Chantage au roi: victoire d'étape pour Mohammed VI face à Eric Laurent et Catherine Graciet

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Chantage au roi: victoire d'étape pour Mohammed VI face à Eric Laurent et Catherine Graciet | DR
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JUSTICE - La Cour de cassation, plus haute instance juridique de France, a jugé, ce vendredi lors d'une assemblée plénière, les enregistrements "clandestins" comme étant une preuve clé dans l'affaire d'extorsions de fonds qui oppose le roi Mohammed VI et les journalistes français Eric Laurent et Catherine Graciet, offrant ainsi au Maroc une victoire d'étape dans cette affaire.

Saisie une première fois, la Cour de cassation avait estimé que ces enregistrements avaient été menés avec la "participation indirecte" des enquêteurs français "sans le consentement des intéressés", ce qui portait "atteinte aux principes du procès équitable et de la loyauté des preuves".

Réunie en assemblée plénière ce vendredi pour une décision qui ne pourra pas être contestée, la Cour a conclu que le concept de "participation même indirecte" supposait "l'accomplissement, par les enquêteurs d'un acte positif, si modeste soit-il" et que le rôle "passif" des policiers" ne pouvait "suffire à caractériser un acte constitutif d'une véritable implication", d'après l'AFP.

Ces deux enregistrements, réalisés par un émissaire marocain de manière secrète, sont à l'origine de la mise en examen des deux journalistes soupçonnés d'avoir voulu faire chanter le roi du Maroc. Ils demandaient la non-publication d'un livre aux révélations compromettantes sur le monarque en échange d'une importante somme d'argent (environ 3 millions d'euros).

La Cour de cassation a jugé ces enregistrements recevables, ils permettent donc de conclure à la "loyauté de la preuve". Pour Patrice Spinosi, l'un des avocats du roi, c'est "une très grande victoire". "Il n'y a désormais plus d'obstacle à la poursuite puis à la condamnation de ceux qui ont voulu faire chanter le roi du Maroc", a-t-il estimé. "Au-delà du cas du Royaume du Maroc, cette décision consacre le droit de toute victime à recourir à tout moyen de preuve, y compris les enregistrements, sans que le principe de la loyauté de la preuve ne vienne remettre en cause l'enquête policière".

Eric Laurent et Catherine Graciet avaient été interpellés le 27 août 2015, en possession de 80.000 euros en liquide sur eux après une réunion avec Hicham Naciri, l'émissaire marocain à l'origine des enregistrements. Les avocats des journalistes avaient demandé l'annulation de ces enregistrements jugés "illégaux" et violant la loi pénale. Ils avaient par ailleurs écarté toutes accusations de chantage et d'extorsions de fonds, reconnaissant un accord financier avec le royaume.

Il semblerait que la justice française ne soit pas du même avis. L'affaire sera dorénavant entre les mains d'un juge d'instruction qui pourra renvoyer le dossier devant un tribunal ou bien prononcer un non-lieu.

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