Aung San Suu Kyi visite pour la première fois les Rohingyas persécutés

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AUNG SAN SUU KYI
A muslim woman holds candles and portraits of Myanmar's State Counsellor and civilian leader Aung San Suu Kyi during the Interreligious Gathering of Prayer for Peace ceremony in Yangon on October 17, 2017. People attended in Yangon an interfaith rally on October 17, to show unity in a country seared by ethnically-charged violence against the Muslim Rohingya on its western border. Buddhist monks, Christian nuns, Hindus and Muslims were among those who joined the gathering in a display of support | YE AUNG THU via Getty Images
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La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi était pour la première fois jeudi en visite dans l'ouest du pays, où l'armée est accusée par l'ONU d'"épuration ethnique" contre la minorité musulmane rohingya dont plus de 600.000 membres ont fui au Bangladesh en deux mois.

C'est la première fois que la prix Nobel de la paix, arrivée au pouvoir en Birmanie en avril 2016, se rend dans la région depuis le début du conflit.

Aung San Suu Kyi est très critiquée à l'étranger pour son peu d'empathie envers les Rohingyas, considérés comme une des minorités les plus persécutées au monde. Elle doit composer avec une armée qui reste très puissante, malgré l'autodissolution de la junte en 2011, ainsi qu'une opinion publique largement xénophobe et antimusulmane.

"La conseillère d'Etat (titre officiel de Suu Kyi, ndlr) est maintenant à Sittwe et ira à Maungdaw et Buthidaung. C'est un déplacement d'une journée", a déclaré à l'AFP Zaw Htay, le porte-parole du gouvernement, citant deux districts du nord de l'Etat Rakhine, épicentre des violences.

Les autorités birmanes rejettent jusqu'ici les accusations d"épuration ethnique" et assurent ne vouloir qu'éradiquer la rébellion musulmane, l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA).

"Nous avons beaucoup de choses à lui dire", a réagi par téléphone un habitant rohingya de la ville de Maungdaw.

"Nous voulons lui parler des papiers. Mes grands-parents et parents sont nés et morts sur ces terres. Les Rohingyas vivent dans le pays depuis des générations", a ajouté ce père de famille.

Les Rohingyas représentent la plus grande population apatride au monde depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, sous la junte militaire.

Victimes de discriminations, ils n'ont pas de papiers d'identité, ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Et ils n'ont accès ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et hôpitaux.

Besoins massifs

Aux côtés de la dirigeante birmane pour ce déplacement, plusieurs ministres, mais aussi des hommes d'affaires très influents dans le pays.

Le développement économique est pour Aung San Suu Kyi la clé à long terme pour cette région, l'une des plus misérables du pays avec un taux de pauvreté qui atteint 78%, soit plus du double de la moyenne nationale.

Mais avant cela, les organisations humanitaires rappellent qu'elles font face à une urgence humanitaire. Dans cette partie de l'Etat Rakhine, l'aide humanitaire arrive au compte-goutte: seule la Croix Rouge est autorisée dans la zone.

"Nous encourageons les autorités à faciliter le travail des humanitaires, car la Croix-Rouge ne peut à elle seule répondre aux besoins massifs", a déclaré jeudi Dominik Stillhart, responsable de l'ONG dans le pays.

"Trop de personnes qui ont quitté leur foyer vivent dans des conditions misérables: un morceau de plastique au-dessus de leur tête, le sol boueux sous leurs pieds, que ce soit au Bangladesh voisin pour la majorité, ou en Etat de Rakhine", a-t-il ajouté.

L'organisation a récemment pu distribuer de la nourriture et de l'eau à plus de 5.000 personnes qui veulent rejoindre le Bangladesh mais sont faute d'argent prises au piège sur des plages sur les rives du fleuve Naf.

Car l'exode ne semble pas avoir de fin: au moins 2.500 musulmans rohingyas sont arrivés jeudi à la frontière du Bangladesh après des jours de marche, souvent sans nourriture et eau.

"L'armée ne nous a pas attaqués mais rend notre vie impossible. Nous ne sommes plus payés et nous ne pouvons plus aller sur les marchés. Combien de temps peut-on vivre comme ça?", s'est interrogé Mohammad Zafar, 35 ans, originaire d'un village proche de Buthidaung.

"Nous avons attendu cachés dans les collines. Quand nous avons été assez nombreux, nous avons décidé de traverser", a-t-il expliqué à l'AFP.

Ils sont maintenant près d'un million de réfugiés dans les camps à la frontière. Et la surpopulation et l'insalubrité des camps de réfugiés au Bangladesh, qui accueillent désormais près d'un million de Rohingyas, constituent un terreau fertile pour l'apparition de maladies.

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