Prisons: les familles n'ont plus droit d'apporter des paniers aux détenus

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HIRAK
Youssef Boudlal / Reuters
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PRISON - "Le panier n’est pas synonyme de nourriture, pour un détenu, c’est avant tout un lien symbolique avec sa famille". Le secrétaire général de l’Observatoire marocain des prisons (OMP), Abdellah Mouseddad, réagit ainsi à la décision de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) de généraliser l’interdiction pour les visiteurs de ramener des paniers ("Qoffa") aux détenus.

Cette généralisation est effective à partir de ce lundi 30 octobre, annonce la DGAPR dans un communiqué. Dans ce dernier, la Délégation précise que la prison locale Aïn Sebaa 1, en l’occurrence Oukacha, à Casablanca a été "le dernier établissement à se plier à cette décision, à l’instar des autres".

Pour la DGAPR, plusieurs arguments justifient sa décision, à commencer par l'assainissement des pénitenciers de la circulation de produits illicites . "Cette décision va contribuer à faire obstacle à l’introduction de différents types de produits illicites dans les prisons", estime la Délégation. Se référant à des "données recueillies sur terrain", la DGAPR se dit convaincue que "le panier représente une source principale de pénétration des produits illicites dans les établissements pénitentiaires".

À cet argument, s’ajoute aussi celui de "la levée de la charge" que représente l’inspection des paniers qu’apportent les familles aux détenus. "Les familles des détenus dans les différents établissements pénitentiaires ont favorablement accueilli la décision", précise la Délégation estimant que le panier représente "un fardeau social et économique dont s’acquittaient les familles qui, dans leur majorité, proviennent d'une classe sociale pauvre et vulnérable".

Une précision par le biais de laquelle la DGAPR réagit à "des allégations publiées par certains journaux et sites électroniques indiquant que les familles ne partageaient pas un avis favorable quant à cette décision".

Elle lie, par ailleurs, l'entrée en vigueur de sa décision par la généralisation de son projet de déléguer à des sociétés privées, la restauration des détenus, suite à un appel d’offre public. "Après le lancement de cette opération progressivement dans certains établissements pénitentiaires, ce service a été entièrement délégué au privé depuis l’an dernier", précise la DGAPR. Et d’ajouter que ce service a été apprécié par les détenus, "surtout après l’amélioration enregistrée au niveau de la quantité et de la qualité des plats servis aux détenus".

Ces arguments n’ont pas convaincu l’OMP, bien décidé à en discuter avec le Délégué général. "Nous allons lui présenter notre demande de le voir à ce propos", annonce au HuffPost Maroc le secrétaire général de l’OMP. "Le panier relève d’une dimension humaine, il brise l’isolement que ressent le détenu au sein d'une prison", souligne Abdellah Mouseddad, rappelant que la question fait l’objet d’un débat depuis longtemps. "Face à l’argument d'empêcher l'entrée de produits illicites, interdire le panier ne va certainement pas résoudre le problème", soutient-il, ajoutant que cette décision reste "un coup dur vis-à-vis des droits humains".

Pour l’OMP, il fallait que la DGAPR prépare le terrain notamment auprès des familles avant de mettre en application une telle décision. "La question de la nourriture au sein des prisons doit faire l’objet d’une approche intégrée dans laquelle toutes les composantes doivent apporter leur eau au moulin. Elle n'est pas du ressort uniquement d'une gestion déléguée", insiste Abdellah Mouseddad.

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