Immigration clandestine-Le témoignage de Mehdi, 27 ans: "J'aime trop la vie pour rester en Tunisie"

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Darren Whiteside / Reuters
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PORTRAIT- L'esprit vif, toujours une blague au détour d'une phrase, Mehdi aime la vie, l'aime trop pour ne pas partir de la Tunisie, dit-il. "Ici, on crève à petit feu, ce pays est étouffant", lance-t-il.

Le rêve du jeune homme de 27 ans est simple et pourtant il n'est pas si facile à atteindre: voyager. "Je veux pourvoir visiter des pays, rencontrer d'autres gens. Si j'avais la possibilité de le faire en restant en Tunisie, je ne quitterai jamais mon pays". Mehdi aspire à plus de moyens et un passeport étranger pour réaliser son rêve.

Le jeune homme, issu d'un quartier populaire de Tunis, n'a pas terminé ses études, il enchaîne les petits boulots, compte sur l'aide de ses parents aussi: "Sans eux, je ne pourrais pas tenir". Travaillant actuellement dans un magasin, il est payé 600 dinars tunisiens par mois, "autant dire que c'est des miettes pour un homme de mon âge qui veut bien s'habiller comme les autres, réaliser ses kifs, se divertir et envisager de se marier".

Le jeune homme était fiancé jusqu'au jour où il a décidé de tout plaquer pour tenter une immigration clandestine par la mer: "J'ai dit à ma fiancée qu'il fallait que je parte, c'est mieux pour nous deux. Comment pourrais-je me marier, payer un loyer, avoir des enfants en ayant ce salaire, on va galérer tous les deux", explique-t-il.

Mehdi raconte avec le sourire ses "aventures", celles de deux tentatives d'immigration, via le port de Kélibia. Le première fois, c'était sur un coup de tête, "les amis dans les quartiers chauds de Tunis connaissent bien les ficelles d'une telle entreprise. Un ami qui organisait des voyages par la mer, m'a appelé pour voir si j'étais tenté. J'ai accepté sans hésiter".

Le jeune homme est resté une semaine dans une villa à Kelibia avec un groupe d'hommes, attendant le moment propice pour prendre la mer, jusqu'au jour où des agents de la garde nationale de la région découvrent ce qui se mijotait.

La première tentative a avorté mais Mehdi garde "un bon souvenir" de son séjour avec des hommes "qui n'avaient plus rien à perdre, dégoutés de la vie, certains étaient passés par la case prison". "L'attente était harassante mais on passait notre temps à fumer des joints, boire et partager de bonnes anecdotes, ça forme un homme", dit-il.

Le jeune homme ne se décourage pas et essaye une autre fois, toujours par le port de Kelibia. Cette fois, l'embarcation a pris la route de l'Italie. En racontant, Mehdi se crispe, son sourire se dissipe soudainement: "C'était éprouvant, flippant".

Un incident résume selon lui ce calvaire: "Je voulais faire mon besoin naturel, lorsque je me suis retourné vers la mer, l'embarcation s'est soudainement agitée, ma tête a sombré à moitié dans l'eau, j'ai vécu la peur de ma vie. Je suis resté figé sur place tout au long du périple". Arrivé en Italie, le jeune homme a été reconduit vers la Tunisie.

Depuis, ses parents font tout pour le dissuader de réessayer, ils sont en train de lui construire un appartement au dessus de chez eux.

Le jeune homme admet que cette volonté de partir, de s'"envoler", comme il dit, est un "mal générationnel". "Mon père a travaillé dur pour nous élever, mes parents se contentaient de ce qu'ils avaient, nous, on veut plus, on ne veut pas de cette vie pénible en voyant la richesse ailleurs devant nos yeux".

Et de poursuivre: "L'idée de repartir est toujours dans un coin de ma tête, je sais que j'ai ma famille ici, que je ne crèverai pas de faim, qu'ils seront toujours là. Alors que là-bas, je serai seul, non épaulé. Je sais pertinemment que ce n'est pas le paradis, que je serai amené à travailler dur mais au moins, ça vaudra le coup. Là bas, ton effort est récompensé, pas ici. Puis, je pourrai me déplacer à travers l'Europe" explique-t-il.

Sauf que cette fois-ci, Mehdi a obtenu un visa pour un pays européen. Ses yeux brillent et une satisfaction se dessine dans ses yeux, esquissant la possibilité d'y rester.

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