Ouarzazate, un studio à ciel ouvert toujours enclavé (VIDÉO)

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Des acteurs et cascadeurs lors d'une visite du studio Atlas à Ouarzazate | Ibtissam Ouazzani/HuffPost Maroc
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REPORTAGE - Daenerys Targaryen, Aladdin et Michael Scofield ont tous une chose en commun: avoir foulé le sol de Ouarzazate. Avec ses étendues désertiques, sa proximité du Sahara et ses montagnes enneigées du Haut Atlas, pas besoin d’effets spéciaux pour tourner un film dans cette région du centre-est du Maroc, tous les paysages y sont (presque) déjà implantés. Un avantage que les plus grands réalisateurs ont compris depuis les années 60. Cependant, les périodes de tournage se font plus courtes et les films moins fréquents. Ce studio à ciel ouvert, qui ne connaissait autrefois pas de répit, semble manquer aujourd’hui de dynamisme.

Ouarzazate a accueilli la production de gros blockbusters hollywoodiens tels que "La Momie" (1999), "Gladiator" (2000), "Troie" (2004), "Kingdom of Heaven" (2005), ou encore "Babel" (2006). Mais la production cinématographique diminue graduellement au fil des années et le printemps arabe a fini par donner le coup de grâce à Ouarzazate. En 2011, les réalisateurs internationaux se sont retirés du pays et la région n’a connu la production que de trois longs-métrages et une seule série télévisée étrangère. Grâce à la stabilité politique du pays, Ouarzazate a su se relever mais n’est encore jamais revenue à son affluence initiale.

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"On pouvait passer des mois de tournage sans s’arrêter", nous raconte, encore dans ses habits de marchand de Moyen-Âge, Brahim, un figurant d’une soixantaine d’années qui a l’habitude des productions étrangères. "Je me souviens quand ils filmaient "La Bible" (entre 1994 et 1998, ndlr) ici, ils avaient fait tous les prophètes, Abraham, Noé, Jacob… Je commençais ma journée à 9h du matin et je terminais à 9h du soir. Maintenant, les acteurs viennent filmer quelques scènes, passent deux ou trois semaines ici et repartent", déclare-t-il, nostalgique.

Comme beaucoup d’autres figurants de la région, Brahim n’a pas d’autre activité génératrice de revenu en dehors du cinéma et l’enveloppe qu’il reçoit à la fin de chaque semaine de tournage constitue son unique gagne-pain.

L’industrie cinématographique s’est ancrée dans la région et a pu offrir des emplois à des milliers de Ouarzazis. "Dès que les jeunes hommes de la ville commencent à avoir de la barbe, il la laissent pousser, non par signe de piété, mais parce que les directeurs de casting recherchent souvent des hommes barbus qui correspondent aux films historiques qu’ils tournent ici" explique, aux touristes amusés, Abderrahim, un guide du musée du cinéma.

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Pour Abderrazzak Zitouni, directeur de la commission du film de Ouarzazate, cette faible activité est principalement due à la concurrence d’autres pays qui se fait rude. "L’Afrique du Sud est le premier pays concurrent du Maroc et en particulier de Ouarzazate, vu ce qu’elle propose comme paysages et infrastructures, mais aussi la Bulgarie et la Tchécoslovaquie parce qu’elles essaient de mettre en place une politique incitative autrement dit les 'tax incentives', comme le crédit international", explique-t-il au HuffPost Maroc.

Cet abandon de taxe permet de rembourser les producteurs étrangers un pourcentage du total des dépenses locales pendant la période de tournage, notamment le coût de production, et les salaires des figurants et cascadeurs locaux. Le Maroc n’avait encore jusque-là qu’une exonération de la TVA des biens et services acquis ou loués pour les tournages mais pas de politique officielle de "tax incentive".

Une situation qui va bientôt changer grâce à l’étude menée par la commission du film de Ouarzazate et dont la proposition de mise en place d’une subvention de 20% spécifiquement pour les tournages étrangers sera officialisée en décembre 2017.

Un seul mot d'ordre: désenclaver

Si cet encouragement financier se concrétise enfin, une autre contrainte de taille s’oppose aux producteurs: l’enclavement terrestre et aérien de la ville, qui a été le sujet phare de la journée d’étude organisée le 4 novembre à Ouarzazate par la commune de la ville et le Conseil de développement et de la solidarité (CDS).

Cette conférence de quatre panels a connu la participation du ministre du Tourisme, du Transport aérien, de l’Artisanat et de l’Economie Sociale, du ministre de la Communication et de la Culture, de la secrétaire d’Etat au Tourisme, du directeur général du Centre cinématographique marocain et d’autres acteurs du monde cinématographique du royaume.

La discussion de l'éternel projet du tunnel de Tichka a refait surface. Ce tunnel de 10 kilomètres qui devrait relier Ouarzazate à Marrakech n’a toujours pas vu le jour alors que l'idée de sa construction remonte aux années quarante. Les voyageurs en voiture ou en bus se retrouvent obligés de passer par une route sinueuse, considérée comme une des plus dangereuses du Maroc et qui, en 2012, avait causé la mort de 42 personnes après la chute de leur autocar. Les études de faisabilité se succèdent et les budgets escomptés pour la réalisation du projet, qui peuvent aller jusqu’à 10 milliards de dirhams, découragent les parties concernées.

L’alternative reste l’aérien qui n’offre pas plus de six vols par semaine vers Casablanca. Le ministre du Tourisme, du Transport aérien, de l’Artisanat et de l’Économie sociale, Mohamed Sajid, a donc appelé à augmenter la fréquence des vols et ouvrir des lignes directes avec les capitales mondiales. La RAM avait récemment annoncé l’ouverture d’une nouvelle ligne Marrakech-Ouarzazate à partir du 11 novembre à 300 dirhams l’aller simple.

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Des idées de grandeur

Le projet de réalisation d’un "one stop shop" à Ouarzazate a également été évoqué lors de cette journée. Cette zone qui s’étendrait sur plus de 250 hectares réunirait toutes les activités liées à l’industrie cinématographique et où tous les corps du métier se rassembleraient. Inspiré des villages de production hollywoodiens, ce projet permettrait à toute l’équipe de production de créer les décors et les costumes, tourner les scènes, monter le court ou long-métrage, mais aussi loger et se reposer dans des structures hôtelières. Les touristes pourraient même visiter les lieux pour découvrir les studios et plateaux de tournages.

Un projet ambitieux qui a déjà acquis son assiette foncière mais qui aura besoin de la mobilisation de tous les acteurs concernés pour qu’il puisse se concrétiser. Une session extraordinaire se tiendra prochainement dans le but d’acquérir le terrain et de lancer un appel à manifestation d’intérêt international.

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