Pour les jeunes tunisiens, l'État et la famille sont responsables de l'immigration. Qu'en est-il vraiment?

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SEA YOUNG TRAVEL MIGRATION
Young men look towards the Greek Chios island as they wait for the wind to calm down to travel on a dinghy with other migrants and refugees from Cesme in the Turkish province of Izmir on November 3, 2015. Amnesty International criticised Europe's failure to stop migrant deaths in the Aegean Sea as the death toll from ramshackle boats sinking off Greece rises daily. The group said over 450 refugees and migrants had died or gone missing in successive Aegean Sea sinkings in the first 10 months of t | BULENT KILIC via Getty Images
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40% des jeunes tunisiens souhaitent immigrer, 48% d’entre eux considèrent que l’État est responsable de la migration irrégulière contre 27% qui pensent que c’est plutôt la famille qui en est la principale cause, ce sont les principaux chiffres qui ressortent d'une étude menée par l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES). Ces données ont été présentées lors d'une rencontre organisée par l'ITES sur le thème “Solidarité et relation intergénérationnelle”, le 1er novembre 2017.

Neji Jalloul, le président de l'ITES parle d'une responsabilité collective qui mène ces jeunes à vouloir quitter le pays. Il a pointé du doigt la marginalisation économique des jeunes aussi bien dans le secteur privé qu'étatique. Enjeu central, la jeunesse est plus instrumentalisée politiquement qu'investit par la recherche d'où la nécessité d'y remédier en lançant des espaces de réflexion qui permettent à ces jeunes tournés vers la migration d'exprimer leurs attentes et leurs préoccupations, a souligné le secrétaire d’État à la Jeunesse, Abdelkadous Sâadaoui.

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Qu'entendons-nous par le mot jeunesse? "Les jeunes forme un groupe fortement hétérogène, avec des vécus, des objectifs totalement différents. Ils constituent un réel observatoire de la transformation des sociétés", a indiqué Amel Mahfoudh, sociologue, experte dans le domaine de la jeunesse, qui a présenté son étude auprès des jeunes tunisiens qui ont émigré au Canada.

La spécialiste nuance l'image misérable du migrant, notamment le clandestin. "La migration vers le Canada est souvent légale mais présente des points communs avec la migration clandestine. Dans ces deux cas de figure, il ne s'agit pas de personnes qui n'ont pas de ressources financières. Pour celui qui épargne pendant des années pour pourvoir s'installer au Canada ou celui qui prend une embarcation de fortune pour rejoindre l'Europe, il faut avoir un minimum de budget, beaucoup même. Alors il ne s'agit pas de catégories de personnes totalement démunies, celles-ci ne peuvent même pas bouger de leur quartier ou de leur village", a expliqué la sociologue.

Pourquoi font-ils ce choix au-delà des considérations économiques? "Le choix de la migration illustre l'émergence de l'individu, le migrant est quelqu'un qui veut choisir sa destinée, non la subir. Le choix de pouvoir bouger, le fait d'avoir le choix tout simplement", a expliqué Amel Mahfoudh.

Est-ce qu'une fois sur place, il aura vraiment le choix? L'aspiration est réelle indépendamment de la possibilité de sa concrétisation, précise-t-elle.

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L'étude d'Amel Mahfoudh a montré que l'immigration ne signifie pas rupture ou l'exil de son pays natal: "On est dans un espace transnational où les liens sont maintenus grâce aux nouvelles technologies". L'emprise de la famille se perpétue, celle-ci garde un oeil sur ses enfants à travers justement les nouveaux moyens de communication, et contribue totalement ou partiellement du côté financier. D'ailleurs, la perceptive du retour au pays est toujours présente. Mais elle est conditionnée par la possibilité de pouvoir lancer son projet ou d'obtenir les avantages de la nationalité étrangère qui permet de voyager sans contraintes, explique-t-elle.

Si la famille et l'État sont pointés du doigt comme le premiers responsables de l'immigration, la responsabilité des jeunes n'est pas moins importante. "On est dans une société d'assistés où toutes les catégories, mais notamment les jeunes, attendent l'aide de l'État, l'aide de la famille, etc. Or, on nous offre rarement notre place, on l'arrache plutôt et ce n'est pas dénué de difficultés, d'obstacles, d'attentes, d'échecs... Or la société refuse la frustration, tend vers la facilité et la rapidité", déplore Dorra Mahfoudh, sociologue.

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Les Tunisiens et l'émigration
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