Nasser Larguet: "La qualification du Maroc pour le mondial n'était pas un coup de chance" (ENTRETIEN)

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NASSER LARGUET
FRMF
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FOOTBALL - Depuis la qualification historique des Lions de l'Atlas pour le mondial 2018, l'effervescence n'est toujours pas retombée. Le Maroc vit et respire football, et les supporters préparent déjà leur départ pour la Russie. Si certains soulignent que cette qualification relève du miracle, Nasser Larguet, directeur technique national à la Fédération royale marocaine de football (FRMF) penche plutôt pour le mérite et le travail acharné d'une équipe qui revient de loin.

Entraîneur, directeur de centre de formation de plusieurs clubs en France mais aussi ancien joueur, il a exercé sur de nombreux terrains avant de revenir au Maroc et prendre la tête de l'Académie royale de football Mohammed VI en 2007, suite à une demande du roi. Entretien avec un technicien et pilier stratégique de la FRMF qui agit en coulisses.

HuffPost Maroc: Quel est votre rôle au sein de la FRMF? Avez-vous votre mot à dire dans la gestion et la sélection des joueurs de l'équipe nationale A?

Nasser Larguet: En 2014, j'ai pris mes fonctions de directeur technique national à la FRMF. Je gère plusieurs axes, de la formation à la sélection des jeunes joueurs. Mais aussi la formation des entraîneurs et des managers généraux, de stades, des éducateurs et administrateurs financiers, car il y a un grand besoin en ressources humaines. Je ne gère pas l'équipe nationale A mais j'ai une relation fonctionnelle avec l'entraîneur Hervé Renard, avec qui je m'entends très bien et que je connais depuis 20 ans. J'avais été sollicité par le président Fouzi Lekjâa pour le rencontrer et pour qu'il vienne nous rejoindre afin de s'occuper de l'équipe nationale A. On a des bonnes relations, très étroites. Il nous parle de ses effectifs, des ses stages. Mais le choix des joueurs lui revient à lui seul et au président. Cependant, on parle surtout ensemble des jeunes joueurs. Quand il souhaite un avis ou des conseils sur des jeunes joueurs comme Hakimi, il fait appel à moi.

La qualification du Maroc pour le mondial 2018 est historique. Qu’est-ce qui, selon vous, explique cette réussite après plusieurs échecs cuisants?

Cette réussite est due à beaucoup d’ingrédients. Premièrement, nous avons un président qui s’investit beaucoup et personnellement dans cette équipe depuis ses trois années à la tête de la FRMF. Ces derniers temps il s’est impliqué directement dans la vie de cette équipe. Le deuxième point clé, c’est le choix de l’entraîneur qui a été très judicieux. C’est quelqu’un qui connaît bien le continent, il vit en Afrique et il a un palmarès qui parle pour lui. Sa venue au Maroc était une évidence qui a apporté un nouveau souffle. Ce qui a fondamentalement changé, c’est l’esprit de cette équipe-là qui n'existait pas avant. Nous sommes maintenant face à un effectif qui rentre sur le terrain non pas pour des individualités mais pour fournir un travail de groupe avec de l’investissement de la part de chacun d’entre eux et une volonté énorme de faire des résultats et de la performance. C'est le grand mérite qui revient à Hervé Renard, qui est un vrai compétiteur. Ce qui nous manquait dans cette équipe nationale depuis des années, c’est l’esprit de compétition et d’aller chercher, même dans la difficulté, des résultats. Cette qualification samedi dernier n’était pas un but ultime à atteindre, seulement une étape d'un parcours prometteur.

Une des stratégies de Hervé Renard a été de trouver un juste dosage entre anciens et nouveaux joueurs. Était-ce nécessaire?

Absolument. Il a eu l’intelligence de miser sur l’avenir en trouvant un juste équilibre entre les anciens et les jeunes pour pouvoir asseoir cette équipe sur l'expérience de Benatia, Boussoufa, Belhanda, Ziyech, El Ahmadi... Il place des jeunes d'une génération pleine de talents comme Saiss, Hakimi ou Harit, qui donneront une continuité et apporteront aussi une certaine fraîcheur.

De grandes équipes européennes comme l’Italie et les Pays-Bas ne se sont pas qualifiées pour le mondial, ce qui peut laisser une chance aux équipes arabo-africaines de briller dans cette compétition. Pensez-vous que le Maroc aura son mot à dire?

Nous avons notre mot à dire bien sûr, je pense que cette équipe a montré sa valeur. Cette qualification n’a pas été un coup de chance, c’était longuement construit. Nous avons vu monter en puissance une équipe avec de la qualité de jeu, ce n'est pas par hasard si nous n'avons pris aucun but. Il faudra attendre le tirage au sort pour voir dans quel groupe on tombera afin d'évaluer nos chances. Avec nos joueurs qui évoluent dans de grands clubs en Europe et qui ont une expérience européenne, d'autres qui jouent dans des équipes du Golfe, et des joueurs qui ont affronté la réalité du football continental, nous avons les ingrédients pour pouvoir bien figurer dans cette coupe du monde et faire un bon parcours.

Ira-t-on aussi loin qu’en 1986?

On revient aujourd'hui à ce niveau qu’on avait il y a 30 ans, un niveau international. Mais gardons la tête sur les épaules, il faut se poser les bonnes questions: qu’est-ce qu’il nous manque encore? Qu’est-ce qu’il nous faut pour aller encore plus loin que l’équipe de 86 au mondial de Mexico? L’entraîneur et le président sont conscients de cela, ils vont évaluer nos points forts et faibles pour réfléchir à la manière avec laquelle il faudra appréhender cette coupe du monde dans de bonnes conditions et offrir de très bonnes performances, à la hauteur du niveau de la compétition.

Quand débuteront les préparatifs pour cette coupe du monde?

Pour l’instant, rien n’est encore décidé, la qualification est encore toute fraîche. On prépare le CHAN et Hervé Renard est très impliqué dans cette compétition. On n'a pas encore discuté avec lui de l'organisation, même si le lendemain de la qualification, il avait déjà sans doute planifié dans sa tête les préparatifs pour cette future coupe du monde.

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