1994 de Adlène Meddi: le noir roman des "justiciers"

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COLLAGE ADLNE 1994
Barzakh
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Une année pour brosser un tableau des plus sombres de l'histoire de l'Algérie postindépendance. 1994 est le titre qu'a choisi le journaliste Adlène Meddi pour son troisième roman. Clin d’œil à Orwell mais également date significative, un pic au cœur de la décennie macabre algérienne.

Crimes, enquêtes, vengeance, services secrets, les ingrédients habituels des romans de Meddi sont bien là. Mais 1994, ce n'est pas que cela, c’est un roman chargé d’émotions contenues qui peinent à se libérer. Comme un traumatisme aux effets enfouis, qu’aucune parole n’est venue formuler pour le rendre supportable.

Dans ce roman, paru aux éditions Barzakh, l'auteur plante son décor dans un Alger à feu et à sang, l’on retrouve quatre amis qui se lancent dans une entreprise vengeresse et aussi, les personnages déjà évoqués dans la prière du maure, celle des puissants chefs des services affublés des noms de "Structure" et "Sanctuaire".

L’histoire commence dans un cimetière où le jeune officier Amin enterre son père, Zoubir,un de seigneurs de la guerre durant les années 90. Ce même cimetière où son ami Sidali retrouve les fantômes de leur passé commun.

Dans cette histoire où les règlements de compte tardifs de la guerre de libération se greffent à la "nouvelle guerre", des lycéens à l’innocence volée basculent dans la violence.

"Justiciers revanchards" ou..."Escadrons de la mort"?

De 1994 à 2004, des vies entières ont été détruites. Des jeunes décident un jour de rendre justice à "leurs morts" et se retrouvent, par ironie du sort, prisonniers de ces mêmes morts.

"Des petites banales vies de lycéens avec comme seul univers des cahiers de cours, des profs et des dragues sans lendemains", les quatre jeunes de ce lycée de Mohammadia ont été emporté par la déferlante d'un monde dont ils ne soupçonnaient même pas l'existence.

De ces jeunes lycéens à peine sortis de l’adolescence à ces jeunes "revanchards" aveuglés par la haine et animés par la vengeance qui veulent dresser des listes de personnes à liquider, ce cimetière de Al Alia n'abritait, tout compte fait, pas que les morts. Il cachait aussi une vérité trop lourde pour être portée par quatre âmes.

De l’exilé Sidali, aux fuyards, Farouk et Nawfel à Amin, ce jeune officier qui finira, certainement, sa vie dans cet asile d'aliénés, personne n'est épargné.

Ce cimetière cache dans ses entrailles la pièce d'un puzzle que même les trop puissants services Algériens n'ont réussi à percer. A-t-on si bien réussi à maquiller le crime? Pas si sûr.

Tout le monde est rattrapé par les fantômes du passé. Vivants ou morts. Assassins et assassinés hantent les lieux et ne peuvent libérer toute la peine que contient la poitrine de Sidali qui embrasse du regard toutes ces tombes pour une dernière fois.

Ses yeux rencontrent, là où ils se posent, les marques indélébiles de cette guerre sans nom. Forcé à s'exiler pour toujours, il finit par comprendre enfin que sa vie lui a été volée. Elle ne lui a jamais appartenu. Ses larmes se libèrent enfin.
Il pleure son cousin ravi à la vie par des balles de terroristes. Il pleure Mehdi, le frère de la bienaimée de Amine, qu'il a condamné lui et sa bande de copains.

Il pleure ses amis morts-vivants. Il pleure son triste sort, aussi, avant de lever l'ancre pour toujours.

Le silence qui entoure ces groupes érigés en justiciers est brisé par un roman aussi noir que la décennie qu’il décrit.

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