Selon un expert londonien en intelligence économique, la Tunisie commence à montrer des signes de reprise économique

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"La Tunisie commence à montrer des signes de reprise économique", tel est le titre d'un article publié le 15 novembre 2017 par le Financial Times.

Après une visite en Tunisie pendant laquelle il a pu rencontrer et recueillir les déclarations de bon nombre de Tunisiens, Pierre le Jeune d’Allegeershecque, analyste dans un cabinet de conseil en intelligence économique et auteur de ce papier, estime qu'en dépit des difficultés économiques de la Tunisie, les indicateurs sont en train de tourner positivement.

"La Banque mondiale s'attend à une reprise de la croissance cette année alors que la situation politique et sécuritaire se stabilise et que les investissements étrangers commencent à revenir. Les touristes montrent un regain d'intérêt pour la Tunisie, dont le tourisme a été gravement touché à la suite des attentats terroristes de 2015" écrit Pierre le Jeune d’Allegeershecque dans son article.

Ils reviennent pour participer à la relance économique

Le journaliste relève également "le nombre important de Tunisiens de la classe moyenne et supérieure qui continuent à suivre des études à l'étranger, principalement en France".

Selon Pierre le Jeune d’Allegeershecque, certains étudiants tunisiens à l'étranger reviennent au pays afin de lancer leurs propres projets, ou encore rejoindre des entreprises. Leur nombre serait en nette augmentation.

"J'ai rencontré un jeune rapatrié dont les affaires sur Internet avaient connu un tel succès qu'il était sur le point de s'étendre dans deux autres pays africains francophones" écrit-il.

Alléger les procédures administratives doit être une priorité

Pierre le Jeune d’Allegeershecque estime que le gouvernement tunisien doit œuvrer à faciliter le climat des affaires et la liberté économique dans le pays, afin de pouvoir attirer l'investissement étranger nécessaire à la résolution des problèmes d'inégalités géographiques et du taux élevé de chômage chez les jeunes.

"Les gouvernements étrangers et les entreprises se plaignent de la difficulté de travailler dans un pays où l'investissement est régi par des procédures souvent complexes, sans oublier la menace terroriste aux frontières libyennes et algériennes" a-t-il noté.

"Certains jeunes tunisiens font de leur mieux pour avancer. Je suis tombé sur un bureau partagé aux Berges du Lac, qui accueille cinq entreprises, dont un fonds de capital-risque, une librairie en ligne et un site d'information sur les Finances. La Tunisie a peut-être perdu une grande partie de ses talents, mais il existe des niches d'innovation qui doivent être nourries si le pays veut se rétablir" lit-on dans son article.

Pierre le Jeune d’Allegeershecque estime que Tunis a tous les attributs d'une grande ville méditerranéenne, mais que les touristes qui autrefois avaient peuplé ses plages, sont devenus peu nombreux.

"Les terrasses des hôtels chics de Gammarth, où il était difficile de trouver une table, sont maintenant principalement occupés par de riches Tunisois, voyageurs d'affaires et parfois des touristes" écrit-il dans son article.

D'après ses multiples discussions avec des citoyens tunisiens, le journaliste décrit une liberté d'expression acquise après la révolution mais rapidement éclipsée par les difficultés économiques par lesquelles passe le pays, des difficultés aggravées après les attentats terroristes de 2015.

Disparités régionales, croissance très lente et chômage élevé

Selon Pierre le Jeune d’Allegeershecque, l'économie tunisienne a fait face à de sérieux défis, notamment le taux de croissance qui peine à atteindre 1%, accompagné du taux de chômage élevé chez les diplômés universitaires et dans les régions défavorisées du sud et de l'ouest du pays, foyers, dit-il, des manifestations, de la pauvreté et du manque d'opportunités. Ce taux de chômage menace, selon le journaliste, de se transformer en "une fuite des cerveaux ruineuse".

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"Le nord et l'est du pays, relativement prospères, souffrent néanmoins de difficultés économiques majeures, en plus de l’inégalité importante entre les trois principales villes économiques du pays, à savoir Tunis, Sousse et Sfax" lit-on dans l'article de Pierre le Jeune d’Allegeershecque.

L'auteur de l'article dénonce également des disparités "évidentes" dans la capitale Tunis. "La prospérité du quartier des Berges du Lac et du quartier branché de Gammarth, contraste fortement avec les quartiers de la banlieue Sud et Est de la ville, où les vitrines délabrées et les bâtiments abandonnés sont de plus en plus répandus" écrit-il.

Selon Pierre le Jeune d’Allegeershecque, bien que les biens du clan Ben Ali aient été saisis et qu'on pourrait croire à une amélioration du climat des affaires dans le pays, ceci a cependant présenté un autre problème: la perte d'investisseurs étrangers, qui étaient associés à l'entourage de Ben Ali, et que malgré leur corruption représentaient, dit-il, une grande partie des hommes d'affaires du pays. Toujours selon Pierre le Jeune d’Allegeershecque, la décision de nombreux expatriés tunisiens de rester à l'étranger, a laissé une pénurie de compétences, qui continue de nuire au pays.

"Malgré les problèmes auxquels le pays est toujours confronté, il y a très peu de nostalgie pour le régime de Ben Ali. La colère des Tunisiens visait les échecs des politiciens indépendants et ceux des partis politiques, plutôt que du système dans son ensemble. Beaucoup de personnes à qui j'ai parlé à Tunis ont déclaré que, certes, la situation est loin d'être parfaite, mais qu'il est au moins possible aujourd'hui de la critiquer ouvertement" a-t-il écrit.

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