Des milliers d'enseignants désertent l'école pour les élections et la tutelle "ne peut pas les en empêcher"

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Les enseignants désertent en masse les écoles pour se porter candidats aux élections. Ils sont "à peu près 11.000 à être concernés par cet événement national important" selon le conseiller au ministère de l'Education nationale. Mais cela ne semble pas préoccuper la tutelle, puisque Mohamed Chaïb Draa Tani, invité ce jeudi 9 novembre 2017 de la Radio Chaîne III, affirme que les "élèves sont pris en charge" et leur "scolarité assurée".

A chaque élection son dommage collatéral. Et cette fois-ci, il ne s'agit pas des affiches électorales drôles et extravagantes mais de la scolarité d'élèves des cycles primaire, moyen et secondaire de l'Education nationale. La campagne électorale a drainé depuis son lancement dimanche 29 octobre 2017, "à peu près" 11.000 enseignants, selon des chiffres avancés par le conseiller au ministère de l'Education nationale, invité ce matin de la Chaîne III de la Radio nationale.

Ces désertions, redoutées puis rapportées par plusieurs médias avant même le début de la campagne, suscitaient un vif débat chez les syndicats et les enseignants vacataires mais surtout des inquiétudes chez les parents.

Le Snapest et le Cnapest, principaux syndicats autonomes de l'éducation, appelaient déjà les enseignants amenés à s'engager dans une élection à prendre leurs responsabilités en désignant des remplaçants fiables.

Des responsables des deux syndicats, cités par Liberté Algérie, précisaient toutefois que cette mission est à la charge de la tutelle, qui "doit mettre en place des mécanismes juridiques et réglementaires pour que les élèves ne soient plus sacrifiés sur l’autel des ambitions politiques des enseignants-candidats".

Les vacataires, quant à eux, appelaient ouvertement la tutelle à remplacer les enseignants-candidats par eux-mêmes ou par des enseignants inscrits sur les listes d'attente de recrutement (vidéo ci-dessous).

Ces recommandations ont-elles été ignorées ? Mohamed Chaïb Draa Tani répondrait par la négative puisque ce conseiller au ministère de l'Education rassurait ce matin les parents d’élèves qui appelaient la Chaine 3 pour faire part de leur détresse, précisant que les vacataires ne seront sollicités que dans dans les "cas extrêmes".

"On ne peut pas le leur interdire"

Mohamed Chaïb Draa Tani a affirmé que "le ministère a pris les mesures nécessaires en répartissant les élèves (dont les enseignants sont candidats aux élections) sur les autres classes".

La tutelle, visiblement obligée de soutenir les autorités durant ces élections, se contente de "mettre en place des heures supplémentaires ou de faire appel à des enseignants vacataires dans les cas extrêmes, en attendant le retour des titulaires, après les élections", a-t-il expliqué pour rassurer les parents.

Mais ces derniers ne sont pas rassurés pour autant, craignant dans le moindre des cas une surcharge dans les classes, une condition peu optimale pour apprendre. A une question des auditeurs à propos des conséquences de ces mesures, le conseiller au ministère de l'Education nationale a tout simplement rétorqué que "ces enseignants sont Algériens, ayant des droits constitutionnels, dont ceux de voter ou d'être candidats".

"Nous ne pouvons pas leur interdire de se porter candidat à ces élections. Ces Algériens ont l'ambition, en plus d'être enseignants, d'être responsables locaux", a-t-il dit, "espérant que ces enseignants seront à la hauteur de la confiance du peuple algérien".

Lors de cet entretien, durant lequel M. Chaïb Draa Tani expliquait que la tutelle recrutait 6.500 enseignants dans les trois paliers, suite aux démissions, décès et départs en retraite, l'invité de la Radio chaîne III confirmait la "prolongation de la période des inscriptions pour les candidats aux épreuves du Baccalauréat/session juin 2018, jusqu'au 16 novembre 2017".

Toutefois, il a exprimé son regret que "nos enfants soient prêts à se lever à 02H00 pour passer un concours de langue", en référence au Test de connaissance de français, mais que "pour s'inscrire au bac, il y a encore des retardataires". "Cette prolongation est une aubaine et j'espère que nos enfants s'en rendront compte".

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