Le Maroc toujours à la traîne en matière de parité entre femmes et hommes

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Manifestation contre la violence à l'égard des femmes, Rabat, 24 novembre 2013. | Youssef Boudlal / Reuters
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ÉGALITÉ - Après une décennie de progrès "lents mais constants", 2017 marque un coup d’arrêt en termes d'amélioration de l'égalité entre les sexes. C'est le constat amer dressé par le Forum économique mondial dans son dernier rapport sur la parité entre femmes et hommes. Et le Maroc ne fait pas exception.

Selon le rapport de l'organisation économique, le royaume arrive à la 136e place du classement sur 144 pays étudiés. Une piètre performance, qui n'a pas vraiment évolué depuis 2006, où le Maroc occupait la 107e place sur 115 pays. Son score a cependant très légèrement augmenté, passant de 0,583 il y a dix ans à 0,598 aujourd'hui (la note 1 représentant la parité totale). Le fossé des inégalités entre les sexes est ainsi comblé à un peu moins de 60%.

Le rapport mesure l’importance de ce fossé dans quatre domaines: la représentation et les opportunités économiques (salaires, participation et accès aux fonctions dirigeantes), l'éducation (accès à l’éducation de base et supérieure), la santé et la survie (espérance de vie et ratio filles-garçons), et l'émancipation politique (représentativité au sein des structures décisionnaires).

Inégalité salariale, faible représentativité en politique...

Dans ces quatre domaines, le Maroc est respectivement 137e, 122e, 128e et 100e du classement. S'il obtient des notes plutôt honorables concernant la parité dans l'accès à l'éducation (0.920) et la santé (0.965), il est mal noté en terme de représentativité des femmes en politique (0.117). Il est encore également loin d'atteindre la parité en matière de participation économique des femmes (0.391).

Par exemple, l'égalité des salaires pour un travail similaire n'est pas encore acquise. Avec une note de 0.569, le Maroc occupe la 102e place du classement mondial. Le salaire moyen diverge aussi entre les genres: par an, une femme gagne en moyenne 3.295 dollars (soit environ 30.000 dirhams) alors qu'un homme gagne en moyenne 12.471 dollars (soit environ 118.000 dirhams).

Concernant la représentativité politique des femmes, le "plafond de verre" n'a pas encore été brisé.

Concernant la représentativité politique des femmes, le "plafond de verre" n'a pas encore été brisé. Celles-ci ne sont que 20,5% à siéger au Parlement, contre 79,5% pour leurs collègues masculins, et elles sont 13% à occuper des positions ministérielles, contre 87% pour les hommes. Le rapport prend également en compte le fait qu'aucune femme n'ait été chef de gouvernement.

Si le fossé entre hommes et femmes est encore profond au niveau de l'analphabétisme (80,4% des hommes sont lettrés, contre 59,1% des femmes), la parité est quasi complète entre filles et garçons dans l'accès à l'école primaire (98,3% des petites filles sont scolarisées et 98,6% des petits garçons). Mais l'écart se creuse légèrement entre les deux sexes lorsque le niveau d'éducation augmente. Ainsi, 53,1% des filles sont inscrites à l'école secondaire contre 59% des garçons, et 27,5% des Marocaines ont un niveau universitaire contre 28,7% des Marocains.

L'Islande, un modèle de parité

Au niveau mondial, c'est l'Islande qui occupe, pour la neuvième année consécutive, la première place du classement en matière d'égalité entre les sexes, avec une note globale de 0,878. Elle a ainsi comblé près de 88% du fossé des inégalités entre les sexes, et enregistre de bonnes performances en matière d'égalité salariale pour un travail similaire et de représentativité des femmes dans ses instances dirigeantes.

Elle est suivie par la Norvège, la Finlande, le Rwanda, la Suède, le Nicaragua, la Slovénie, l'Irlande, la Nouvelle-Zélande et les Philippines qui forment le top 10 du classement. Le bas du tableau est occupé, après le Maroc, par le Liban, l'Arabie saoudite, le Mali, l'Iran, le Tchad, la Syrie, le Pakistan et le Yémen.

La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) est la moins bien classée de l’indice, avec un écart moyen entre les genres qui s’établit à 40%

La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) est la moins bien classée de l’indice, "avec un écart moyen entre les genres qui s’établit à 40%", indiquent les auteurs du rapport. Les cinq pays les plus performants de la région parmi les 17 étudiés sont Israël (44e), la Tunisie (117e), les Émirats arabes unis (120e), Bahreïn (126e) et l'Algérie (127e). Cette dernière, par exemple, enregistre de bonnes performances en matière d'accès des femmes à l'éducation: elles sont même plus nombreuses que les hommes (45,1% contre 28,9%) à avoir un niveau universitaire.

En Afrique subsaharienne, c'est le Rwanda (4e), la Namibie (13e), l'Afrique du Sud (19e), le Burundi (22e) et le Mozambique (29e) qui occupent le haut du tableau.

Selon le rapport, il faudra encore un siècle pour combler l’écart global entre les hommes et les femmes à l’échelle de la planète. Au niveau de la région MENA, il faudra attendre... 157 ans. Le chemin vers la parité est encore long.

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