Rencontre avec Assaad Bouab, à l'affiche de la pièce "Les trois soeurs" au théâtre de l'Odéon (ENTRETIEN)

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ODEON
THÉATRE DE L'ODEON
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THEATRE - Le théâtre de l'Odéon, situé au entre le quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris et celui de Saint-Michel, se prépare à accueillir une nouvelle adaptation des "Trois Soeurs" de Tchekhov.

Au casting, on retrouve notamment Amira Casar, Éric Caravaca, Eloïse Mignon, Céline Sallette et l'acteur franco-marocain Assaad Bouab. Celui que les Marocains ont découvert en 2005 sous les traits de Mao dans le désormais culte "Marock", est à l'affiche de la pièce dans le rôle d'Alex. Une pièce qui se jouera du 10 novembre au 22 décembre, et dont certaines dates sont déjà complètes.

Un projet qui clot en beauté l'année du jeune acteur. Si ce dernier est un nom connu du public marocain, il est également un visage désormais reconnu en France grâce à la série "10 pour cent", diffusée sur la chaîne France 2. Forte d'une reconnaissance publique et critique, la série a mis l'acteur marocain sous le feu des projecteurs. Assaad Bouab figure même parmi les dix hommes qui ont marqué 2017 selon GQ, qui organise chaque année un vote sur internet pour élire l'homme de l'année.

Quelques jours avant le début de la pièce, nous sommes allés à sa rencontre au sein du théâtre de l'Odéon. Ce jour-là, les répétitions commencent un peu plus tard dans l'après-midi. Avec lui, nous sommes revenus sur son année de la consécration, sur la pièce "Les trois soeurs" et son avenir au sein de la série "10 pour cent", dans laquelle il incarne Hicham Janowski. "C'est un mec qui ne dort pas beaucoup, moi j'ai besoin de dormir", plaisante l'acteur marocain. Entretien.

HuffPost MarocQue pouvez-vous nous dire sur la pièce et votre personnage?

Assaad Bouab: C'est une adaptation de Simon Stone, qui s'inspire de l'oeuvre de Tchekhov. Mon personnage est l'équivalent de celui de Verchynine, l'amant de Macha, en couple avec deux enfants.

Notre metteur en scène l'a adaptée de nos jours, avec des références d'actualité comme l'élection de Donald Trump. C'est donc inscrit dans l'actualité avec une intrigue et une histoire contemporaine. Sa particularité est qu'elle me fait penser aux films scandinaves où il y a des non-dits qui trainent depuis longtemps, où on tourne autour du pot sans jamais crever l'abcès, mais à un moment, ça part en explosion. Et ce que j'aime beaucoup dans cette manière d'aborder le théâtre est qu'il ne cherche pas à ce qu'il y ait une performance d'acteurs, il nous pousse à être dans une espèce d'ennui, il y a une solitude, on parle sans vraiment s'adresser l'un à l'autre, ça nous demande aussi un certain lâcher prise.

Quel effet cela vous fait-il de jouer à l'Odéon?

C'est un cadre incroyable. Le premier jour où je suis arrivé, j'avais le coeur qui battait, un peu la même sensation que quand je suis arrivé au conservatoire. On rentre par l'entrée des artistes, on me donne mon pass pour ma loge, ce sont des conditions très privilégiées, je suis reconnaissant. Je suis heureux aussi de travailler avec des acteurs comme eux, qui ont tous leur particularité, et un metteur en scène jeune et plein de talent. J'admire sa manière de disséquer le jeu.

Appréhendez-vous la première de la même manière qu'une autre pièce ou ce cadre met justement une pression supplémentaire?

J'appréhende toujours la première, la particularité est que cette pièce a déjà été jouée à Bâle, où elle a été très bien reçue. Il y a peut-être un tout petit moins d'appréhensions par rapport au résultat final parce que l'on sait ce que cette pièce propose.

Mais on n'est jamais à l'abri d'être à côté de nos pompes ce jour-là, il y a toujours l'appréhension de la première, qu'éventuellement il y ait un problème ou un trou mais le metteur en scène nous rassure tout le temps, il nous dit que c'est même ça que l'on veut, les accidents.

Avant-hier par exemple, on a fait un filage et ma partenaire devait me montrer des photos sur son portable, elle descend le chercher et ne le trouve pas, on rebondit là-dessus, ce sont des moments de vie bien vrais dénoués de tout artifice. Là je suis assez excité, on attend la première, on attend ce que le public va dire.

L'année 2017 a été une année marquée notamment par votre rôle dans "10 pour cent". Avez-vous senti un avant et un après?

Quand je me promène dans la rue à Paris, j'ai des retours de gens qui me disent ce qu'ils pensent de la série ou qui ont beaucoup aimé ce personnage, ça m'a rappelé ce qui m'est arrivé après la sortie de "Marock", le film a été beaucoup vu au Maroc et j'ai eu des retours parfois émouvants.

C'est la force de la télévision et c'est une série vue par plus de 4 millions de personnes, c'est un franc succès quand on voit que les longs métrages ont du mal à dépasser le million de spectateurs, là avec 4 millions...! Je suis allé dans une petite ville, Die, dans la Drone, et au café on m'a reconnu, ça a donc eu un impact assez général.

En 2017, il y eu d'autres très beaux projets, j'ai joué avec un homme que je considère comme un frère qui est Simon Abkarian, avec qui j'ai travaillé dans les deux pièces de théâtre. Cela a été un épanouissement absolu pour moi parce qu'il me demande l'inverse de Simon Stone, lui me demande quelque chose de très extraverti, très méditerranéen, ce truc du corps, un peu "would al houma". On se retrouve d'ailleurs en septembre-octobre 2018 avec Simon Abkarian à La Cartoucherie à Paris, où on va jouer la trilogie.

Concernant "10 pour cent", on va lire les premiers épisodes le 9 novembre et la seconde moitié en décembre pour commencer à tourner en janvier pour trois mois. Et la saison trois devrait être diffusée en septembre 2018, quand je serai sur scène avec Simon Abkarian, comme l'année dernière, la boucle est bouclée (rires).

Quelques informations sur la saison 3?

On a la structure de la saison mais pas le droit de la raconter (rires), ils nous ont peint le tableau de la saison mais on ne connaît pas encore nos scènes, ça m'angoisse!

les trois soeurs

En parlant de "Marock", c'est aujourd'hui un film culte, auriez-vous parié sur cela au moment du tournage?

Pour être franc, en lisant le scénario, je me suis dis que c'est quelque chose de nouveau, un cinéma qu'on n'a pas vu souvent au Maroc où on parlait d'une partie de la population, cette jeunesse dorée. Certes ça ne parle pas à tout le Maroc qui est pour moi un alphabet de contraste. Mais je me suis dis que cela allait créer des petits soucis, j'avais peur de la censure, quand j'ai lu la fameuse scène de la prière. C'était parti pour être bloqué et finalement, à la surprise générale, le film est sorti et a été hyper bien reçu. Ça a peut-être débloqué certaines choses dans la production cinématographique au Maroc.

Vous vivez entre Paris et Rabat. Comment se passe pour vous cette double citoyenneté?

Ma vie est en France où le travail me mène, je ne peux pas le nier. Quand je pars trois mois dans un autre pays, je vis dans ce pays, c'est enrichissant, mais ma vie est en France, je paye mes impôts ici, mais je me sens toujours un peu "le cul entre deux chaises", étiré dans tous les sens!

Après cette année 2017 chargée, quels sont vos projets futurs?

Au Maroc, je voulais faire ce film à tout prix, celui de Adil Fadili. On devait le faire ensemble, il a été décalé plusieurs fois, maintenant ce n'est plus possible, le tournage a commencé alors que j'étais déjà à Paris, du coup je suis passé à côté de ce qui, je suis sûr, est un très beau projet.

En France, j'ai l'Odéon, ensuite la saison trois de "10 pour cent", deux mois de creux où je vais profiter de ma famille, je suis jeune papa! Ensuite, je retrouverai Simon Abkarian, et normalement début 2019, la saison 4 de "10 pour cent"...

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