#Witch: comment les ados et les jeunes adultes retournent vers la sorcellerie

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HALLOWEEN - Pour célébrer Halloween ou Samhain, l'un des plus importants sabbats de l'année, inutile de porter une tenue particulière, ni de jouer à se faire peur. Gardez une place à table pour vos défunts, posez une bougie sur le rebord de votre fenêtre pour guider les esprits et les saluer ou encore, dressez une liste de choses/habitudes dont vous aimeriez vous débarrasser et brûlez-la lors d'une petite cérémonie. Voilà quelques uns des conseils que donne la journaliste, auteure et sorcière française, Jack Parker, aux quelque 2000 abonnés de sa newsletter "Witch, Please" en ce mois d'octobre 2017.

Cela vous fait sourire? Derrière les bougies et les rituels de ces sorcières, le retour en force des années 90, l'écologie, les réseaux sociaux, le marketing, mais aussi le féminisme sont à la manœuvre. La sorcière de 2017 passe beaucoup de temps sur Tumblr et Instagram, se fournit en ligne, s'intéresse aux combats de son époque et conquiert sa part de pouvoir.

Dans les années 90 et début 2000, les sorcières, ces femmes puissantes et plus ou moins indépendantes et stables émotionnellement ont envahi nos écrans. Au cinéma, elles tiennent le haut de l'affiche avec "Les Sorcières d'Eastwik" avec Cher, Susan Sarandon et Michelle Pfeiffer, "The Craft" et sa bande de sorcières adolescentes rebelles ou encore "Les Ensorceleuses" avec Sandra Bullock et Nicole Kidman. A la fin de la décennie, la série "Charmed" met en scène trois soeurs sorcières à San Francisco quand "Buffy contre les vampires" est aidée dans sa mission par sa fidèle et puissante amie Willow. Si l'esthétique des années 90 est de retour dans les penderies et la décoration, le retour de hype concerne aussi la production culturelle de ces années avec lesquels les 25-30 ans de 2017 ont grandi.

Si Jack Parker cite toutes ses références cinématographiques, son intérêt pour ce qu'elle appelle cette "spiritualité" lui vient aussi de plus loin, des traditions kabyles de ses grands-parents mais aussi et surtout de sa mère qui a "un léger penchant pour toutes ces choses-là". Forte de ce melting pot et sentant l'intérêt grandissant pour cette discipline, elle a décidé de créer une newsletter bimensuelle en français sur le sujet. A qui s'adresse-t-elle? Au plus grand nombre. "La sorcière n'est pas forcément une femme, c'est une personne qui a conscience de son action et qui ritualise ses pratiques avec un matériel incantatoire", explique Jack Parker.

Rabbit rabbit. Happy October, witches!

Une publication partagée par Holly Parker (@holleighz) le

Derrière cette définition un peu aride, la pratique est vaste . Il n'est plus seulement question de sombres forums, ni de petits blogs où certaines internautes s'échangeaient des rituels et de vieux livres new wave datés. Désormais, sur Instagram et surtout sur tumblr, derrière les hashtags comme #witch #witchcraft ou #witchesofinstagram, de nombreux internautes s'échangent leurs meilleures recettes et la composition de leur autel.

C'est ce que le site américain The Establishment a surnommé la "sorcière tumblr". Elle est jeune, ne se prend pas au sérieux et expérimente beaucoup
. Sur ce réseau social, des recettes pour concocter des amulettes à base de cannelle et de poivre s'échangent et provoquent des centaines de commentaires, comme d'autres rituels plus complexes. La "sorcière tumblr" refuse aussi très souvent l'étiquette "wicca", du nom de ce culte païen hérité du Moyen-Âge et développé dans les années 50, ni d'être affiliée à tout autre religion. C'est le cas de Jack Parker qui préfère une "pratique spirituelle" à "une pratique d'adoration à des divinités comme la wicca".

Le matériel nécessaire se vend aussi en ligne sur eBay et de manière plus artisanale sur Etsy au travers de petites boutiques bien souvent basées aux Etats-Unis et en Angleterre. Preuve que la tendance est bien installée, des marques qui s'adressent à ce public de vingtenaires et trentenaires et qui surfent sur le retour des années 90 comme Urban Outfitters se mettent même à vendre des cartes de tarot. Le magazine américain féminin et féministe Rookie qui s'adresse aux adolescentes traite dans chacune de ses parutions de tarot avec des tutoriels et des séances en podcast.

Difficile de restreindre ce phénomène à une simple mode. En janvier 2015, la rappeuse Azaelia Banks tweete "Je suis vraiment une sorcière" avant d'expliquer qu'il en est de même pour tous les peuples opprimés et en premier lieux les Afro-américains et les Juifs. La rappeuse est coutumière des sorties controversées mais elle remet alors sur le devant de la scène la figure de la sorcière engagée qui en dresse les contours, tout en l'associant au regain d'intérêt des jeunes générations pour la sorcellerie.

La sorcière est en effet une figure régulièrement reprise dans les mouvements féministes. Interrogée par le Guardian, Starhawk, une auteure et activiste américaine, féministe, écologiste, néopaïenne et sorcière reconnaît que le seul mot a un pouvoir évocatoire très fort. "Il évoque un type de pouvoir qui n'est pas légitimé par les autorités. Même si toutes les sorcières (witch en anglais est neutre) ne sont pas des femmes, de nombreux hommes sont des sorcières, il évoque un pouvoir féminin en particulier. Et c'est très effrayant dans un monde patriarcal - le genre de pouvoir qui ne vient pas juste d'une hiérarchie mais d'un pouvoir personnel".

Or, Internet a contribué à redonner une nouvelle popularité au féminisme, notamment auprès des plus jeunes. Sur des sujets comme l'intuition féminine, le cycle menstruel, la "sororité", les liens qui unissent les femmes entre elles, la sorcellerie donne un nouvel éclairage. Jack Parker le sait bien puisqu'elle est aussi l'auteure d'un ouvrage remarqué au printemps 2017: "Le grand mystère des règles: pour en finir avec un tabou vieux comme le monde". "Il existe un retour à la nature, au naturel, au lien avec la nature. C'est un façon très New Age de vivre ses règles", explique-t-elle encore.

"C'est une sensation incroyable d'utiliser tous les aspects qui font de nous des femmes et que la culture dominante considère comme des signes de faiblesse, comme la sensibilité, le cycle menstruel en tant qu'outils pour réussir une lecture ou faire une incantation" confirmait au Guardian Marty Windahl, une artiste américaine, auteure d'un projet autour du tarot.

Et pour se faire entendre sur ces thématiques très souvent occultées dans la vraie vie, quel meilleur média qu'Internet?

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