"Les enfants d'Al-Andalus": L'héritage andalou du Maroc bientôt ressuscité

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CHILDREN OF AL ANDALUS
"Les enfants d'Al-Andalus": L'héritage andalou du Maroc bientôt ressuscité | Hicham Ghalbane
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HISTOIRE - C'est un pan de l'histoire marocaine peu mis en valeur qui s'apprête à sortir de l'oubli. L'héritage andalou du Maroc renaîtra bientôt de ses cendres à travers la publication d'un livre illustré et d'une série de capsules vidéos réalisées par deux jeunes amoureux du patrimoine andalou, Rick Leeuwestein, chercheur passionné d'histoire andalouse, et Hicham Ghalbane, photographe.

Baptisé "Les enfants d'Al-Andalus", ce projet de livre-documentaire revient sur les traces des héritiers des Morisques, ces musulmans expulsés d'Andalousie au début du XVIIème siècle après la Reconquista. Les deux auteurs, basés au Pays-Bas, sont partis sur les routes marocaines à la recherche des descendants de ces familles contraintes de fuir l'Espagne et de se réfugier en Afrique du Nord. Au Maroc, le nombre de descendants des Morisques est estimé à plus d'un million.

"Notre mission est de partager ces histoires et visages avec le monde avant qu'ils ne disparaissent"

"Ce livre est un voyage fascinant à travers cinq siècles d'histoire. Les vieilles histoires de familles sont toujours vivantes et ces histoires sont si belles et uniques qu'elles doivent être partagées et les visages capturés", nous explique Hicham Ghalbane, photographe hollandais d'origine marocaine. "Notre mission est de partager ces histoires et visages avec le monde avant qu'ils ne disparaissent".

Si la composante andalouse fait bien partie de l'identité nationale marocaine selon la Constitution de 2011, et que de nombreuses activités autour de la culture andalouse sont organisées chaque année au Maroc, les deux réalisateurs veulent continuer à se battre pour mettre en valeur le patrimoine andalou et "changer les mentalités".

"Les monuments andalous marocains sont considérés comme patrimoine mondial. Ils doivent être restaurés et protégés par des personnes qualifiées et passionnées qui reçoivent le soutien approprié pour le faire", plaident-il. Durant leur périple, ils ont en effet vu de nombreux monuments andalous peu entretenus et méconnus des citoyens marocains, comme le tombeau abandonné de Boabdil, dernier roi musulman de Grenade, enterré à Fès dans une sépulture en très mauvais état, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous:

C'est aussi pour cela que Rick Leeuwestein et Hicham Ghalbane ont interviewé et photographié une quinzaine de familles musulmanes et juives andalouses dans différentes villes du royaume pour faire revivre ce patrimoine oublié et raconter leurs histoires.

"Un ami andalou de Rabat, qui ressemble à un Européen, a toujours l'impression que ses concitoyens marocains le voient comme un étranger. Comme s'il n'avait pas sa place ici. Or ses ancêtres venaient de la ville espagnole de Hornachos, et en 1610 ils formèrent le premier groupe d'Andalous expulsés qui s'installèrent dans la kasbah des Oudayas à Rabat", racontent les deux auteurs.

"En raison de la présence de traditions juives et chrétiennes dans leur patrimoine, les Andalous au Maroc portent toujours le modèle de la société pacifique"

Partir à la rencontre de ces vieilles générations de descendants d'Andalous leur a également permis de voir que celles-ci "incarnent la diversité culturelle" du Maroc. "En raison de la présence de traditions juives et chrétiennes dans leur patrimoine, les Andalous au Maroc portent toujours une 'convivencia', le modèle de la société pacifique entre musulmans, juifs et chrétiens", expliquent-ils. "Le Maroc est une bonne métaphore du transfert de connaissances entre les Arabes, les Juifs et le monde européen."

Au-delà de réveiller le patrimoine andalou endormi, les deux fondateurs du projet veulent aussi promouvoir le dialogue interculturel. "Al-Andalus était et est encore une source d'inspiration pour de nombreuses personnes de différents horizons culturels à travers le monde. Nous devons relier cette histoire au présent et nous devons la garder vivante pour l'avenir", expliquent-ils.

Il s'agit ainsi de mettre en lumière le passage de flambeau entre les générations. "La nouvelle génération travaille dur pour maintenir les traditions de leurs ancêtres et les transmettre à la génération future", soulignent-ils. Symbole de cette transmission d'héritage, certaines familles gardent par exemple toujours la clé mythique de leur maison abandonnée en Espagne.

cle al andalus

Les récits des héritiers d'Al-Andalus ont été recueillis à Tanger, Tétouan, Chefchaouen, Ouazzane, Fès, Meknès, Salé, Rabat, Casablanca et Marrakech. Des villes où les rues ont parfois été baptisées du nom de familles ou de lieux andalous, comme ici à Rabat:

Si le livre n'a pas encore de date de sortie prévue, des petites vidéos de témoignages seront postées régulièrement sur la page Facebook du projet pour en faire la promotion. Le livre devrait être traduit en français, anglais, néerlandais et arabe, pour toucher un large public. "Notre souhait est aussi de faire un film tiré de notre livre illustré, avec un scénario surprenant", expliquent les auteurs. "Nous travaillons actuellement sur ceci... Inchaallah".

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