Hicham Lasri révèle le film derrière la femme en mini-burqa aperçue au festival L'Boulevard (VIDÉO)

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HICHAM LASRI
Hicham Lasri
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CULTURE - La mini-burqa refait surface. Il aura fallu attendre un peu plus d’un mois pour voir le résultat du projet de l’artiste et cinéaste marocain Hicham Lasri. La photo de l’actrice vêtue d’une burqa qui lui arrivait au dessus des genoux, révélant ainsi des bas noirs et des talons hauts, avait créé une véritable polémique sur les réseaux sociaux.

L’apparition de la jeune femme lors du festival L'Boulevard, que beaucoup ont pris pour de la provocation, correspondait en réalité à la première partie d’une trilogie musicale de l’artiste. Publiée dimanche sur sa chaîne YouTube, le film démarre par un gros plan sur le visage de l’actrice. Son habit noir ne laisse paraître à ce moment que ses yeux verts intensifiés par un trait de khôl. Un choix inattendu de chanson donne le ton puisqu’il s’agit d’un mélange de sons, de claquement de langue, d’onomatopées, mixé au chant islamique traditionnel “Talaa Al Badrou Alayna”, lié à l’arrivée du prophète Mohamed à Médine.

“Pour beaucoup de gens cette chanson leur rappelle la religion et je voulais les mettre sur une fausse piste narrative pour apporter un deuxième degré à la chanson, quelque chose d’un peu perverti”, explique Lasri.

Le son d’une guitare électrique nous fait changer d’univers alors que la jeune femme se déplace tout en fixant la caméra d’un regard assuré. Un plan-séquence de trois minutes qui introduit la chanson "The perfume" du groupe de métal marocain Lazywall. Les paroles nous emmènent à Casablanca pendant la colonisation française, dans le quartier Bousbir dédié au commerce du sexe.

“Elles n’en peuvent plus, saignant de leurs gorges. Elles meurent lentement ne criant aucun signe de douleur. Regarde-les danser, regarde-les brûler, les bougies meurent pour réchauffer ta gloire”, chante l’interprète du groupe pour décrire la vie des prostituées marocaines dans ce quartier.

La chanson s’arrête et laisse place à un instrumental sombre de Lazywall alors que défilent des images d’hommes au regard qui va du perplexe au méprisant.

Le projet intitulé "Women Power" est une réaction de Lasri à l’incident du bus survenu en août dernier, où une jeune femme s’est faite agressée sexuellement par un groupe d’adolescents dans un bus à Casablanca. Contrairement à ses précédentes créations, le cinéaste veut davantage mettre en valeur des protagonistes femmes. Il continuera donc dans la même lancée avec un deuxième court-métrage intitulé “Cro-Magnon", et qui sera accompagné d'une chanson des Hoba Hoba Spirit, et enfin un mini-film de 25 minutes où l’on verra la même actrice aux yeux verts provoquer en duel ses harceleurs sur fond d’une chanson du groupe Betweenatna.

Les trois films seront prochainement projetés dans des expositions artistiques, mais en attendant leurs sorties, l’artiste qui admet vouloir s'offrir une pause loin du cinéma, révélera dans une semaine trois autres court-métrages qui font partie de sa nouvelle campagne féministe.

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