Egypte: 3 ans de prison pour une présentatrice qui avait parlé de grossesse hors mariage à l'antenne

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DOAA SALAH
youtube / al nahar tv
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JUSTICE - Doaa Salah, présentatrice égyptienne du talk-show "Dody Show", diffusé sur Al Nahar TV, a écopé d'une peine de trois ans de prison pour avoir parlé de grossesse hors mariage à l'antenne lors de son émission.

En juillet dernier, la journaliste avait ouvert son émission quotidienne, intitulée ce jour-ci "Buy a man", avec un faux ventre de grossesse. Elle abordait ensuite le sujet des femmes célibataires en Egypte et les différentes possibilités de tomber enceinte sans la "contrainte" d'un homme.

Elle n'aurait pas hésité à questionner le public, exclusivement féminin, demandant aux femmes si elles avaient déjà eu ou envisagé d'avoir des relations sexuelles hors mariage, suggérant à celles qui veulent un enfant de trouver un homme le temps de la grossesse puis de divorcer. Doaa Salah aurait ensuite partagé à l'antenne certaines méthodes peu conventionnelles (voire interdites) en Egypte: don de sperme, relations sexuelles tarifées en échange d'un bébé...

Ces propos ont immédiatement suscité une grande polémique et affolé l'opinion publique et les autorités religieuses. L'émission a été suspendue durant trois mois et les accusations n'ont pas tardé à pleuvoir. "Outrage à la décence publique", "incitation à la débauche"... Doaa Salah est entraînée dans une spirale médiatique, se démenant seule sans le soutien du syndicat des médias égyptiens qui s'est désolidarisé d'elle, d'après la BBC.

Un avocat de la cour d'appel du Caire la traîne alors en justice qualifiant ses idées "d'immorales et étrangères à la société, menaçant l'identité de la famille égyptienne". Résultat: la jeune femme devra purger une peine de trois ans de prison et une amende de 10.000 livres. Une sanction lourde et irrévocable décidée ce jeudi 2 novembre et à laquelle la jeune femme ne pourra pas faire appel.

Cette sanction intervient quelques jours après les propos scandaleux de l'avocat conservateur Nabih al-Wahsh à la télévision égyptienne. L'homme, qui n'en est pas à sa première polémique, avait déclaré face caméra que "agresser sexuellement et violer les jeunes filles en jeans troués est un devoir patriotique".

Reste à savoir maintenant si ces propos accablants qui appellent au viol seront condamnés aussi fermement, dans un pays où 99,3% des femmes déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel dans l'espace public, d'après un rapport de l'ONU.

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