18 ans, un album et des millions de vues: Qui est Mehdi Benjelloun, alias Petit Biscuit? (INTERVIEW)

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PETIT BISCUIT
18 ans, un album et des millions de vues: Qui est Mehdi Benjelloun, alias Petit Biscuit? | Jonathan Bertin
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MUSIQUE - Un an et demi après avoir sorti son premier EP, Petit Biscuit, Mehdi Benjelloun de son vrai nom, revient avec un premier album. "Presence" est dans les bacs depuis le 10 novembre, jour où il a fêté ses 18 ans. Malgré le succès - son titre "Sunset Lover" a été vu pas moins de 50 millions de fois sur YouTube - le jeune artiste franco-marocain qui cartonne sur les plateformes de streaming avec ses tracks d'électro "posée" garde la tête sur les épaules. Entretien.

HuffPost Maroc: À 18 ans, vous sortez votre premier album, vous faites des tournées mondiales, vos chansons sont vues des millions de fois sur YouTube... Qu'est-ce qui vous fait garder les pieds sur terre?

Petit Biscuit: Garder les pieds sur terre, ça se décide. Pour moi, le seul moyen, c'est de garder son entourage, les amis qu'on a, et profiter des moments un peu simples qu'on peut vivre en dehors de la musique.

Racontez-nous vos débuts dans la musique...

Quand j'avais 5 ans, j'ai demandé à ma mère de m'inscrire à l'école de musique, pour jouer du violoncelle. En fait j'avais confondu avec le violon, mais finalement, le violoncelle m'a plu! C'était surtout de la technique, et j'avais envie de me lancer dans la création artistique. Ça me soûlait un peu de devoir apprendre des partitions (rires)! J'ai commencé à écouter beaucoup de musique, notamment sur Soundcloud, il y avait plein de petits artistes qui postaient des sons mêlant électro, hip hop, pop... Mais dans ta tête, à 12 ans, tu as du mal à savoir comment concrètement créer de la musique.

C'est là que j'ai commencé à m'intéresser à la création, avec un logiciel et un clavier. J'ai passé un an et demi environ à essayer de maîtriser le logiciel. Jusqu'à mes 15 ans, j'ai essayé de trouver la musique que j'aimais et celle que j'avais envie de montrer. Mais pour créer, il faut être un peu satisfait de soi. Je me suis cherché pas mal de temps, puis j'ai sorti ma première track qui s'appelait "Pulse", vers fin 2014-début 2015. C'est avec "Sunset Lover" que ça a explosé et que le projet a pris forme. Les gens commençaient à reconnaître la patte Petit Biscuit.

Quelle est la recette pour faire quelque chose de différent des autres artistes?

Je n'ai pas la prétention de dire que je fais un son ultra différent, je fais juste ce que j'aime. Je n'essaie pas de me démarquer parce que je pense que c'est justement quand on essaie à tout prix de se démarquer que l'on n'y arrive pas! Ce sont les goûts de chacun et les expériences qu'on a envie de vivre qui font qu'on produit des choses différentes.

Pourquoi avoir choisi "Petit Biscuit" comme nom d'artiste?

C'est un mec de 14 ans qui ne savait pas trop comment appeler son projet! (rires) J'aimais bien parce que ça faisait français, petit personnage. Je me suis identifié à ça. Même si tu ne sais pas ce que c'est, tu peux imaginer que c'est un "petit gars". Ça ne partait pas d'une réflexion exceptionnelle mais j'ai commencé à apprécier le nom quand j'ai vu les gens qui en parlaient, me demandaient d'où ça venait. Ça intrigue beaucoup de gens, ça me plaît!

Comment qualifieriez-vous votre style?

C'est une musique évolutive. Ce n'est pas prédéfini. Ma patte, ce n'est pas juste des voix découpées et une guitare, c'est au-delà de ça. J'aime bien tester de nouveaux mélanges, en gardant une base électronique. Je pense que c'est plus ma manière de composer qui me définit. J'essaie toujours de trouver un gimmick un peu entêtant et de construire des accords soit épiques soit nostalgiques dessus, en mêlant des sons d'un peu partout, du hip hop, de la world music, de la pop, de l'électro bien sûr. C'est un métissage musical.

petit biscuit

Quelle est votre histoire avec le Maroc?

Mon père est marocain, il est venu faire ses études en France puis s'y est installé définitivement. Moi j'ai toujours vécu en France mais je suis déjà venu plusieurs fois au Maroc, souvent l'été. Je ne pense pas très bien connaître le pays, parce qu'on n'y va pas pour de longues durées. Mais j'ai quand même un peu fait le tour du pays, je suis allé à Casablanca, Fès, Tanger... En fait, on ne va jamais au même endroit, et on bouge souvent quand on va là-bas. Je pense que mon père a envie de nous faire découvrir son pays. C'est un pays qui me plaît énormément, j'ai plein de souvenirs d'enfance aussi.

Savez-vous si vous avez des fans marocains?

Je ne surveille pas trop les statistiques, mais j'ai vu beaucoup de messages d'encouragement en provenance du Maroc. De manière générale, mes fans sont plutôt issus d'une nouvelle "génération musicale", ils ont plutôt entre 16 et 30 ans. Il faut dire que c'est de l'électro beaucoup plus fraîche qu'avant. On me dit souvent que j'ai plus de fans filles que garçons, moi je pense qu'il y en a autant!

Vous intéressez-vous à la musique ou à la scène électronique marocaine?

Je ne m'y connais pas beaucoup. En fait ce qui m'inspire dans la world music de manière générale, c'est plutôt le cliché que j'en ai: le cliché de la musique marocaine, ou plus largement africaine, indienne ou asiatique. C'est ce qui rend la chose plus originale dans mon projet. Dans un des morceaux de l'album, il y a un côté très tribal, ce n'est pas dans la subtilité, mais vraiment dans la démonstration.

petit biscuit 3

Que trouve-t-on justement dans votre album?

On y trouve 14 tracks, des choses très différentes même s'il y a une cohérence générale, avec ce côté entêtant et épique dont je parlais. C'est aussi de l'électro beaucoup plus assumée que quand j'ai commencé avec mon EP, qui était plus de la musique de contemplation, qu'on aime bien écouter en faisant autre chose. Là, j'ai voulu créer de la musique qui te stoppe dans tes activités, c'est beaucoup plus en mouvement, presque du spectacle.

Quels artistes vous inspirent particulièrement?

Certains artistes m'inspirent, mais pas forcément dans leur manière de produire, plutôt dans leur intelligence, dans leur manière de gérer leur projet. Je pense par exemple à DJ Snake, Flume aussi, dans sa manière de rester lui-même et de proposer une musique à laquelle beaucoup de gens adhèrent, parce qu'il assume sa patte à fond.

Où vous voyez-vous dans dix ans?

Je ne sais même pas où je me vois dans un mois! (rires) Dans dix ans, je me vois toujours faire de la musique. Peut-être que j'aurai changé de chambre, je n'habiterais sûrement plus chez mes parents! Je continuerai à faire de la musique, pas forcément pour chercher la nouveauté mais pour faire ce que j'aime, tout simplement. Pour moi, la musique c'est plus qu'un simple passage, je veux faire une vraie carrière dans la musique, en faire toute ma vie. Le but, c'est de se faire plaisir, de rester authentique, et je pense que ça se ressent. Les gens en ce moment recherchent l'authenticité, et je pense que dans dix ans, ils la rechercheront encore!

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