir "inoffensif et sans conséquences", explique-t-elle, en attendant le grand amour. "Ça calme et c'est en douceur". La jeune femme prédit qu'elle n'en aura probablement plus besoin quand elle aura des relations sexuelles.

Pas si sûr, comme le dit Houda, 32 ans, en couple depuis des années. Son penchant pour le plaisir solitaire est plus ou moins intact, surtout "quand on a un conjoint qui ne te comble pas pleinement", précise-t-elle. Houda termine souvent ce qu'a entamé son conjoint mais en catimini pour ne pas l'offenser: "Dès qu'il termine, il se lève pour aller se laver, c'est là que j'en profite pour me donner du plaisir en m'efforçant à étouffer mes gémissements pour qu'il ne m'entende pas. Je finis aussi satisfaite que lui et je n'ai pas de rancune à son égard, même s'il a été égoïste au lit, je n'en sors pas perdante, au moins", raconte-t-elle.

La masturbation a donc la vertu d'apaiser des tensions dans les couples ou à en éviter comme en témoigne Hend, 34 ans, mariée depuis environ 10 ans. Derrière ses parties de plaisirs solitaires, une jouissance pas toujours joyeuse; "Je le fais parfois pour combler un vide émotionnel, parce que je suis en colère contre mon mari et que je n'ai pas envie qu'il me touche ou parce que je suis dans une période de mon cycle où je suis particulièrement excitée. Je le fais aussi parce que je suis sure d'avoir un orgasme. Tu n'es pas dans la séduction, ni dans l'envie de plaire, tu assouvis un besoin et c'est tout", explique la jeune femme.

La masturbation sert aussi parfois à aiguiser sa vie de couple, à épicer leur sexualité: "Mon mari aime me voir le faire, ça l'excite", confie-t-elle. La masturbation devient alors un moment de partage où le couple explore d'autres pratiques sexuelles. Exciter son partenaire et s'acheminer plus facilement vers l'orgasme, ou comment joindre l'utile à l'agréable, selon Hend.

La masturbation féminine: Le reflet d'une sexualité refoulée

"Les tabous sur la masturbation féminine sont à considérer d'un point de vue plus large où la sexualité masculine est tolérée et la féminine est considérée comme dangereuse", a expliqué Zine El Abidine Ennaifer, psychiatre et sexologue au HuffPost Tunisie.

Pour le spécialiste, la question est purement culturelle, la sexualité de la femme est refusée et considérée comme une forme de rébellion qui ouvre la porte à toutes les débauches. "La femme étant perçue comme une propriété de l'homme, elle est l'instrument de sa jouissance; lui seul peut se permettre toutes formes de sexualité", a-t-il renchéri.

Il en découle une volonté de contrôler ce qui a trait à la femme; son discours, ses habits, sa sexualité. Le sexologue cite l'exemple des cultures qui continuent à exciser les femmes au nom de cette peur et de la diabolisation de la sexualité féminine.

"La masturbation est un comportement normal, un moyen pour se procurer une jouissance sexuelle. À l'âge adulte, elle constitue un outil de soulagement, notamment pour certaines personnes qui ne peuvent pas avoir des relations sexuelles pour des raisons religieuses, de timidité, ou en raison d'un milieu social hostile", explique le psychiatre.

Si l'avènement de la contraception a libéré la femme de sa fonction uniquement productive, les mentalités ne lui ont pas encore rendu son droit à la jouissance. "Et c'est souvent les femmes devenues mères qui transmettent la culture de tabou, de la honte autour de sa propre sexualité à ses filles", conclut Zine El Abidine Ennaifer.

LIRE AUSSI:

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

À lire aussi sur le HuffPost Maghreb

Close
masturbation scenes
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Suggérer une correction