En Afghanistan, un haut magistrat ouvre sa porte aux déçus de la justice

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FARID HAMIDI
In this photograph taken on October 2, 2017 Abdul Qader, 75, leaves a petitioners' meeting at the Attorney General's office in Kabul.Since taking office in April 2016, Attorney General Farid Hamidi has been throwing open his doors to the public every October 28 in an effort to build confidence in the law and root out venal officials. Hamidi, a former member of the country's human rights commission, begins receiving the first of dozens of petitioners in his office at 8:00 a.m. / AFP PHOTO / WAKI | WAKIL KOHSAR via Getty Images
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Cramponné à sa canne, Abdul Qader entre en boitant dans le bureau du procureur général d'Afghanistan à Kaboul pour demander de l'aide: son fils a été "découpé comme un mouton" et ses assassins ont été laissés en liberté.

Comme nombre d'Afghans ordinaires, cet homme de 75 ans se sent trahi par un système judiciaire notoirement corrompu et a parcouru un long chemin depuis sa province isolée de Ghor (centre) pour réclamer justice.

Chaque lundi, depuis son entrée en fonction en avril 2016, le procureur Farid Hamidi ouvre sa porte aux plaignants pour tenter de restaurer la confiance populaire et se débarrasser des responsables corrompus.

Ex-membre de la Commission officielle des Droits de l'Homme, M. Hamidi reçoit les requérants à partir de 8H00 le matin.

Commence alors un défilé de femmes en foulards ou en burqas et d'hommes en traditionnel shalwar kameez (longue chemise) et pantalon large, escortés l'un après l'autre dans le bureau.

Leurs plaintes sont un catalogue de malheurs et témoignent de la pauvreté et des injustices subies par de nombreux Afghans, en plus de la violence et de l'insécurité engendrées par les conflits qui ravagent leur pays depuis près de 40 ans.

'Ils me tueraient'

"Mon fils a été décapité à Herat", dans l'ouest du pays, rapporte Abdul Qader, aveugle et mal en point, en expliquant au procureur que ce vendeur de rue de 43 ans travaillait dans une zone sous contrôle taliban dans cette province frontalière de l'Iran.

"Sa tête a été coupée comme celle d'un mouton" dix-huit mois plus tôt alors que la victime dormait dans une chambre d'hôtel, raconte-t-il. Trois hommes ont été reconnus coupables du meurtre mais laissés en liberté.

"La justice n'a pas été rendue", continue Abdul Qader, soutenu par un autre de ses fils. "Si vous me rendez justice, je prierai pour vous".

La corruption et les pots-de-vins laminent pratiquement toutes les institutions afghanes mais le système judiciaire est parmi les plus atteints, selon l'organisation Transparency International.

Juges, procureurs et policiers sont fréquemment "arrosés" et contraints par les riches et les puissants qui exigent une décision en leur faveur ou l'arrêt des poursuites.

Cette décomposition, qui prive de nombreux Afghans d'un procès juste et équitable, favorise aussi les talibans dans les régions qu'ils contrôlent, où ils rendent une justice rapide et efficace.

Arrive une femme dont la fille de sept ans a été enlevée il y a plus de deux ans dans la province de Kunduz (nord) et mariée à un homme bien plus âgé: la mère vient supplier Farid Hamidi de lui rendre sa petite fille.

"Je ne peux pas aller là-bas (dans la belle-famille de sa fille), ils me tueraient", souffle-t-elle, tenant entre ses mains teintes au henné la photo de son enfant. Avant d'éclater en sanglots.

'Rétablir la confiance'

Au tour d'une autre femme en burqa bleue, accompagnée d'un petit garçon, le fils de la première épouse de son mari.

A travers l'étoffe grillagée, elle rapporte qu'elle et son mari ont été accusés à tort du meurtre de la femme: elle, est sortie de prison mais son mari y croupit toujours.

"Le malheur est entré dans ma vie", lâche-t-elle d'une voix désespérée.

"Ils m'ont accusée du meurtre et jetée en prison mais c'était faux. Quel honneur reste-t-il à une Pachtoune qui a fait de la prison?" demande-t-elle en allusion à sa communauté, majoritaire et traditionnelle.

Quelque 30.000 plaintes ont déjà été déposées sur le bureau du procureur, dont six mille émanant de demandeurs qui sont venus jusqu'à lui. Elles concernent des différends fonciers, des divorces, des cas d'enlèvements ou de meurtre.

Chaque affaire est étudiée à Kaboul et renvoyée aux autorités locales avec demande d'informations complémentaires. Ensuite le procureur général et ses conseillers décident de la suite à donner s'il y a lieu.

Impossible de savoir combien d'affaires exactement ont été résolues par ce biais, mais M. Hamidi affirme qu'environ 2.000 plaignants, emprisonnés à tort, ont pu être libérés.

Malgré la corruption du système il reste déterminé: "Aucun pays ne s'est débarrassé de la corruption en une nuit".

Et "quand un citoyen ordinaire arrive dans ce bureau et rencontre le procureur général du pays en personne, cela aide à rétablir la confiance dans la justice".

Ces efforts sont largement reconnus mais suscitent encore le scepticisme de certains observateurs qui jugent la méthode dépassée et opaque.

"Personne ne sait si ça a vraiment aidé quelqu'un, à part le procureur qui se forge ainsi une image" positive, relève Sayed Ikram Afzali, directeur du groupe indépendant Integrity Watch de lutte contre la corruption. "On a une population de 30 millions d'habitants, il faut un meilleur système que ça".

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