Melania Trump, la lente et laborieuse appropriation du rôle de "First Lady"

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MELANIA TRUMP
U.S. President Donald Trump and first lady Melania Trump host an event to commemorate Hispanic Heritage Month at the White House in Washington, U.S., October 6, 2017. REUTERS/Kevin Lamarque | Kevin Lamarque / Reuters
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DONALD TRUMP - Il y a près d'un an, le 8 novembre 2016, Donald Trump était élu à la tête des Etats-Unis. S'il a rapidement endossé - à sa manière, cela va sans dire - le rôle de président, on ne peut pas en dire autant de Melania Trump et de son rôle de première dame. L'installation de Melania Trump à la Maison Blanche s'est faite lentement, au sens propre comme au figuré. L'épouse du 45e président des Etats-Unis, officiellement investi le 20 janvier, a en effet emménagé dans le palais présidentiel seulement le 11 juin dernier, soit six mois plus tard.

Cette décision - tardive - a mis fin aux rumeurs de mésentente dans le couple. Officiellement, la raison invoquée était de ménager leur jeune fils, Baron, qui aurait été perturbé de changer d'établissement scolaire. Sitôt arrivée à la Maison-Blanche, "Flotus" ("First Lady Of The United States") s'est empressée de tweeter "J'ai hâte de créer des souvenirs dans notre nouvelle maison!".

Sauf que, malgré son installation à Washington et une plutôt bonne cote de popularité dans ce récent sondage, Melania Trump semble encore avoir du mal à trouver sa place. Et jusqu'à présent, les "souvenirs dans la nouvelle maison" rentrent principalement dans la case mauvais souvenirs.

Cible de moqueries

On ne compte en effet plus les occasions où la première dame a été la cible de moqueries, et ce pas toujours à cause de son fait. Un exemple récent: ce dîner à la Maison Blanche, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, qui a mal tourné.

La troisième épouse de Trump avait en effet mis les petits plats dans les grands. Autour de la table: une centaine de conjoints et conjointes de dirigeants du monde. Melania Trump avait préparé un rare discours, pétri de bons sentiments. Thème consensuel choisi: la protection des enfants. "Nous devons enseigner à nos enfants les valeurs de l'empathie et de la communication qui sont au cœur de la gentillesse, la conscience, l'intégrité et le leadership, qui ne peuvent être enseignés que par l'exemple", a déclaré l'ex-mannequin de 47 ans d'origine slovène.

"J'espère que vous partagerez mon engagement à enseigner à la prochaine génération de suivre la règle d'or: 'Traitez les autres comme vous voudriez qu'ils vous traitent' (...) Nous devons nous concentrer sur le message et le contenu auxquels ils sont exposés quotidiennement via les réseaux sociaux, les intimidations qu'ils subissent en ligne ou en personne", a-t-elle déclaré.

Sur les réseaux sociaux les réactions négatives ont été immédiates, et les internautes n'ont pas manqué de rappeler les entorses de son mari à cette règle d'or. "Elle ne peut pas parler sérieusement. Melania, rentre chez toi et tiens ce discours à ton MARI", a notamment réagi Charles Blow, un éditorialiste du NY Times.

Autre exemple - qui tient plus de sa propre maladresse cette fois - à la fin du mois d'août. Melania Trump a encore déclenché des railleries d'internautes en sortant de la Maison Blanche en talons aiguilles et lunettes d'aviateur, pour se rendre au Texas, victime d'inondations catastrophiques provoquées par l'ouragan Harvey. Plusieurs d'entre eux l'ont comparée à la reine de France Marie-Antoinette, allant même jusqu'à la rebaptiser "Melania Antoinette", qui avait rétorqué "Qu'ils mangent de la brioche" après avoir été informée que le peuple n'avait plus de pain à manger.

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Et même lorsqu'elle tente de faire preuve de générosité, son geste est balayé d'un revers de main. Au mois de septembre, Melania Trump a fait une donation de livres pour enfants écrits par Dr. Seuss, célèbre illustrateur américain, dans tout le pays, afin de célébrer le jour national de la lecture, rapporte CNN. Mais une libraire du Massachussetts a refusé le cadeau.

Dans une lettre ouverte publiée sur son blog, Liz Phipps Soeiro explique: "Mes étudiants sont impressionnés par les magnifiques ex-libris avec votre nom et le tampon indélébile de la Maison Blanche. Cependant, nous ne conserverons pas ces livres dans notre collection. Vous n'êtes peut-être pas au courant, mais Dr Seuss est un cliché vieillissant de la littérature enfantine. (...) Les illustrations de cet auteur tendent vers la propagande raciste, les caricatures et les stéréotypes nocifs".

Des moqueries auxquelles elle répond rarement. Il n'y a guère que les propos de la première femme du président américain, Ivana Trump, qui l'ont fait réagir. Dans un entretien accordé à ABC News, celle-ci, en intense campagne de promotion de son livre "Raising Trump", s'était attribué, dans une blague qui est mal passée, le titre de "Première dame".

"J'ai le numéro direct pour la Maison Blanche mais je ne veux pas vraiment l'appeler parce que Melania est là-bas", expliquait-elle en évoquant ses échanges avec son ex-mari. "Et je ne veux pas créer de jalousie ou quelque chose comme ça car je suis la première femme de Trump. OK? Je suis Première dame". Par la voix de sa porte-parole Stephanie Grisham, l'épouse du président américain a fait savoir qu'elle n'avait pas du tout apprécié. Melania Trump "adore vivre à Washington DC et est honorée de son rôle de Première dame des Etats-Unis", a-t-elle expliqué, citée par la chaîne CNN.

Dans l'ombre d'Ivanka Trump

Et c'est sans compter que la "First Lady" doit aussi composer avec la "First Daughter". En effet, selon les commentateurs et la presse internationale, Ivanka Trump remplit davantage le rôle de Première dame. Et les 11 ans d'écart qui séparent les deux femmes semblent réduire l'autorité naturelle de Melania Trump. Présente à chacun des meetings de campagne de son père, c'est Ivanka Trump qui l'a introduit sur scène le jour de l'annonce de sa candidature à la présidence en bas de l'escalator de la Trump Tower.

Autre symbole très équivoque de son influence prépondérante: une photographie, prise lors de la rencontre entre Donald Trump et le Premier ministre canadien Justin Trudeau, sur laquelle Ivanka est assise dans le fauteuil emblématique du Bureau ovale.

En outre, la fille du président, omniprésente durant la campagne présidentielle, apparaissant très proche de son père sur chaque photo de famille, s'est vue attribuer un poste officiel à la Maison Blanche en mars dernier. La jeune femme de 35 ans, mère de trois enfants, ex-mannequin et cheffe d'entreprise, possède le titre d'"assistante spéciale du président" et a ainsi rejoint son mari Jared Kushner -qui occupe actuellement le poste de "haut conseiller du président"- dans la fameuse West Wing du bâtiment.

Et même si sa fonction reste floue, Ivanka Trump se mobilise depuis le début pour défendre son père et rattraper ses frasques. C'est aussi elle qui organise les coups de fils officiels du président, qu'il s'agisse de dirigeants étrangers, de chefs d'entreprise ou d'astronautes de la station spatiale internationale. ​​Elle accompagne également le président américain lors de réunions internationales importantes et de rencontres avec les dirigeants étrangers. Lors du G20, organisé en juillet dernier, Ivanka a, ni plus ni moins, remplacé son père à la table des dirigeants.

ivanka trump

Des causes difficiles à embrasser

Difficile de peser face à cette omniprésente belle-fille, d'autant que Melania Trump a mis du temps à se trouver une cause à défendre. Les premières dames des Etats-Unis s'engagent souvent dans une cause qui lui tient à cœur: Michelle Obama avait ainsi fait de l'obésité une lutte constante, n'hésitant pas à se mettre en scène et à médiatiser ses actions, très populaires auprès des Américains; Eleanor Roosevelt combattait le racisme et luttait pour le droit des femmes; Laura Bush, elle, défendait l'accès à l'éducation des femmes Afghanes.

Le 24 octobre, Melania Trump a tenté de faire du harcèlement scolaire l'une de ses priorités. Malheureusement pour elle, lors d'une visite officielle organisée dans une école de la banlieue de Detroit, son discours a été fortement critiqué. Tentant d'expliquer qu'il faut agir avec "gentillesse et compassion", la "First Lady" s'est encore une fois fait reprendre par les internautes, qui n'ont pas manqué de lui rappeler que son mari était régulièrement accusé de harcèlement et de brutalité.

Toujours décrédibilisée par les agissements de son époux, "FLOTUS" a finalement choisi la lutte, très consensuelle, contre l'addiction des opiacés, qui concerne plusieurs centaines de milliers de personnes aux Etats-Unis. Comme le rapporte Paris Match, Melania Trump a organisé une table ronde pour évoquer le problème. "Le bien-être de nos enfants est de la plus haute importance à mes yeux et j'entends utiliser ma tribune en tant que Première dame pour aider autant d'enfants que possible", a-t-elle affirmé. Dans un message publié sur Twitter, Melania Trump avait écrit: "Les opiacés détruisent notre jeunesse et notre peuple. Rencontre avec le président et le ministre de la Santé aujourd'hui, pour apporter mon soutien à #STOPDRUGADDICTION".

Tous ces paramètres mis bout à bout ne facilitent pas la tâche de celle qui, depuis janvier, a bien du mal à assumer les fonctions habituellement dévolues à l'épouse du locataire de la Maison Blanche. Mais être la cible de moqueries semble incomber au statut - non officiel - de Première dame. Et même la très appréciée Michelle Obama avait été critiquée en 2009, dont la pose pour son portrait officiel avait été jugée "trop détendue" par certains commentateurs, rappelle Madame Le Figaro. Ainsi, Nancy Reagan affirmait, des années après avoir quitté ce rôle:

"Rien, mais absolument rien, ne vous prépare à être "First Lady". Tout ce que je disais ou faisais, en tant que "First Lady", épouse ou mère, était instantanément matière à critique, interprétation, seconde interprétation. Mes habits. Mes amis. Mes goûts. Ma relation avec mes enfants. La manière dont je regardais mon mari...", relatent Les Inrocks.

Ce n'est pas Melania Trump qui la contredirait.

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