Neila Tazi: "Le rôle du ministère de la Culture dans le dossier Gnaoua a été insignifiant"

Publication: Mis à jour:
NEILA TAZI GNAOUAS
Neila Tazi: "Le rôle du ministère de la Culture dans le dossier Gnaoua a été insignifiant" |
Imprimer

CULTURE - Le ministère de la Culture et de la Communication a répondu ce mardi au coup de gueule publié la semaine dernière par la fondatrice du Festival Gnaoua d'Essaouira, Neila Tazi, qui fustigeait l'inertie du ministère concernant la demande d'inscription de l'art gnaoua sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco.

Dans un communiqué parvenu à la MAP, le ministère "confirme avoir parachevé toutes les procédures et les mesures légales au niveau national" concernant cette demande, faisant savoir que "le dossier est en cours d'examen par une commission spécialisée relevant de l'organisation onusienne".

Selon le département de Mohamed Laâraj, le dossier complet sur la candidature des "rituels et traditions Gnaoua" a été élaboré depuis 2014 et transmis "avant fin mars 2015" aux services de l'Unesco.

Un "sentiment d'urgence"

Neila Tazi, également présidente déléguée de l'association Yerma Gnaoua, fondée en 2009 pour la réhabilitation du patrimoine gnaoui, avait publié vendredi 27 octobre un long post sur Facebook, dénonçant le "mépris" et le "manque d'intérêt de la part des hauts responsables marocains concernés et de la haute administration" sur ce dossier. "Chaque année, notre dossier restait sous la pile pour des raisons incompréhensibles. Chaque année on nous inventait quelque chose", écrit-elle.

La démarche d'inscription au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco relevait pourtant, selon elle, "d'un sentiment d'urgence, parce que de nombreux maâlems nous ont quittés tout au long de ces années, emportant avec eux tout un pan de cette tradition orale".

"Apres 5 ans de sollicitations déterminées, de courriers et de rendez-vous incessants j'apprends encore aujourd'hui que le dossier des Gnaoua ne sera pas traité avant au moins deux ans. La question est: Pourquoi?", s'interroge-t-elle.

"Je dénonce simplement une situation injuste"

Interrogée ce mardi par le HuffPost Maroc suite à la mise au point du ministère, Neila Tazi tient à préciser qu'il n'y a pas de "guerre ouverte" entre elle et le ministère, comme certains médias l'ont écrit. "Ce n'est pas parce que l'on exprime ses opinions qu'il y a une guerre. Je dénonce simplement une situation injuste", explique-t-elle.

Selon elle, la réponse du ministère est "incomplète" et ne dit pas "toute la vérité". "Le ministère donne une réponse très minimaliste, pour éteindre quelque chose qui n'a pas lieu de devenir une polémique, mais qui est simplement un message de la part d'acteurs associatifs qui ont besoin d'être entendus et de faire comprendre qu'il y a un ras-le-bol".

"Le dossier a démarré officiellement en 2010 par un courrier remis au ministre de l'époque, Bensalem Himmich, et les démarches ont continué jusqu'à aujourd'hui", précise-t-elle. "Ce que le ministère ne dit pas, c'est qu'ils ont manqué plusieurs fois le rendez-vous avec l'Unesco parce que le travail n'a pas été fait. Ils ont privilégié d'autres dossiers qui sont passés devant le nôtre. Ils n'ont pas déposé ce dossier sur une liste urgente de l'Unesco. On nous a même demandé s'il était vraiment nécessaire de faire une demande d'inscription auprès de l'Unesco puisque les Gnaouas ont déjà leur festival...", regrette-t-elle.

"Que seraient devenus les Gnaouas si nous, acteurs de la société civile, n'avions pas été là?"

Pourtant, "les Gnaouas ont démontré leur capacité à renaître, ils ont permis à une ville de se développer, il ont été un modèle sur le plan de la dynamique culturelle, ils ont trouvé un écho auprès de la jeunesse et ont apporté un rayonnement extraordinaire à l'international", fait-elle valoir. "Pourquoi les Gnaouas n'ont pas eu toute la mobilisation possible de la part du ministère? Que seraient devenus les Gnaouas si nous, acteurs de la société civile, n'avions pas été là? Le rôle du ministère a été insignifiant pendant ces 20 dernières années."

Depuis sa création, un des principaux objectifs de l'association Yerma Gnaoua consiste à inscrire le patrimoine gnaoui auprès de l'Unesco comme "patrimoine oral et immatériel de l’humanité". Dans le but de réhabiliter le patrimoine gnaoui, l'association a également restranscrit les textes et paroles du répertoire musical gnaoui, et permis aux maâlems d'être reconnus comme artistes auprès du ministère de la Culture.

LIRE AUSSI: