CMR: Najib Akesbi traque les failles de la caisse des retraites

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RETRAITE - Un nouveau rapport remet le débat sur la table. Mardi 7 novembre, la Cour des comptes a publié son rapport sur la Caisse marocaine des retraites (CMR). Dans ce dernier, elle prévient que les déséquilibres de la caisse pèsent plus lourd que les réformes. Qualifiées de "profonds", ces déséquilibres ne disparaîtront pas malgré l’augmentation de l’âge de la retraite à 63 ans qui, affirme la Cour de comptes, représente, toutefois, une "avancée notable".

Insuffisante, la réforme de la CMR, entamée l’an dernier, l’est aussi, estime la Cour des comptes, parce que la "relative stagnation" du nombre d’affiliés ne va pas de pair avec l’"explosion" du nombre de retraités. Le rapport démographique est passé de 12 actifs pour un retraité en 1986, à 6 en 2000 et à 2,23 en 2016 et devrait atteindre 1,74 en 2024, selon la Cour des comptes.

Le nombre d’affiliés au régime a, par contre, baissé de 1,73% entre 2014 et 2016: de 672.036 personnes à 649.023. Inéluctable, la crise n’est pas une surprise. Selon l’expert économiste Najib Akesbi, interrogé par le HuffPost Maroc, "les problèmes dont souffre la CMR sont bien connus et leur origine à la base reste à la fois démographique et économique".

"Une bonne partie de ceux qui travaillent, aujourd’hui, n’est pas adhérente à une caisse de retraite."

Si chaque année, arrivent sur le marché du travail 250.000 jeunes, rappelle l’expert, ces derniers ne trouvent pas d’emploi formel qui implique non seulement un salaire, mais aussi une cotisation à la caisse de retraite. "Une bonne partie de ceux qui travaillent, aujourd’hui, n’est pas adhérente à une caisse de retraite. Donc, il faut augmenter l’adhésion à la caisse de retraite", estime-t-il, précisant que le remède de ces maux se trouve dans "une économie à forte croissance, créatrice d’emplois: un modèle de développement efficace".

Une condition sine qua non pour une caisse qui, dans sa structure, semble souffrir d’un "vrai problème" de conception. "Cette caisse n’a jamais été conçue comme une vraie institution financière. Dans les pays où ce système fonctionne normalement, ces caisses représentent des institutions financières qui interviennent de manière active sur le marché financier par des investissements. Elles mobilisent des ressources pour rentabiliser leur argent", explique l’économiste, qui précise que la CMR est restée "une simple caisse" face à de mauvais payeurs. "L’Etat n’a pas payé ses cotisations pendant 20 ans et lorsqu’il rembourse, il paie 11 milliards de dirhams, alors que les estimations sont de 100 milliards", affirme Najib Akesbi.

Pour ce dernier, ce régime de retraite souffre "d’une générosité outrageuse": "Il n’existe nulle part qu’on parte à la retraite avec une pension de 120% du dernier salaire. Aucun système ne peut résister longtemps à une telle aberration". L’économiste estime que la réforme du régime des pensions civiles a, toutefois, "limité cette exceptionnelle générosité", et permis de faire reculer la faillite. La réforme implique que le calcul de la pension se base sur le salaire moyen des 8 dernières années, de manière progressive, durant 4 ans. Tandis que le coefficient de valorisation de la pension baisse de 2,5% à 2%. Le taux de cotisation, lui, passe de 20 à 28%, une hausse qui sera supportée à parts égales entre les affiliés et l’Etat.

La Cour des comptes affirme, dans son rapport, que la CMR doit engager "une réforme profonde"

Au-delà des questions paramétriques, Najib Akesbi estime nécessaire "de mettre à plat la situation de la CMR" et pour cause: "tout au long de sa vie, elle n’a pas pu gérer de manière correcte ses ressources". Qualifiant d’"inefficiente" la gestion de cette caisse, l’économiste recommande à celle-ci d’adopter la transparence et la reddition des comptes. "Qu’a-t-on fait de l’argent dont disposait la CMR? Il faut répondre à cette question, si on demande aux cotisants actuels de faire des efforts", souligne l’économiste.

Et pour améliorer la gestion, Najib Akesbi plaide pour la mise en place d’"une réforme systémique". "Au lieu d’avoir plusieurs caisses avec, pour chacune, des règles différentes, des paramètres, le schéma établi par la réforme propose deux grands pôles: un pour le public et l’autre pour le privé avec des règles homogènes", précise l’expert.

La Cour des comptes affirme, justement, dans son rapport, que la CMR doit engager "une réforme profonde" afin qu’elle puisse garantir la viabilité du régime des pensions civiles. La création d’un pôle public pour instaurer une convergence vers un régime public viable et pérenne et unifier les règles de liquidation des pensions dans l’ensemble du secteur public figurent sur la liste des suggestions de la Cour des comptes.

Quant à l’ajustement des paramètres, il ne doit intervenir, selon Najib Akesbi, qu’à la fin des recommandations. "Nous sommes arrivés déjà à une limite qu’il est difficile de dépasser. Pour ce qui est de l’âge de retraite, à mon avis, il faut laisser le choix et ne pas imposer une règle autoritaire à tous", soutient l’économiste, suggérant un système basé sur "une solidarité intergénérationnelle". Qu'est-ce que c’est? "À 55 ans, celui qui veut prendre sa retraite n’a qu’à payer un malus et celui qui veut rester au-delà de l’âge légal devrait également payer une contribution parce qu’il prend la place d’un jeune".

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