Écriture inclusive: plus de 300 professeurs refusent d'enseigner que "le masculin l'emporte sur le féminin"

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Primary school | Godong via Getty Images
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FÉMINISME - "Pourquoi [les femmes] n'accepteraient pas de gagner moins que leurs collègues (...) s'il est admis au plus haut niveau que 'le masculin l'emporte sur le féminin'?" C'est avec cette interrogation à l'esprit que 314 enseignants et enseignantes ont signé une tribune sur le site d'information Slate, ce mardi 7 novembre.

Ils y déclarent "avoir cessé ou nous apprêter à cesser d'enseigner la règle de grammaire résumée par la formule 'le masculin l'emporte sur le féminin'", et appellent chacun à en faire autant, notamment les autres enseignants, les professionnels de la presse et de l'édition, les écrivains...

Pour ces signataires, la répétition de cette formule à l'école "induit des représentations mentales qui conduisent femmes et hommes à accepter la domination d'un sexe sur l'autre".

Elle est d'autant plus illégitime à leurs yeux qu'elle n'a été créée que récemment dans l'histoire de la langue française. "Elle a été mise au point au XVIIe siècle", rappellent ces enseignants, qui indiquent par ailleurs qu'elle a été par la suite généralisée pour des raisons "politiques".

Ils citent ainsi les défenseurs de cette réforme de la langue, qui assumaient de défendre un masculin "plus noble". "Le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle", écrivait ainsi Beauzée dans sa "Grammaire Générale" publiée en 1767.

Pour certains grammairiens, au contraire, le masculin serait "utilisé comme la marque du neutre" en français. C'est ce qu'expliquait au moins d'octobre le grammairien Antoine Gautier, maître de conférence en langue française à l'université Paris-Sorbonne, dans le Figaro. Pour lui, c'est la formulation de la règle qui serait "malheureuse", et qui devrait être modifiée. "Beaucoup de filles le prennent mal, et ça se comprend", justifiait-il.

Des accords de proximité, de majorité ou au choix

Les signataires de la tribune proposent comme solution de revenir aux règles qui prévalaient alors à l'époque, héritées du latin. "Nous déclarons enseigner la règle de proximité", indiquent-ils par exemple,qui consiste à accorder les mots concernés avec le terme le plus proche. Ainsi, plutôt que d'écrire "les maîtres et les maîtresses engagés", il faudrait écrire "les maîtres et les maîtresses engagées".

D'autres solutions existent, indiquent-ils, comme un accord "de majorité" -s'il y a plus de femmes, on accorde au féminin- ou plus simplement un accord "au choix".

Cette prise de position intervient alors que l'écriture inclusive fait débat, depuis la publication du premier manuel scolaire à l'avoir adoptée. Ce mode d'écriture vise à féminiser d'avantage la grammaire, comme le recommandait en 2015 le Haut Conseil à l'Égalité entre les Hommes et les Femmes. Cela peut passer par l'intégration de la terminaison du féminin entre des points, quand c'est nécessaire. Par exemple, on pourrait écrire "les maître.sse.s", à la place de "les maîtres et les maîtresses".

Ces propositions avaient choqué les Immortels de l'Académie Française, qui avaient dénoncé à la fin du mois d'octobre un "péril mortel" pour la langue française.

Après avoir publié cette tribune, Slate a annoncé adopter également cette règle de l'accord de proximité. "La rédaction va revenir à une règle plus juste issue du latin et appliquée en leurs temps par Corneille et Ronsard", informe le site, qui dit défendre "une langue plus inclusive, sans impact pour les plus conservateurs de nos internautes et bien plus équitable".

Dans la foulée, le site Les Nouvelles News a indiqué à son tour adopter cette règle grammaticale.

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