Retour sur les différentes interventions de l'ouverture de l'édition 2017 du "Tunisia Investment Forum"

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"Tunisia Investment Forum", le rendez-vous international des investisseurs en Tunisie dont les travaux pour son édition 2017 ont commencé aujourd'hui, a vu défiler plusieurs speakers nationaux et internationaux; le thème principal étant l'investissement.

L'édition 2017 se veut être articulée autour des différences entre la Tunisie et les autres pays, mettant en avant ses atouts stratégiques opérationnels, ou encore géographiques. Cela va sans oublier le capital humain, atout fondamental de la Tunisie, comme cela a été souligné pendant les discours d'ouverture. Le Forum met également à l'honneur l'Afrique à travers un panel thématique qui met l'accent sur le potentiel du continent africain et les perspectives de développement de la Tunisie et des relations d'affaires inter et intra-pays.

"La Tunisie possède les conditions et les ingrédients nécessaires pour réussir"

Jalloul Ayed, président du Forum et ex-ministre des Finances a souligné l'appui renouvelé à la Tunisie par les institutions internationales, ajoutant que la comparaison de la Tunisie avec l'Europe centrale ou de l'Est en dit long sur le fait que la Tunisie pourrait espérer avoir le même appui. "La Tunisie possède les conditions et les ingrédients nécessaires pour réussir", a-t-il insisté.

Ayed a indiqué que cette nouvelle édition du forum se distingue par la participation de plusieurs personnalités et d'éminents experts, ajoutant que les ateliers ont été organisés en fonction des nouvelles orientations du gouvernement d'union nationale et ses priorités économiques nouvellement adoptées.

"Les investisseurs pourront échanger avec les officiels du gouvernement, et rencontrer également des partenaires potentiels dans le cadre de rencontres B2B" a-t-il déclaré.

"La démocratie tunisienne ne pourra pas survivre sans une croissance économique"

Sergei Guriev, responsable des affaires économiques de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), a estimé que la Tunisie possède bon nombre d'atouts nécessaires à la réussite de la transition économique, à l'instar du niveau de l'éducation, l'intégration de la femme ou encore le système politique démocratique, mais des problèmes doivent selon lui être traités car ils représentent des obstacles à cette transition.

Ainsi, Il donne la priorité absolue au problème des barrières administratives qui ralentissent les investissements. Guriev estime également que la faible croissance, le rôle important que jouent les institutions et banques publiques au dépens du secteur privé, ou encore l'infrastructure logistique inadaptée, constituent autant d'obstacles auxquels il faudra absolument trouver des solutions.

"En tant que banque, la croissance est notre priorité partout ou nous sommes installés. La croissance économique de la Tunisie est ainsi primordiale pour notre propre croissance dans la région" a-t-il déclaré, ajoutant "bien que le système politique tunisien soit actuellement un système démocratique, il ne pourra cependant pas survivre s'il n'y a pas de croissance économique".

"La Tunisie possède un capital humain et une jeunesse instruite, et ce serait une honte si ces ressources ne soient pas correctement exploitées" a-t-il ajouté.

"Si des jeunes diplômés aujourd'hui n'arrivent pas à trouver du travail dans leur pays, et trouvent que de meilleurs emplois se trouvent à l'étranger, c'est tout à fait normal qu'ils quittent la Tunisie, ce qui est à l'origine de la fuite des cerveaux aujourd'hui" a-t-il souligné.

Guriev a fortement mis l'accent sur l'importance de l'infrastructure, estimant que la Tunisie doit investir d'avantage dans l'infrastructure de l'énergie et du transport; des investissements que l'État ne pourra pas assurer seul, selon lui, à cause du manque de fonds.

"Il est indispensable d'établir des partenariats avec les entreprises privées pour investir dans l'infrastructure" a-t-il ajouté, appelant également à des partenariats avec le secteur privé dans le domaine des énergies renouvelables, et saluant par l'occasion les efforts que mène que le gouvernement dans ce sens.

"En dépit de tous ces problèmes, nous sommes convaincus que la Tunisie réussira cette transition économique, comme a été le cas dans plusieurs autres pays européens dans lesquels nous sommes installés" a-t-il conclu.

Des "régions d'opportunités" au lieu de "régions défavorisées"

Tony Verheijen, représentant la Banque Mondiale dans la région MENA a estimé que, bien que la transition politique soit toujours en cours, celle-ci a cependant apporté bon nombre de changements qui témoignent de la volonté d'ouverture au marché mondial.

Il a également salué les améliorations apportées au système juridique en comparaison à l'avant-révolution, qu'il considère plus favorables aux investisseurs et acteurs économiques.

Le représentant de la Banque Mondiale a néanmoins adressé plusieurs recommandations au gouvernement, estimant que la transition économique doit être basée sur 5 processus clés, dont le gouvernement doit faire sa priorité, à savoir, améliorer la législation relative à l'investissement, améliorer l'infrastructure, donner plus d'importance au développement des PME, investir dans les jeunes à travers les incubateurs de projets, investir d'avantage dans les régions intérieures, ou encore apporter de nouvelles réformes pour moderniser l'éducation.

Selon Verheijen, il faut attribuer la même importance aux régions intérieures, en facilitant les opportunités d'investissements dans ces régions. "Je préfère les appeler 'régions d'opportunités' au lieu de 'régions défavorisées'" a-t-il ajouté

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Quant à la législation, Verheijen estime que celle-ci présente encore des lacunes, ce qui empêche de voir un grand nombre d'investisseurs en Tunisie. Il appelle donc le gouvernement à accélérer les réformes à ce niveau, saluant par l'occasion la réforme des institutions douanières.

Verheijen a également insisté sur l'importance du développement des PME, qui occupent une place très importante aux yeux des investisseurs. Selon Vergeijen, le développement de ces relais entre les micro-entreprises et les grandes entreprises représente un indicateur aussi important que le taux de croissance économique du pays.

Le représentant de la Banque Mondiale est également revenu sur ses multiples visites à des incubateurs de projets en Tunisie et estime que "la dynamique de la jeunesse tunisienne" peut constituer une des forces directrices de l'économie de la Tunisie et un atout majeur dans l'attraction des investisseurs.

L'encours de la BEI en Tunisie représente 10% du PIB

Flavia Palanza, directrice des opérations à la Banque Européenne pour l'Investissement (BEI) a de son côté souligné l’intérêt nouveau que porte la BEI à la micro finance et au soutien des startups, en plus du soutien déjà en place en faveur des PME. "Nous somme un partenaire de très longue date, présents en Tunisie depuis 40 ans. Nous avons actuellement un encours de 4 milliards qui correspond à peu près à 10% du PIB" déclare-t-elle.

Priorité absolue aux investisseurs

Zied Laâdhari, ministre du Développement, de l'Investissement et de la Coopération Internationale, a de son côté déclaré lors de sa prise de parole, que les investisseurs, les acteurs du secteur privé et les promoteurs sont "la priorité absolue du gouvernement"

"Le gouvernement s'engage à leur faciliter la tâche et à les écouter pour faire en sorte que le pari sur la Tunisie soit un pari gagnant et nous allons travailler, d'une manière focalisée sur la simplification des procédures administratives, l'objectif étant d'améliorer les conditions d'investissement et bien accompagner les nouveaux projets et investissements" a-t-il encore dit, ajoutant que l'objectif de la Tunisie est d'instaurer un partenariat gagnant-gagnant.

Il a par ailleurs indiqué que "la Tunisie, qui fait un chemin extraordinaire pour sa sécurisation, avance, se stabilise, progresse et se réforme, doit réussir sur le plan économique pour pérenniser cette aventure".

"Les investissements sont porteurs d'un énorme potentiel et espoir pour le pays afin de sédentariser les jeunes dans leurs régions, pour leur offrir des perspectives et des opportunités qui les éloigneront des menaces de la radicalisation, de la délinquance et de l'immigration clandestine" a-t-il souligné

Les initiatives gouvernementales

Lors de sa prise de parole, le chef du gouvernement Youssef Chahed, est revenu sur la situation globale de la Tunisie, aussi bien sur le plan économique, politique ou sécuritaire.

Il a également souligné l'importance de la nouvelle loi sur l'investissement adoptée en 2016, et qui garantit les mêmes droits aux investisseurs tunisiens et étrangers.

Chahed a ajouté que la transition économique de la Tunisie ne pourra pas se faire à court terme et sans sacrifices. Ainsi, il a souligné l'importance de la stabilité politique, environnement principal d'une économie prospère. "Nous avons dès le début été francs. Rien ne pourra être tout de suite réglé. C'est pourquoi nous nous sommes fixés l'année 2020 pour évaluer l'efficacité des réformes que nous menons au niveau de l'économie" déclare-t-il.

Le chef du gouvernement a par ailleurs annoncé que la croissance économique a doublé par rapport à 2016, passant ainsi de 1% à 2,3% prévue pour 2017, et 3% prévue pour l'année 2018. "Plusieurs indicateurs économiques se sont améliorés, comme l'investissement étranger qui a augmenté de 7% durant les 10 premiers mois de 2017. Ceci prouve un regain de confiance en l'économie tunisienne" a-t-il indiqué.

Chahed a également annoncé une hausse de 35% de la production du Phosphate durant la même période, en plus d'une augmentation de 18,1% du volume des exportations en comparaison à l'année écoulée.

Parmi les points relevés par Youssef Chahed, on trouve également la hausse de 23% du nombre de touristes en cette saison 2017, qui a permis une augmentation de 18% dans les recettes en dinar tunisien, et 5% en devises.

Le chef du gouvernement a d'autre part déclaré que la lutte contre la corruption visait en partie la "purification du climat entrepreneurial" en Tunisie, afin de lui donner "plus de transparence", ce qui accorde à son tour "plus de garanties aux investisseurs".

Chahed a également annoncé qu'un programme de réformes économiques a été présenté le 5 septembre 2017 aux partis soutenant le gouvernement d'union nationale, leur demandant de soumettre leurs remarques et propositions d'améliorations desdites réformes. Ce programme se résume en 4 points essentiels qui permettront, selon Chahed, de mettre d'ici l'année 2020, complètement fin à la crise économique en Tunisie, et qui, selon lui, réduira considérablement le taux de chômage.

Les actions présentées dans ce programme sont les suivantes:

  • Maintenir un déficit budgétaire en dessous de 3%
  • Maintenir un endettement en dessous de 70%
  • Maintenir une masse salariale au alentours de 12,5%
  • Atteindre un taux de croissance de 5% en 2020

Pour atteindre ces objectifs, Youssef Chahed annonce la mise en place d'une feuille de route détaillée qui permettra à l'économie tunisienne de se placer dans le premier tiers des économies les plus compétitives au niveau mondial. Cette feuille de route comprendrait, selon Chahed, 4 dimensions essentielles, à savoir l'institution, l'exportation, les régions, et les nouvelles technologies.

La bureaucratie, un fléau pour l'investissement

Le chef du gouvernement a d'un autre côté souligné la stratégie mise en place par le gouvernement en vue d'élaborer des partenariats avec les acteurs du secteur privé qui donneront la priorité aux activités industrielles à forte capacité exportatrice. Ainsi, des partenariats d'investissements public-privé sont en cours d'étude par le gouvernement.

"Ces partenariats ne peuvent être concrétisés que si une lutte contre la bureaucratie excessive est lancée. Une bureaucratie qui devient un obstacle aux investissements, et donc à la croissance et à l'emploi" a-t-il déclaré, ajoutant que le gouvernement travaille sur une réforme des procédures administratives qui, seront "réduites au maximum avant la fin de l'année 2017".

Toujours dans les réformes en faveur de l'investissement, Chahed est revenu sur la loi relative aux infractions de change, adoptée par le conseil des ministres, et en attente d'adoption par l'Assemblée des Représentants du Peuple.

Youssef Chahed a également annoncé le lancement des "initiatives gouvernementales pour la croissance" qui tournent autour de 10 axes essentiels qui seront une priorité pour le gouvernement pendant l'année 2018.

Ces axes sont les suivants:

  • Lever tous les obstacles à l'investissement
  • L'amélioration du financement des PME
  • L'élaboration d'un programme national exceptionnel pour l'appui de l'exportation
  • Le développement dans les régions intérieures
  • Lancer le programme "Tunisie Tribune Numérique 2020"
  • Lancement du projet tunisien de l'énergie solaire
  • Lancer les travaux d'études pour la création des quais 8 et 9 du port de Radès
  • L'activation du livre blanc relatif à l'endettement du secteur du tourisme et le lancement d'une stratégie pour soutenir ce secteur
  • Le soutien du programme d'essaimage
  • La révision des structures d'appui aux entreprises et aux promoteurs

Quant à la polémique suscitée par le projet de loi de Finances 2018, Youssef Chahed appelle à ne pas diaboliser les entreprises et déclare que le débat avec l'UTICA est en cours, convaincu qu'un consensus sera atteint à ce sujet. Il a également ajouté que le gouvernement n'est pas contre l’exonération d'impôt sur les bénéfices pour les entreprises partiellement exportatrices, comme il est le cas pour les entreprises totalement exportatrices dans le projet de loi de Finances 2018.

Organisé par l'Agence de promotion des investissements extérieurs (FIPA) en collaboration avec des partenaires locaux et internationaux, le Forum de l'Investissement de Tunisie (TIF) plus de 1200 participants, venus découvrir les nouveautés au climat d'investissement en Tunisie, et les opportunités d'affaires dans les divers secteurs.

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