MEDays 2017: L'impératif du renouveau du partenariat Afrique-Europe

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BRAHIM FASSI FIHRI MEDAYS 2017
MEDays 2017: L'impératif du renouveau du partenariat Afrique-Europe | Institut Amadeus/Twitter
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ÉCONOMIE - Le partenariat Afrique-UE doit être rénové. C’est la principale conclusion à laquelle sont parvenus les participants du "dialogue euro-africain", initiative menée par l’Institut Amadeus en marge du lancement du Forum international MEDays hier à Tanger.

Tout au long d’une série d’ateliers de travail, anciens chefs d’État et officiels gouvernementaux, décideurs politiques, dirigeants d’entreprises, universitaires ainsi que représentants de la société civile d’Europe et d’Afrique ont échangé autour de plusieurs thématiques afin de redonner une nouvelle dynamique aux relations entre les deux continents.

Afrique-UE: Dépasser la relation bailleurs de fonds-bénéficiaires

Ce renouveau est dicté tout d’abord par les changements que connaît le monde aujourd’hui, que ce soit au niveau économique, géopolitique, sécuritaire ou climatique. "Les temps ont changé, nous avons le président de la plus grande puissance économique mondiale qui annonce vouloir prioriser son pays, à l’heure où les changements climatiques se font de plus en plus menaçants sur fond de tension sécuritaire et de terrorisme. Il est impératif de négocier un partenariat de nouvelle génération", explique Moussa Mara, ancien Premier ministre malien.

"Rénover le partenariat ne veut pas dire que le modèle actuel n’est pas valable, tient toutefois à préciser Martin Ziguele, ancien Premier ministre de la République de Centrafrique, mais il est indéniable qu’il comporte certaines limites qui ont conduit à des échecs". Pour dépasser ces limites, Africains et Européens sont appelés à parler sans ambages. "Il ne faut plus avoir peur de dire les choses. Il est essentiel de savoir concrètement ce que veut l’Afrique de l’Europe et ce que cherche l’Europe en Afrique", souligne Lawrence Gonzi, ancien Premier ministre de la République de Malte.

Ce nouveau dialogue est amené à remettre en question la nature même de la relation entre les deux continents. Il ne s’agira plus d’une relation entre bailleurs de fonds cherchant par tous les moyens à réduire le nombre de migrants sur leur terre et bénéficiaires dépendant de l’aide et des fonds, mais plutôt d’une relation entre pairs. "L’Afrique a besoin d’une transformation économique tandis que l’Europe cherche de nouveaux relais de croissance. Il serait approprié de mettre en place des politiques migratoires européennes concertées avec la promotion d’une approche basée sur la colocalisation et la modernisation des infrastructures en Afrique", propose Mohammed Tawfik Mouline, directeur général de l’Institut royal des études stratégiques (IRES).

"Aucun pays européen ne devra investir en Afrique tant qu’il n’a pas contribué au FAD"

Pour ce faire, une importance doit être accordée au secteur industriel comme capteur des investissements. En effet, plusieurs économies africaines ont migré vers le secteur tertiaire délaissant l’industrialisation. Cela implique une perte de transfert de technologie à l’heure où les pays africains ont le plus besoin de maîtriser l’innovation, seule garante de création d’emploi pérenne. À cet égard, les politiques publiques doivent être plus efficaces pour diriger les fonds vers les secteurs prioritaires.

Pour sa part, l’ancien Premier ministre de la Libye, Mahmoud Jibril El Warfalli, a affirmé que l’UE, qui constitue le principal contributeur aux politiques de développement en Afrique, a du mal à assurer une coordination technique efficace de ses programmes extérieurs, mettant l’accent sur la nécessité de favoriser l’émergence d’accords de partenariats intelligents entre l’UE et l’Afrique. Il est également revenu sur le Fonds africain de développement (FAD) en proposant d’en améliorer les actions à travers notamment une mesure audacieuse: interdire à tout pays européen d’investir en Afrique tant qu’il n’aurait pas contribué à ce fonds.

Les recommandations du MEDays présentées au sommet de l’UA et de l’UE à Abdijan

Toutes ces recommandations ont été présentées lors de la cérémonie d’ouverture du MEDays au président guinéen, Alpha Condé. "Vous êtes le parrain de cette dixième édition du Forum MEDays et notre Invité d’honneur. Nous nous plaçons dorénavant sous votre parrainage et nous savons qu’entre vos mains, les humbles propositions issues de ce forum concernant les relations euro-africaines sauront trouver la résonance qu’elles méritent", a déclaré Brahim Fassi Fihri, président de l’Institut Amadeus dans son discours d’ouverture.

Un rôle qu’a accepté le président guinéen et actuel président de l’Union africaine, qui se fera le messager du MEDays en présentant ses principales recommandations lors du prochain sommet des chefs d’État de l’Union africaine et de l’Union européenne qui se tiendra les 29 et 30 novembre 2017 à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

À noter que contrairement aux précédentes éditions, Ilyas El Omari ne s’est pas montré lors de la cérémonie d’ouverture des MEDays. Annoncé dans le programme, le président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima devait prononcer son habituel discours de bienvenue aux participants.

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