En Tunisie, le fossé se creuse entre les générations: Des experts analysent l'évolution des relations parents-enfants

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TUNISIA FAMILY
10 year old Nour(L) and her brother Khalil(R) pose with their PC laptops at home, on May 25, 2010 in Tunis. AFP PHOTO : FETHI BELAID (Photo credit should read FETHI BELAID/AFP/Getty Images) | FETHI BELAID via Getty Images
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Quelle est la différence entre la générations des années 60, 70 et celle d'aujourd'hui? Quels liens entretiennent les différentes générations? Les réponses à ces questions, et bien d'autres, ont été données lors d'une rencontre organisée par l'Institut tunisien des études stratégiques (ITES), autour du thème “Solidarité et relation intergénérationnelle”, le 1er novembre 2017.

La famille comme l'école constituent les principaux laboratoires illustrant l'évolution de ces liens intergénérationnels.

La famille d'hier et d'aujourd'hui: une rupture dans la continuité

L'universitaire Ridha Ben Amor s'est appuyé sur les résultats d'une enquête réalisée lors des années 90 sur la solidarité intergénérationnelle en Tunisie, qui révèle que des liens forts unissaient les parents à leurs enfants, même à l'âge adulte.

C'est ainsi qu'une fois mariés, certains demeuraient au domicile parental. Par ailleurs, 45% des parents gardaient leurs petits-enfants. La solidarité était également économique avec des entreprises familiales ou culturelles.

Des valeurs ont été transmises comme celle du travail mais aussi des tabous comme le fait de ne pas parler de sexualité ou encore de la politique avant 2011, a souligné Dorra Mahfoudh, sociologue.

Qu'est ce qui a changé depuis? La sociologue parle d' "individuation" qui signe l'émergence de l'individu, enclin à se détacher du jargon collectif pour tracer son propre chemin, mais il n'est pourtant pas indépendant de ses parents.

Les jeunes font des études plus longues, avec le chômage, ils n'acquièrent une autonomie financière que tardivement. De l'autre côté, ils aspirent quand même à ne pas suivre le schéma parental. Cette situation complexe est un terreau favorable à des tensions entre parents et enfants.

Idem concernant l'école. Ridha Ben Amor a présenté une étude menée à Douar Hicher, une cité populaire à la Manouba, qui reflète la complexité et les tiraillements entre les générations.

83% des jeunes disent ainsi poursuivre des études pour faire plaisir à leurs parents. Les études étant considérées par ces derniers comme le critère de la réussite sociale malgré le désenchantement collectif concernant le système éducatif.

L'universitaire évoque une panne de cet ascenseur social. Pire encore, l'école reflète les inégalités sociales. Le spécialiste souligne par exemple le comportement de certains enseignants qui rappellent constamment à l'élève sa situation sociale, ce dernier l'intériorise et ceci peut devenir un déclencheur de l'abandon scolaire.

L'abandon scolaire provoque par ricochet des tensions au sein des familles. Les parents et les enfants n'ont pas a priori la même représentation des études et pourtant ceux qui ont quitté les bancs de l'école disent le regretter par la suite, la voyant comme une forme de reconnaissance sociale à défaut d'un emploi. Les parents et les enfants partagent malgré tout la même conception concernant les études supérieures.

Autre point de rencontre, le rapport à l'autorité. Ainsi, même si les enfants semblent la refuser, ils admettent par exemple le fait que leurs parents ont le droit de les contrôler.

De l'autre côté, les parents se trouvent submergés, les institutions publiques se désengagent au profit du privé. C'est ainsi que les garderies pour enfants étatiques ont disparu, etc.

La solidarité familiale reproduit les inégalités sociales, et c'est à l'État d'apporter l'équilibre avec des formes de solidarité institutionnelle pour amortir ce fossé entre les classes. Or, l'État ne joue plus ce rôle. Les inégalités se creusent par conséquent avec son lot de dangers pour la paix sociale, a expliqué Ridha Ben Amor.

Amel Mahdoudh conclut en insistant sur le fait que l'opposition parents-enfants est salutaire pour que ces derniers puissent se construire et être autonomes. Pour elle, la clé serait d'apaiser les conflits par les discussions au sein de la famille ou de l'école.

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