82.400 détenus dans les prisons marocaines, où chacun ne dispose que de 1,8m²

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RAPPORT PRISON
CNDH
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PRISONS - Loin du compte. Appelée le 31 octobre à Rabat à évaluer la mise en place des recommandations du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) contenues dans son rapport sur les prisons, il y a cinq ans, la Délégation générale à l'Administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) a présenté le bilan de ses efforts.

Face à la surpopulation, la Délégation générale a inauguré 16 bâtiments pénitentiaires. "Nous avons, par contre, fermé 11 prisons en raison de leur détérioration (…) Certaines faisaient l’objet de critiques de la part des organismes des droits de l’Homme, comme la prison Boulmahraz à Marrakech, celle d’Inzegane et de Aïn Qadous à Fès, conformément aux recommandations du CNDH. La prison locale 1 de Salé sera fermée avant la fin de cette année", annonce le Délégué général, Mohamed Salah Tamek.

Faisant l’état des lieux, dans le cadre de cette journée d’étude organisée par le CNDH en partenariat avec la DGAPR, Mohamed Salah Tamek a indiqué que le nombre des prisonniers est passé de 68.000 en 2012 à 82.400 en septembre 2017. "Nos efforts ont permis d’augmenter la moyenne de l’espace d’hébergement, sur cette période, de 1,68m² à 1,83m² pour chaque détenu", a souligné le Délégué général, précisant que les conditions d’hébergement ont été améliorées "grâce à l’adoption de nouvelles architectures prenant compte l’hygiène, l’aération et la lumière". Le nombre des lits par cellule de détention a, lui, été limité à 8. "Ces indices connaîtront une progression dès que les travaux de construction de 7 nouveaux établissements pénitentiaires seront achevés, dont deux à la fin de cette année", affirme Mohamed Salah Tamek.

Ce dernier a aussi tenu à rappeler que la décision de généralisation de l’interdiction pour les visiteurs d’apporter des paniers de repas aux détenus, entrée en vigueur le lundi 30 octobre, relève d’une mesure vitale. "La Délégation générale met à la disposition des détenus tous les produits au sein des économats et au prix du marché", ajoute-t-il.
Au volet santé, le staff médical a augmenté de 74%, à en croire ce responsable estimant que "les indices de soins médicaux au sein des prisons ont connu une évolution remarquable". En chiffres: un médecin pour 820 détenus, un dentiste pour 1381 et un infirmier pour 162 autres. "Les consultations médicales ont atteint une moyenne de 6 annuellement par détenu", indique-t-il.

Mohamed Salah Tamek a, par ailleurs, donné un aperçu sur les programmes sociaux notamment de réinsertion des détenus, dont celui de la lutte contre l’extrémisme ayant profité à 220 détenus islamistes et devra concerner un total de 22000 autres.
Des ambitions qui, pour le Délégué général, ne sont pas épargnées par plusieurs difficultés. "La volonté de la réforme, pour la Délégation générale, dépend de la mobilisation des moyens financiers et humains nécessaires et de l’adhésion de l’ensemble des acteurs pour promouvoir le secteur pénitentiaire", a-t-il reconnu.

Au manque de moyens et de la mobilisation qui dresse des murs devant le développement du secteur pénitentiaire, Mohamed Salah Tamek ajoute aussi le problème de la détention préventive. Près de 40% de la population carcérale relèvent de cette catégorie. "La surpopulation dans les prisons est intimement liée au nombre des détenus provisoires", a-t-il fait remarquer.

Réagissant à ce problème, le président du CNDH, Driss El Yazami, a estimé qu’il était temps pour le Maroc d’adopter des peines alternatives. "Tant que les prisons accueillent des détenus provisoires, l’impact de nos efforts à nous tous restera limité", estime-t-il. Et d’affirmer que le législateur est appelé à se mettre au diapason de cette urgence et de se plier à la note de la présidence du ministère public. Cette dernière recommande, en effet, d’alléger la pression sur les établissements pénitentiaires afin qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle dans la réinsertion des détenus.
Saluant les efforts de la DGAPR, Driss El Yazami s’est félicité de la collaboration bilatérale, précisant que "depuis la nomination de Mohamed Salah Tamek, le CNDH effectue 300 visites par an dans les prisons". A présent, dit-il, les deux parties se pencheront sur l’examen de sujets liés aux détenus souffrant de handicaps, les condamnés à mort, les mineurs, les femmes, les détenus étrangers. "Nous allons étudier ensemble le phénomène de la grève de la faim pour préparer un guide professionnel encadrant ce problème".

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