L'Ouzbékistan foyer du terrorisme en Asie, de Manhattan à Istanbul en passant par Stockholm

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OUZBEKISTAN
Khanaka of Abd Al-Aziz-Khan, Bakhauddin Naqshband, (Memorial of Baha Ad Din Naqshbandi), Bukhara, Uzbekistan. (Photo by: Mel Longhurst/VW Pics/UIG via Getty Images) | VW Pics via Getty Images
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ATTENTAT DE MANHATTAN - Peu de détails ont filtré concernant l'identité de l'assaillant de Manhattan, identifié comme étant Sayfullo Saipov. Comme l'ont rapporté les médias américains, cet homme, âgé de 29 ans est arrivé aux Etats-Unis en 2010. Titulaire d'un visa permanent, il est originaire d'Ouzbékistan, pays d'Asie centrale peuplé de 31 millions d'habitants dont étaient aussi originaires les auteurs de plusieurs attaques récentes.

Ex-république soviétique, laïque et à majorité musulmane, l'Ouzbékistan a été dirigé d'une main de fer par l'autoritaire Islam Karimov de 1989 à sa mort, en septembre 2016. Chavkat Mirzioïev, son ancien premier ministre, a pris les rênes du pays en prônant une rupture avec l'autoritarisme de son prédécesseur.

Les années 1990 -et plus précisément 1991, année de l'indépendance du pays- ont vu naître en Ouzbékistan un mouvement islamique radical. Connu sous le nom de Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO), cette organisation terroriste est apparue dans la vallée de Ferghana, située dans l'est du pays, et n'a cessé de s'étendre depuis.

De 1992 à 1997, le MIO sera accusé d'être à l'origine d'une série de meurtres perpétrés dans la vallée de Ferghana. L'organisation tentera d'y introduire la loi islamique et lancera même une offensive en 2000 dans le sud de l'Ouzbékistan. Sévèrement réprimé à partir de 1998 par Islam Karimov, le MIO rejoint les talibans en Afghanistan, avant de prêter allégeance au groupe terroriste Daech en 2015. Plusieurs cadres du MIO ont également occupé des postes à responsabilité au sein d'al-Qaïda.

Entre 500 et 1500 Ouzbeks dans les rangs de Daech

"On a vu des Ouzbeks impliqués, plus récemment, dans les attaques à Stockholm. En Turquie aussi: les Ouzbeks sont turcophones, ils peuvent se fondre dans la population turque... Donc ce n'est pas un phénomène récent. C'est un phénomène qu'on ne regarde pas assez, parce que l'Asie centrale nous semble loin", analyse ainsi pour franceinfo Abdelasiem El Difraoui, politologue et spécialiste du jihadisme.

Les islamistes ouzbeks ont d'ailleurs surtout fait parler d'eux à l'étranger. Le Mouvement islamique d'Ouzbékistan a pris part à la sanglante attaque contre l'aéroport pakistanais de Karachi, qui a fait 37 morts en juin 2014. Abdulkadir Masharipov, l'auteur présumé de l'attentat revendiqué par Daech contre la boîte de nuit "La Reina" à Istanbul ayant fait 39 morts le 31 décembre 2016, est aussi de nationalité ouzbèke.

S'il est né au Kirghizstan et possédait la nationalité russe, Akbarjon Djalilov, l'auteur présumé de l'attentat dans le métro de Saint-Pétersbourg qui a fait 14 morts en avril, était pour sa part ethniquement ouzbek. Quelques jours après l'attaque en Russie, un Ouzbek, qui avait montré des sympathies pour le groupe terroriste, a été arrêté par la police suédoise après avoir lancé un camion sur la foule d'une rue piétonne très fréquentée de Stockholm, tuant cinq personnes.

Le 27 octobre dernier, un Ouzbek accusé d'avoir aidé matériellement l'organisation terroriste et d'avoir menacé de tuer le président américain de l'époque Barack Obama, a par ailleurs été condamné à quinze ans de prison. Il faisait partie avec un autre concitoyen, Azizjon Rakhmatov, d'un groupe de cinq sympathisants de Daech arrêtés à New York et dans ses environs en février 2015.

"L'attentat de Manhattan, nous rappelle que l'Ouzbékistan et plus généralement l'Asie Centrale et le Caucase sont des centres névralgiques de pourvoyeurs de terroristes islamiques", analyse ainsi Nathalie Goulet, présidente de la commission d'enquête sénatoriale sur la lutte contre les réseaux djihadistes, dans une tribune publiée sur Le HuffPost. Et pour elle, les raisons qui expliquent cette radicalisation ne sont pas si éloignées de celles des jeunes européens.

"Ces pays traditionnellement y pratiquent un islam modéré, l'alcool y coule à flot dans la tradition des pays de l'ancienne Union Soviétique. Ces pays sont aussi peu développés économiquement et si certains ont des potentiels importants en hydrocarbures, minerais ou coton, les structures sont encore fragiles et demeurent très marquées par les empreintes de leur passé soviétique. La radicalisation des jeunes d'Asie centrale ou du Caucase peut alors trouver des causes identiques à celles de la radicalisation des jeunes européens, l'absence de perspectives économiques et la proximité de l'Afghanistan en plus", avance-t-elle.

Selon le chercheur ouzbek Rafael Sattarov, cité par Le Monde, la radicalisation des jeunes Ouzbeks est également le résultat de la politique religieuse menée en Ouzbékistan. "Nombre de religieux sont sévèrement réprimés et poussés à partir à l'étranger. (...) Pendant ce temps, l'islam officiel qui a cours en Ouzbékistan est enseigné de façon si médiocre qu'il prépare nombre de jeunes gens à accueillir facilement les idées salafistes", estime-t-il.

Selon les services de sécurité russes, entre 2000 et 4000 ressortissants d'Asie centrale ont rejoint les rangs des organisations jihadistes en Irak et en Syrie, qu'il s'agisse de l'EI ou de la branche syrienne d'Al Qaïda. Et les citoyens ouzbeks, ou les Ouzbeks ethniques vivant dans les pays voisins, forment un des plus gros contingents. Si l'Ouzbékistan n'a jamais publié de chiffres sur ses ressortissants ayant rejoint les jihadistes, les estimations des experts varient de 500 à plus de 1500.

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