L'homosexualité et l'athéisme au cinéma, les sujets qui ont fâché une frange du public des JCC

Publication: Mis à jour:
JCC 2017
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Dans le cadre des Journées cinématographiques de Carthage, les films "Au-delà de l'ombre" de la réalisatrice Nada Mezni Hafaiedh et "Même pas mal" de Nadia El Fani ont été projetés. À priori, ce sont deux films différents mais les deux ont un point commun: traiter des sujets encore tabous en Tunisie et provoquer des exacerbations identitaires, qu'elles soient religieuses ou sexuelles, chez l'opinion publique. "Au-delà de l'ombre" traitant l'homosexualité et "Même pas mal" évoquant l'athéisme, brisent les interdits, quitte à susciter la colère de certains Tunisiens. En témoigne, les réactions d'une partie du public des JCC .

"Au-delà de l'ombre" de la réalisatrice Nada Mezni Hafaiedh

Le documentaire est un portrait intimiste de personnes homosexuelles et de travesties. Ce qui les a uni, c'est leur amitié, des histoires d'amour mais aussi la peur de la police. Le tournage de ce documentaire a eu lieu en 2016 à Sidi Bousaïd.

Des centaines de personnes étaient présentes devant la salle de cinéma Le Mondial, attendant de voir ce film. Une attente longue qui vire à des cris de protestations, la cacophonie s'installe avec l'annonce que la salle est déjà pleine. À priori le public est enthousiaste et veut apprécier ce moment cinématographique sur un sujet controversé en Tunisie. Après 20 minutes environ, on assiste à la sortie de dizaines de personnes de la salle, qui invectivaient le film, sommant les autres, qui attendent toujours, de renoncer à le voir.

"Vous vous rendez compte, on voit Amina Femen nue, on entend des gros mots, des hommes s'embrassent et ils transgressent la parole de Dieu", crie un jeune homme en s'adressant à un groupe de personnes, ahuries. Pourquoi ont-ils tenu, malgrè la longue et pénible attente devant la salle, à voir ce documentaire? Savent-ils à l'avance de quoi il parle? Ils ne disaient pas plus, absorbés par les injures.

"Même pas mal" de Nadia El Fani

C'est à guichet complet à la salle La Palace que le film de Nadia El Fani a été projeté. Le film est intimiste car il évoque les combats parallèles de la réalisatrice contre le cancer et sa lutte pour une Tunisie laïque face à l'hostilité et aux attaques de certains Tunisiens.

La réalisatrice revient longuement sur les campagnes menées contre elle suite à son film "Ni Allah, ni maitres". Ces campagnes visaient, entre autres, son physique. Suivant des mois de chimiothérapie, Nadia El Fani était devenue chauve, ce qui a donné lieu à des attaques obscènes de la part de ses adversaires.

En revenant sur cet épisode avec les photos qui la défiguraient, une partie du public commençait à rire. Trouvaient-ils cela amusant, une femme qui suit une chimiothérapie? Des réactions qui avaient exaspérés certains qui ont sommés les rieurs de se taire, en vain, à chaque passage de ces photos, ils riaient. Des dizaines ont quitté la salle avant la fin du film: "Elle veut quoi? Nous faire pitié d'elle", crie un jeune homme en sortant. "Des vulgaires qui ne comprennent rien au cinéma", répondait un autre.

Public exceptionnel à bien des égards!

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