Lotfi Laameri s'en prend aux organisations des droits de l'Homme et à la directrice de Human Rights Watch en Tunisie, tollé sur les réseaux sociaux

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Rédacteur en chef et chroniqueur au sein de l'émission "Klem Ennes", diffusée sur El Hiwar Ettounsi, Lotfi Laameri s'en est violemment pris à certaines organisations des droits de l'Homme en Tunisie, notamment Human Rights Watch à travers la directrice du bureau de Tunis Amna Guellali.

"Je n'ai aucun problème avec les organisations des droits de l'Homme. J'ai un problème avec les organisations étrangères qui ont un financement douteux qui provient de l'étranger, et qui sont présentes même à l'Assemblée et dirigent vos travaux", s'est-il exprimé en prenant à témoin Bochra Belhaj Hmida, députée, invitée de l'émission.

"Je vais parler des organisations qui défendent les droits de l'Homme, et je rajoute même des droits de l'Homme des terroristes, ces associations qui ont été le trait-d'union entre les terroristes dans les prisons et ceux qui sont dans les montagnes", a-t-il poursuivi avant de s'en prendre à l'ONG Human Rights Watch et à sa présidente.

Selon lui, la campagne "sayeb lakhdher", une campagne menée pour lever l'interdiction de voyager pesant sur plusieurs tunisiens, a été à l'origine de la facilitation de l'envoi de plusieurs jeunes vers les zones de conflits et dont des organisations droit-de-l'hommiste sont "complices".

"Je vais vous donner la plus imposante organisation des droits de l'Homme, Human Rights (Watch) dont la représentante en Tunisie est Amna Guellali. Cette dame a participé au soutien de la campagne 'sayeb lakhdher' menée par des organisations des droits de l'Homme dont on connait les liens avec ceux qui ont fait passer (des Tunisiens) vers la Syrie".

"Ces gens qui ont adopté cette nouvelle religion qui est les droits de l'Homme, nous sommes contre! (...) et je vise par là les organisations des droits de l'Homme qui les utilisent pour atteindre l'État tunisien", a-t-il ajouté. (Vidéo ci-dessous à partir de 26:45)

Si la principale intéressée n'a pas été invitée à réagir, personne sur plateau de l'émission ne s'est également manifesté. C'est donc sur les réseaux sociaux qu'Amna Guellali mais aussi de nombreux internautes ont réagi.

La directrice du bureau de Tunis de Human Rights Watch dénonce sur sa page Facebook des "propos calomnieux immondes" de la part de Lotfi Laameri ajoutant avoir demandé un droit de réponse dans la même émission.

Les propos du chroniqueur et "la diffamation à mon encontre est symptomatique de la résurgence des forces de répression qui diabolisent la société civile en général, après notre front commun pour dénoncer les atteintes aux droits fondamentaux dans le projet de loi sur la répression des attaques contre la police", note-t-elle.

Apostrophé par le journaliste Thameur El Mekki sur le réseau social Facebook, l'animateur de l'émission Elyes Gharbi a affirmé que le droit de réponse sera accordé à Amna Guellali. "Mon silence se justifie par le fait que son commentaire est libre, le droit de réponse est garanti, je ne suis pas un censeur, cette chronique était aussi en discours direct avec Bochra Belhadj hmida, en tant qu’arbitre,oui j’ai laissé faire, pour moi les extrêmes de la diabolisation ou de la calomnie n’ont pas été atteints" a-t-il indiqué.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs figures militantes mais également de nombreux internautes ont réagi à cette polémique. Certains ont même reproché au présentateur Elyes Gharbi et à la députée Bochra Belhaj Hmida de ne pas être montés au créneau.

La défense des droits de l'Homme, victime collatérale des attaques terroristes

Cette sortie médiatique de Lotfi Laameri s'inscrit dans un contexte tendu entre forces sécuritaires et société civile au sujet du projet de loi relatif à la répression des atteintes contre les forces armées.

En effet, à la suite de l'attaque au couteau contre deux policiers de la circulation au Bardo, le 1er novembre dernier, qui a conduit à la mort des policier, les syndicats des forces de sécurité ont appelé à l'instauration rapide de ce projet de loi entrainant une mobilisation de la société civile qui y voit une menace pour les droits de l'Homme.

Or, ce n'est pas la première fois que les droits de l'Homme et les organisations qui les défendent sont pointées du doigt après des attaques terroristes.

Le 14 juillet 2015, la Une du journal "La presse" intitulé "Faut-il toujours écouter les ONG?" avait fait polémique en Tunisie. Celle-ci a été publiée quelques jours après l'attentat de Sousse.

Le 18 février 2016, le journaliste et ancien candidat à l'élection présidentielle Safi Said avait décrit "la lutte pour les droits de l'Homme comme "un nouvel impérialisme" et fustigé "les malades des droits de l'Homme", tandis qu'une semaine auparavant, le juge Ahmed Rahmouni avait été accusé par l'ancien ministre de l'Education Néji Jalloul de "blanchiment" du terrorisme, après qu'il ait accusé la police d'avoir falsifié des preuves et torturé un accusé dans l'affaire de l'attentat du Bardo.

Idem en mars 2016, à la suite de l'attaque de Ben Guerdane, où de nombreuses associations appelant au respect des droits de l'Homme ont vu une hostilité grandissante.

Depuis, plusieurs associations ont appelé à rester vigilant face aux tentatives de diabolisation.

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