Panier de la discorde: les familles des détenus du Hirak ont dû négocier avec l'administration de Oukacha

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HIRAK
Youssef Boudlal / Reuters
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HIRAK - À la prison de Oukacha, la visite hebdomadaire qu’effectuent les familles aux détenus du Hirak, chaque mercredi, ne s’est pas déroulée, hier, comme à son habitude. Et pour cause, au vu de l’interdiction de porter un panier de repas au détenu, désormais, entrée en vigueur le 30 octobre. "Certaines familles ont été informées, la semaine dernière, par l’administration pénitentiaire, à l’occasion de cette visite. Mais d’autres, qui n’étaient pas là, n’en savaient rien", confie le proche d’un détenu.

Sur place, la décision ne fait pas l’unanimité. Les familles, venues en autocar, après un trajet de près de 600km, sont déçues d’apprendre "la mauvaise nouvelle". Le père de Nasser Zefzafi, qui était présent au procès de son fils, la veille, décide, lui, de boycotter la visite, d’après un représentant des familles présent sur place.

La tension est montée d’un cran, face à l’interdiction du panier, le refus et l’incompréhension des familles. "L’administration pénitentiaire ne voulait accorder aucune faveur aux familles des détenus du Hirak. Mais elle a mené une négociation avec nous en présence du représentant du CNDH", raconte ce représentant des familles au HuffPost Maroc.

Négociation à laquelle le directeur de Oukacha et celui de la Délégation générale à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) régionale ont pris part, selon notre interlocuteur, qui précise que l’échange d’arguments a duré plusieurs heures. "L’administration pénitentiaire nous a permis de ne faire entrer que les livres et les journaux mais aucun produit alimentaire. On nous a promis que si certains produits n’étaient pas disponibles dans la prison, celle-ci s’en approvisionnera", confie ce représentant des familles.

La poire coupée en deux, les deux parties ont fini par s’arranger. "Les familles n’avaient pas le choix. Elles avaient préparé des repas faits maison pour leurs enfants, frères ou proches, pour les aider aussi à récupérer de la longue épreuve qu’a été la grève de la faim", tient à souligner ce proche.

Après une quarantaine de jours sans nourriture, les 49 détenus du Hirak avaient décidé de lever leur grève de la faim, le mardi 24 octobre au soir. C’est la date à laquelle le roi Mohammed VI a limogé trois ministres, un secrétaire d’Etat et d’autres hauts fonctionnaires ayant été à l’origine des failles constatées par la Cour des comptes après son enquête sur la mise en œuvre du programme "Al Hoceima, Manarat Al Moutawassit". "Dès que j’ai appris la décision royale, je l’ai annoncée en pleine audience dans la salle du tribunal où se poursuivait, ce soir-là, le procès des détenus du Hirak", raconte au HuffPost Maroc l’avocat Isaac Charia.

D’après ce dernier, la décision royale a eu l’effet d’"un message fort" pour les détenus. "L’initiative royale a trouvé une interaction auprès des détenus du Hirak. À l’audience, Nabil Ahamjik s’est levé pour annoncer, qu’à la suite de la décision royale, les détenus arrêtent leur grève de la faim", indique Me Charia.

La fin d’un long calvaire pour les détenus, leurs familles et leurs avocats. "J’ai, à maintes reprises, reproché aux détenus cette grève de la faim. Je leur disais que ce n’était pas le moment de l’observer et que la défense avait besoin d’eux forts et alertes, pour l’aider à démontrer leur innocence. Au tout début de leur détention, ils avaient suspendu leur première grève avant de reprendre la deuxième, plus longue que la précédente", se rappelle l’avocat.

Pour les familles, c’est un grand soulagement. "Nous vivions dans la crainte d’apprendre que l’un d’eux a été transféré aux urgences ou qu’il a rendu l’âme", témoigne le proche d'un détenu. Et de préciser que depuis la levée de cette grève, "les jeunes ont commencé à retrouver des couleurs".

Quant aux repas, les détenus devront s’accommoder de ce que leur offre la prison. Les visites de leurs familles se feront désormais sans panier. "Il faut souligner qu'au-delà de la nourriture, le panier, pour un détenu, est avant tout un lien symbolique avec sa famille", avait déclaré au HuffPost Maroc le secrétaire général de l’Observatoire marocain des prisons (OMP), Abdellah Mouseddad, en réaction à la décision de la DGAPR de généraliser l’interdiction pour les visiteurs de ramener des paniers ("Qoffa") aux détenus.

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