Hirak: Un procès sans fin, des conflits et des familles qui attendent une grâce royale

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HIRAK
Youssef Boudlal / Reuters
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PROCÈS - Sans surprise, le procès des deux groupes de militants du Hirak liés à Nabil Ahamjik et à Nasser Zefzafi, ainsi que celui du journaliste Hamid El Mahdaoui, a été reporté à mardi prochain, le 7 novembre. La cour d’appel de Casablanca a rendu sa décision tard dans la soirée d’hier suite à une audience de plusieurs heures. "Le procès tourne autour d’audiences vides, pour le moment. Celle d’hier s’est prolongée à peu près douze heures de 9h à 22h", déclare au HuffPost Maroc l’avocat Mohamed Aghnaj.

Si ce dernier qualifie les audiences de "vides", c’est parce qu’elles se transforment en terrain de débat autour de procédures et de respect de la loi sans avancer d’un pouce dans l’évolution du procès. Et la présence d’un grand nombre d’avocats n’arrange pas la situation. "Nous étions près de 70 avocats présents à l’audience d’hier. Il n’y a, certes, pas de contradictions entre nous, c’est même une très bonne chose que nous puissions travailler ensemble sur des dossiers aussi importants au point de vue volume. Mais, parfois, la différence d’approches entre nous suscite des désaccords au sein de l’audience", reconnaît Me Aghnaj.

Et parmi les sujets de débat au sein de cette audience, il a été question du box dans lequel les prévenus se présentent à la cour. "Dans la loi, les prévenus doivent être devant le juge, président de l’audience, et non enfermés dans une cage en verre, bien loin de lui. Or, c’est le cas dans ce procès. Et ces entorses aux procédures créent des incidents", explique l’avocat.

Zefzafi expulsé de la salle d'audience

Chaque audience se prête ainsi aux échanges d’arguments entre la défense, le juge et le parquet. Car la liste des sujets à conflit ne se limite pas à "la cage en verre". "Zefzafi a demandé, hier, la parole et on ne lui a pas accordée. Cela a créé une tension suite à laquelle le juge a ordonné son expulsion. Et cela n’est pas raisonnable!", estime l’avocat. Et de préciser que "la cour aurait dû faire preuve d’un minimum de bon sens en lui accordant le droit de parler et de comprendre".

Zefzafi a demandé la parole pour exprimer son refus d’être filmé par les deux chaînes nationales présentes à l’audience. "L’accusé a le droit de refuser qu’on le filme. Il s’est insurgé contre les deux chaînes parce qu’elles ne sont pas objectives dans le traitement de l’information", estime l'avocat son avocat Abdessadak Elbouchattoui, interrogé par le HuffPost Maroc. "Nasser Zefzafi, mais aussi tout le groupe de 32 personnes auquel il appartient, se sont opposés aux caméras de la SNRT et de 2M, parce qu’elles sont le porte-voix uniquement des parties officielles", argue-t-il.

Nasser Zefzafi a donc quitté la salle suite à la décision du président de l’audience et son groupe, en signe de solidarité, l’a accompagné. Cet incident, à lui seul, a alimenté un débat de trois heures à l’audience. "Le procureur a fait une plaidoirie d’à peu près 50 minutes rien que sur cet incident, pour dire que la décision de filmer avait été prise bien avant et qu’elle ne devait pas être rediscutée", indique Me Aghnaj.

La question, pour la défense, sera certainement "rediscutée". Et pour cause, les avocats pointent du doigt un vice de procédure dans l’octroi de l’autorisation de filmer et de prendre des images. "La demande de l’organe de presse doit être adressée au président de l’audience. Or, dans ce cas précis, la télévision a présenté sa demande au procureur du roi, en août dernier. Et donc, c’est le parquet qui l’a transmise à la cour. Ce qui, pour nous, représente un problème", soutient Mohamed Aghnaj.

"Sous surveillance"

Ce type d’autorisation, selon cet avocat, reste aussi lié au lieu que concernera la prise de photo ou la pose d’une caméra. "A l’extérieur de la salle d’audience, couloir, bureaux et autres, c’est le président du tribunal qui est habilité à l’accorder pas celui de l’audience", précise l’avocat. Mais cette autorisation, c’est finalement le président de l’audience et non du tribunal qui l’a donnée en accordant à tous les médias le droit de filmer. "Il précise même dans son autorisation que celle-ci concerne ce dossier et tous ceux qui lui sont similaires. Et si le dossier se prolonge trois ou quatre ans, cette autorisation restera toujours valable", affirme Me Aghnaj.

L’avocat confie aussi qu’il y a un sentiment d’"être sous surveillance" dans le rang de la défense. "A l’audience, les caméras filment tout au long de l’audience et cela suscite en nous un doute sur la finalité de leur présence: est-ce pour informer ou pour surveiller?", s’interroge-t-il, avant de préciser: "nous ne sommes pas contre l’information et le droit d’y accéder. Mais ce flou dérange".

Un procès sous haute tension dans lequel les trois dossiers (groupe Ahamjik, Zefzafi et Hamid El Mahdaoui) devraient fusionner en un seul. La cour devait se prononcer sur cette fusion, jeudi dernier, avant de reporter sa décision à demain, jeudi 2 novembre. "Tant que la délibération sur cette fusion n’aboutit pas, le report de l’audience d’hier était inéluctable. Elle ne devait même pas avoir lieu", estime l’avocat Abdessadak Elbouchattaoui.

Si les avocats s’accordent sur l’importance de mieux gérer l’examen des dossiers liés aux détenus du Hirak par leur fusion, ils estiment, toutefois, que le dossier de Hamid El Mahdaoui ne doit pas en faire partie. "Ce dossier ne doit pas dépasser la dimension qu’il mérite. C’est un journaliste qui remplissait sa mission sans plus. Mais il est très probable que les trois dossiers fusionnent. En tout cas, la cour s’y dirige", indique Me Elbouchattaoui.

Ce dernier confie qu’il craint le pire quant à l’épilogue de ces procès. "Une dizaine d'accusés doivent répondre de chefs d’inculpation graves faisant d’eux une sorte de milice qui cherche à créer l’instabilité du pays", regrette-t-il. Et d’ajouter que "les familles bercent toujours l’espoir d’une grâce royale à l’occasion de la commémoration de la Marche verte, le 6 novembre, ou à d’autres occasions. Le roi est, pour les familles, le seul recours".

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