Tunisie: L'ITES décrypte l'ampleur des violences en milieu scolaire

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Nul ne peut contester que la violence dans le milieu scolaire a pris ces derniers jours une ampleur de plus en plus inquiétante. La violence au sein des écoles et des lycées en Tunisie ne cessent d'augmenter, révèle l'Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES) lors d'une étude menée en octobre dernier. Des chiffres accablants et des statistiques alarmantes ont été dévoilés mettant en cause la propagation de ce fléau inquiétant et témoignent de la régression du rôle éducatif de la famille et de l’école.

Quels sont les derniers chiffres concernant la violence dans les établissements scolaires?

Que ce soit à travers des coups, des insultes ou des menaces, la violence envahit le milieu scolaire. De 2012 à 2015, 67.412 cas de violence ont été enregistrés.

En 2017, ces chiffres ont nettement grimpé, indique l'ITES en précisant que la majorité des cas ont été observés dans les villes.

Avec 14% des cas de violence enregistrés dans les établissements scolaires, le Grand-Tunis est la zone "la plus violente", suivi par la région de Sousse (11%) et Sfax (10%). Les 3/4 des élèves "délinquants" sont des redoublants dont les 2/3 ont de très faibles moyennes au cours de l'année.

Ces agissements qu'ils soient verbaux ou physiques émanent en premier lieu des élèves, ensuite des enseignants et enfin du corps éducatif.

Quelles sont les causes?

L'ITES s'est également penché sur les facteurs qui se cachent derrière ce phénomène. Selon lui, ils s'articulent autour de quatre axes. Il s’agit de facteurs associés à la société, tels que la défaillance de l’encadrement familial causée par le niveau culturel faible des parents et l’incapacité à offrir une supervision adéquate à leurs enfants, la pauvreté, l’exclusion, la glorification des élites... Il y a également des facteurs associés à la famille qui accorde moins de temps à l’éducation de leurs enfants par le manque de suivi et de contrôle de leurs comportements. En plus, des facteurs liés au divertissement où les jeunes ne sont pas assez motivés pour participer à des activités culturelles et sportives.

Et enfin des facteurs associés à l’école comme la faiblesse de crédibilité de la fonction de l’école notamment avec la propagation des cours particuliers, les difficultés de communication, le climat de l’école qui peut contribuer à augmenter les troubles de comportement des élèves, l'absence d'activités de loisir et de divertissement... indique l’Institut.

D'autres raisons ont été également évoquées telles que la toxicomanie, le vandalisme, la dégradation des biens publics ou la fraude aux examens.

Quelles sont les solutions?

L'ITES a mis l’accent sur la nécessité de faire face à la violence en milieu scolaire en adoptant une démarche à la fois participative, préventive et inclusive. En effet, des recommandations ont été présentées avec cette étude pour mieux cerner ce problème. Il a cité l'importance de la mise en place de mesures urgentes pour le respect des lois en vigueur et rétablir la dignité du corps enseignant.

L'Institut a estimé, d'autre part, la nécessité de renforcer la sécurité de l'établissement en réactivant le rôle de la sécurité nationale tunisienne (police et garde nationale) pour gérer les conflits et préserver la paix sociale. Il a proposé, par ailleurs, la mise en place de moyens techniques nécessaires tels que les caméras de surveillance et l'adoption d'une politique pénale relative à la lutte contre la violence.

L'ITES a appelé aussi à la redynamisation de la vie scolaire pour donner un nouveau souffle aux activités parascolaires, réserver plus d’espaces dédiés aux activités sportives, artistiques, théâtrales,… et améliorer les conditions de travail au sein des établissements scolaires.

L’ouverture sur les élèves et leur encouragement à intégrer les activités en leur permettant de mettre en valeur leurs compétences, reste parmi les véritables armes pour lutter contre ce fléau.

La violence prend de l'ampleur

Ce constat patent qui touche le milieu scolaire reflète, en réalité, l'envahissement du phénomène de la violence dans la société tunisienne. En effet, l'école ne peut pas être isolée et dissociée du phénomène de la violence, souligne l'ITES.

D'après l'étude, le nombre de plaintes relatives aux affaires de violence et crimes associés (vols, meurtres..) a atteint plus de 600 mille de 2011 à 2017. L'ITES note que le nombre de plaintes déposées pour crime est très révélateur. En fait, les affaires liées aux meurtres ont évolué de 1000 affaires en 2010 à 1700 en 2017. L’étude précise que durant les dix dernières années, 66% des personnes impliquées dans des affaires de violence n’ont pas dépassé le niveau secondaire et 95% d'eux ont plus de 18 ans contre 5% dont l’âge est moins de 18 ans.

L'étude révèle que le phénomène de violence se répand plus dans les zones urbaines comparé aux régions rurales. Elle explique cette répartition par la densité de la population dans un certain nombre de quartiers comme Douar Hicher, Cité Ettadhamen, El Kram, Sidi Houcine-Essijoumi, ainsi qu’à l’abandon scolaire, la précarité et l’absence de l’encadrement de la famille et du rôle de l’école.

LIRE AUSSI: Tunisie: Le taux d'abandon scolaire atteint les 63% à Kasserine et 37% à Gafsa

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