Délit de faciès: rafles de migrants à bord des trains à Oran et Tlemcen

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RAFLES DE MIGRANTS DANS LE TRAIN A ORAN
Migrants detenus a la gare d'Oran. Photo: Said Bouddour | Said Bouddour
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Une centaine de migrants confinés de force dans un wagon du train reliant Maghnia à Oran, les portes du wagons fermées de l’extérieur, de la nourriture que l’on fait passer par les fenêtres au milieu de la nuit à des passagers traités comme des criminels, comme des pestiférés, à cause de leur nationalité et de la couleur de leur peau, c’est à ces scènes de la honte qu’ont assisté hier les représentants de la Ligue algérienne des droits de l’homme.

Said Boudour qui est membre du bureau d’Oran de la Ligue parle d’une “chasse au migrant” qui a commencé hier à bord des trains de passagers venant de Maghnia où les policiers arrivés en grands renforts à la gare d’Oran, à 9 heures du matin, ont tout de suite commencé à rafler tous les voyageurs subsahariens qui se trouvaient à bord pour les rassembler dans un seul wagon.

“Ils ont attendu toute la journée pour finir par les refouler en direction de Tlemcen, il y a même des migrants qui se sont enfuis à Sidi Bel Abbes, ils ont sauté du train en marche avant l’arrivée à la gare”, explique Said Boudour. Selon lui, à l’arrivée à Tlemcen, il y avait 47 migrants dont 3 mineurs et un réfugié ayant la carte de l’UNHCR.

Les représentants de la Ligue des droits de l’homme ainsi que la Confédération générale autonome des travailleurs qui se trouvaient sur place à la gare de Tlemcen ont eu des “pourparlers à l’amiable” avec les forces de police pour que les voyageurs arrêtés soient bien traités et surtout libérés, une négociation infructueuse. Les policiers ont emmené les voyageurs captifs pour faire ce qu’ils appellent les “examens de situation” et les ficher et ensuite les ramener, les embarquer toujours en tant que captifs à bord du train et les… renvoyer à Oran.

“Le wali d’Oran et celui de Tlemcen se sont renvoyé les wagons de migrants comme si c’étaient des balles de ping pong”, ajoute Said Boudour, qui raconte qu’à un certain moment, les policiers avaient encerclé les wagons du train à Es Senia à Oran et ne laissaient partir ni les voyageurs algériens ni les voyageurs étrangers, “à la fin ils ont fini par laisser partir les Algériens mais ils ont gardé tous les migrants”.

Ce représentant de la Ligue des droits de l’homme explique encore que souvent les migrants viennent de Maghnia par vagues pour aller travailler ensemble sur les chantiers de construction à Oran pendant 2 ou 3 semaines, juste le temps de ramasser un pécule d’argent qui leur permettra de faire la traversée du Maroc jusqu’à Ceuta ou Melilla. C’est donc ces vagues de travailleurs que les policiers ont eu pour instruction de rafler de la sorte, pratiquant dans un geste inouï de brutalité le délit de faciès et le châtiment collectif.

“C’est la première fois dans l’histoire du pays, que les chemins de fer algériens sont au cœur d’un scandale humanitaire qui dure depuis trois jours et dans lequel les cheminots algériens sont utilisés par les pouvoirs publics pour transporter des centaines de migrants, de travailleurs migrants, dont des dizaines de mineurs, entre Oran – Tlemcen – Oran”, écrit la Ligue des droits de l’homme dans un communiqué co-signé par la Confédération générale autonome des travailleurs en Algerie et le SNAPAP (Syndicat national autonome du personnel de l’administration publique).

Le communiqué poursuit:

“Confinés dans un ou deux wagons, une centaine d’Africains, dont la grande partie sont originaires de la Côte d’Ivoire et de la Guinée, sont devenus des personnes non grata aux yeux des autorités Oranaises.
Hier le 14 novembre 2017, le train Maghnia – Oran, a été intercepté par les forces de l'ordre venues en renfort, à son arrivée à la gare d’Oran. Les policiers avaient interdit la descente aux migrants subsahariens sans donner la moindre explication.

Aussi, tous les subsahariens se trouvant dans la gare, munis de ticket de train et désirant voyager, furent arrêtés et cloisonnés dans une zone réservée, et cela sans faire de distinction entre les personnes en situation régulière ou non. Les réfugiés relevant de UNHCR et disposant de documents onusiens ne font pas l’exception”.

Ces trois organisations algériennes, scandalisées par cette discrimination à grande échelle, qui fait écho à une instruction du ministère des Transports sommant en octobre dernier les taxis et les bus de ne pas transporter les migrants, ont dénoncé “le comportement inhumain et dégradant des forces de l’ordre de la wilaya d’Oran envers les migrants originaires de l’Afrique subsaharienne ainsi que l'application de l’instruction ségrégationniste du 24 septembre 2017, émanant du ministère des Travaux publics et des Transports, interdisant le transport aux migrants en situation irrégulière qui est toujours en vigueur”.

migrants detenus a la gare oran

Rappelons que l’instruction du ministère des Transports avait été annulée seulement quelques jours après avoir été émise et qu’il s’agit probablement ici d’un nouveau rebondissement dans ce feuilleton de très mauvais gout de la chasse aux migrants subsahariens que les autorités algériennes alimentent depuis le 5 octobre dernier.

Enfin, le représentant d’une organisation la diaspora malienne avait publiquement accusée les autorités algériennes d’acheminer tous ces migrants raflés en Algerie vers la ville de Tamanrasset où ils étaient détenus dans des conditions atroces, dans des conteneurs. L’Algérie n’a jamais pris la peine de démentir.

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