Enfance Maghreb Avenir et Leïla Slimani: "Chaque enfant doit pouvoir trouver sa place dans l'école publique"

Publication: Mis à jour:
EMA
yb
Imprimer

REPORTAGE – Province de Nouaceur, samedi matin, quelque part entre les bidonvilles et résidences délabrées, au bord d'une route où sont stationnées charrettes, mobylettes et deux ou trois berlines. Nous sommes devant l’école Ouled Abbou, fraîchement rénovée par l’association Enfance Maghreb Avenir (EMA) et l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), qui ont organisé une rencontre sur le thème "L’école pour tous".

La cour de récréation prend des allures de kermesse: ballons colorés, visages peinturlurés et stands de jeux. La musique est forte, les enfants s'amusent, puis l’hymne national retentit. En rang d’oignons, garçons d'un côté, filles de l'autre et uniforme pour tous, les élèves chantent en chœur tout en agitant des drapeaux marocains devant un parterre d'invités: Hassan Zitouni, le gouverneur de la préfecture de Nouaceur, s'est déplacé en personne pour visiter cette école. L'écrivaine franco-marocaine Leïla Slimani est présente en tant que marraine de EMA.

ema

Dignité et respect pour les enfants de l’éducation publique

"Malgré les nombreux rapports internationaux accablants, certaines réformes proposées par l’Etat ne répondent toujours pas aux dysfonctionnements de l’enseignement public. On est dans la situation suivante aujourd’hui: là-haut ils ne font rien, et les gens du bas se débrouillent tant bien que mal pour mettre leurs enfants dans le privé au détriment du public où les droits de l'enfant sont bafoués. C’est un gros problème social, et depuis douze ans, je me bats pour expliquer à l’Etat marocain que les infrastructures sont la priorité!", explique au HuffPost Maroc Najat Limet, fondatrice et présidente de l’association.

Avocate de formation, elle a grandi dans un milieu modeste. Partagée entre la France et le Maroc, elle est revenue dans son pays pour se rendre utile. Il est nécessaire pour elle que toutes les personnes qui ont réussi s’investissent davantage dans le vaste chantier qu’est l’éducation. Elle fait de l'accès à l'école pour tous son combat quotidien, avec comme cri de guerre: "Faire des réformes c'est bien, remettre nos école en état, c'est mieux".

ema

"Beaucoup de gens se rendent compte que si l’éducation reste un problème non réglé, on pourra faire des logements sociaux, des autoroutes… Ça ne servira à rien dans un pays où les gens ne sont pas éduqués et ne savent ni lire ni écrire", avance pour sa part Leïla Slimani. "Chaque enfant doit pouvoir trouver sa place dans l'école publique". Dans son discours, elle rappelle son parcours brillant dans les meilleures écoles françaises, épingle le système éducatif marocain et l’ascenseur social en panne qui condamne les pauvres à une éducation défaillante et au décrochage scolaire.

ema

Leïla Slimani, marraine de l’association Enfance Maghreb Avenir, avec un élève.

1,4 millions de dirhams de travaux

Il y a un an, cette école ne ressemblait à rien. Une infrastructure laissée à l'abandon qui manquait cruellement de sanitaires, de matériel pédagogique mais surtout de salles de classes où pourraient étudier dignement des centaines d’élèves.

L'argent récolté auprès de donateurs a permis d’effectuer de gros travaux et offrir ainsi à cette école un second souffle: sept salles de classes fraîchement peintes, fresques, murs colorés et matériel neuf. 656 enfants peuvent dorénavant étudier dans des conditions acceptables et non plus dans des salles préfabriquées en amiante qui mettaient en péril leur santé. Mais surtout, ils disposent de sanitaires propres. "Il y a douze ans, quand je disais aux autorités qu'il fallait des toilettes dans les écoles, ils ne comprenaient pas pourquoi c'était indispensable. Un trou dans la terre est l'affaire est réglée. Aujourd'hui, ils en saisissent enfin la gravité", explique la présidente.

ema

La présence du gouverneur Hassan Zitouni semble ravir tout le monde: photos, accolades, sourires, il se prête au jeu. "Il soutient beaucoup l’association et le travail de rénovation des écoles de la région. Il aurait pu ne pas venir, on sait comment sont les autorités, mais sa présence est un signe d’encouragement", souligne Najat Limet.

Des projets de construction sont à venir, certains sont financés à hauteur de 70%, d’autres attendent encore des subventions. Mais les choses avancent progressivement et les écoles de la wilaya de Nouaceur répondront bientôt toutes au normes et standards de construction.

En plus des travaux de réhabilitation, EMA propose d'autres projets d'accompagnements aux écoles: initiations à l'audiovisuel et à l'informatique, bibliothèques dans les salles de classe, gestion d'un parc de bus scolaires dédiés au transport public (en priorité pour les filles), remises de cartables... Des éléments indispensables à toute école qui se respecte mais qui, hélas, manquent dans beaucoup d'établissements.

ema

Une fois les invités repartis, les enfants dansent sous l’œil amusé du corps enseignant et s'approprient avec joie cet endroit rien qu'à eux. Rires et chants ponctuent cette matinée. Puissent-ils résonner un jour dans toutes les écoles marocaines...

LIRE AUSSI: