Yassine Belattar, l'humoriste franco-marocain "ingérable" et politiquement incorrect (PORTRAIT)

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YASSINE BELATTAR
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PORTRAIT - Loin des clichés sur les humoristes franco-maghrébins qui construisent leurs spectacles autour de leur communauté, "renforçant au passage les stéréotypes dont elle est déjà victime", comme il le confie au HuffPost Maroc, Yassine Belattar est un showman engagé, un sociologue à la répartie cinglante qui taquine la société dans laquelle il vit. Ses origines marocaines? Il en est fier mais ne ressent pas le besoin de construire ses spectacles autour. Son enfance en banlieue parisienne? "Il n’y a rien de glorieux à ça. J’ai d’autres ambitions que rappeler sans cesse que je viens des quartiers", répond-il.

Rire de tout, son mot d’ordre

Après une tournée dans toutes les villes Front National, deux représentations à Molenbeek en Belgique, il revient avec "Ingérable", qu'il actualise chaque semaine en fonction des sujets d’actualité. Il se dit ne pas être Charlie, mais cela ne l'empêche pas de dénoncer la barbarie du terrorisme dans ce spectacle qu’il a présenté au Bataclan (devant François Hollande) dès sa réouverture après l'attentat de 2015. Sujets polémiques ou sensibles, il lâche des vannes piquantes et offensives, charge les politiciens français. D’ailleurs, avant de se lancer dans l’humour, il a milité pendant dix ans en politique, soutenu ouvertement Ségolène Royal puis François Hollande aux présidentielles de 2007 et 2012. Malgré cela, il reste un mec de "l’opposition", peu importe le parti au pouvoir.

Marine Le Pen, Robert Ménard ou Manuel Valls entre autres sont dans son collimateur. Il n’avait pas hésité à tacler l’ancien premier ministre français: "Valls, c’est celui qui copie Franco mais en moins bien…", faisant allusion à sa politique.

Autoproclamé "Bad boy de l’humour français", il tape là où ça fait mal, fait du comique avec du tragique, ce que lui reproche souvent l'opinion. En début de semaine, il était invité par David Pujadas pour une émission sur les conséquences des attentats du 13 novembre 2015, où il n'a pas mâché ses mots, reprochant au journaliste de faire l'amalgame entre islam et migration. Sa réaction a affolé la toile et les commentaires racistes ont fusé sur Twitter dans la foulée. Et évidemment, il s'en moque, ça ne l'atteint pas.

Dernièrement, c'est Tariq Ramadan et le hashtag #balancetonporc qui sont au coeur de son spectacle. "Je parle de la polémique autour de Ramadan, j'en rigole. En réponse à ceux qui disent que la communauté musulmane ne s'élève pas contre l'islamologue", nous explique-t-il. "Tous les sans talents qui utilisent leur voix pour taper sur les musulmans, c'est affligeant. Cette affaire sur Ramadan bien sur qu'il faut en parler, mais laissons aussi la justice faire son travail, ce n'est pas aux politiciens ni aux médias de porter des jugements".

Marocain mais surtout africain

Marrakchi d'origine, il reconnait avoir hérité du tempérament des habitants de la ville ocre: dérision et humour particulier. S'il profite d'une certaine médiatisation en France, il reste encore méconnu au Maroc, contrairement à quelques-uns de ses confrères humoristes. "Je me fais discret au Maroc, il faut dire que je n'ai pas un discours très policé".

Il n'a toujours pas présenté son spectacle ici malgré plusieurs dates en Afrique, en Côte d'Ivoire et en Tunisie notamment... Il se revendique d'ailleurs africain avant tout. "C'est très compliqué de faire des blagues sur ce pays qui se construit encore dans ses manières d'aborder certains sujets. Je n'ai pas envie dans mes spectacles de parler du royaume, de sa politique etc, il y aurait trop à dire. Je m'attarde cependant sur Marrakech, l'état de la ville me sidère, je le dénonce dans mon spectacle. C'est en train de devenir un gros refuge pour jeunes européens en mal d'attraction", déplore-t-il.

Lorsqu'on lui demande s'il suit l'actualité marocaine, il répond du tac au tac qu'il faut trouver un gouvernement, faisant référence au dernier limogeage royal qui a défrayé la chronique. "Certains partis politiques marocains se sont trompés dans la temporalité, ils sont d'un autre temps clairement". La crise à Al Hoceima? "Il faut reconnaitre que le roi l'a bien gérée en virant ceux qui n'ont rien fait depuis des années pour cette région à part vider son portefeuille", déclare-t-il.

Pour répondre à certains problèmes que rencontre le pays, il faut selon lui insuffler un vent de jeunesse. "Je pense qu'il y a une jeunesse marocaine qui émerge, qui essaye de faire des choses pour son pays. Je voyage beaucoup et partout où je vais dans le monde je croise un Marocain, c'est fou! A croire qu'on est 27 millions dans le monde entier et chaque marocain que je croise me fait part de son envie de rentrer faire des choses pour son pays, toute une génération est en train de bouger, il y a beaucoup de talents".

Il envisage lui-même parfois un retour au Maroc, mais pas pour faire de l'humour. "J'aimerais venir y faire des choses morales ou politiques, pas simplement des festivals ou ouvrir une association", conclut-il, l'esprit militant toujours aussi solidement ancré en lui.

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