Des dirigeants catalans destitués publient des photos depuis les bureaux qu'ils n'ont plus le droit d'occuper

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INTERNATIONAL - Tout sourire, à son bureau, Josep Rull i Andreu, conseiller au territoire de la région Catalogne, indique "être au travail pour remplir la mission que lui ont confiée les Catalans". Problème, lui et ses collègues ont été destitués par le gouvernement Rajoy après la déclaration unilatérale d'indépendance de la Catalogne. Et Josep Rull i Andreu n'a donc techniquement pas le droit d'occuper ces bureaux.

Un des enjeux de ce début de semaine - après un week-end où les deux camps ont campé sur leurs positions - était de savoir si les dirigeants séparatistes destitués allaient tenter de résister en gagnant leurs bureaux.

La réponse est aussi venue de Carles Puigdemont, le président de la région, qui a publié sur Instagram une photo prise à l'intérieure du Palais de la Généralité de Catalogne à Barcelone, notent nos confrères du HuffPost Espagne. "Bonne journée", dit la légende accompagnée d'un smiley. Puigdemont ne précise toutefois pas si la photo a été prise ce lundi ou avant.

Bon dia 😊

Une publication partagée par Carles Puigdemont (@carlespuigdemont) le

Autre image, partagée par la principale intéressée: l'arrivée à son bureau de Carme Forcadell, présidente du parlement catalan, elle-aussi destituée. "Au travail", dit en substance le message qui accompagne sa vidéo. Une image de normalité qui sonne comme une nouvelle marque de défiance à la tutelle de Madrid.

Lundi matin à 9h00, le drapeau espagnol flottait toujours sur le palais de la Généralité, siège de l'exécutif catalan, devant lequel étaient postés des dizaines de journalistes afin de savoir si oui ou non le président catalan destitué Carles Puigdemont chercherait à reprendre ses fonctions.

Dimanche, signe d'une région très divisée, des centaines de milliers de partisans de l'unité de l'Espagne sont descendus dans les rues de Barcelone, après les dizaines de milliers qui avaient manifesté leur joie à l'annonce de la naissance de leur "République" vendredi.

À peine quelques heures après la proclamation d'indépendance votée au parlement catalan, le gouvernement a mis la région sous tutelle, au titre de l'article 155 de la Constitution, jamais utilisé jusqu'alors. Mariano Rajoy a dissous le parlement et convoqué des élections pour le 21 décembre. Il a destitué Carles Puigdemont et son équipe et la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, a été désignée pour diriger la Catalogne.

Plus de pouvoirs, plus de signature, plus de fonds à distribuer

Carles Puigdemont avait appelé samedi ses partisans à s'opposer pacifiquement. "Puigdemont est et restera le président" de la Catalogne, a renchéri le vice-président destitué Oriol Junqueras, dans une tribune publiée dimanche. Mais il n'a officiellement plus de pouvoirs, plus de signature, plus de fonds à distribuer. Et le parquet général d'Espagne a prévu d'engager dès cette semaine une procédure judiciaire contre lui pour "rébellion", même s'il soupèse aussi des poursuites pour "sédition", moins lourdes.

"Nous ne pensons pas qu'il aura les moyens de diriger un gouvernement parallèle" et "nous espérons que l'administration, les fonctionnaires en Catalogne, respecteront les mesures qui ont été prises, les ordres, et garantiront les services publics", a déclaré le ministre espagnol des Affaires étrangères Alfonso Dastis dimanche soir.

Chacun attend en effet de savoir quelle va être l'attitude des quelque 200.000 fonctionnaires, supposés passer sous les ordres de Madrid.

Les Mossos rentrent dans le rang

Tout un symbole: l'ordre a été donné de retirer leur escorte aux dirigeants destitués et d'ôter les photographies de uigdemont dans les commissariats, a indiqué un porte-parole de la police catalane, dont la direction a été changée.

Un haut responsable indépendantiste voit lui le début d'"une espèce de guerre psychologique". Evoquant "un retour à la réalité", cette source admet que "le gouvernement de la République n'a pas la capacité de s'imposer" et de devenir "un gouvernement étatique".

Une certaine déception semblait régner dans la mouvance sécessionniste, mobilisée ces dernières années par d'immenses manifestations pacifiques pour réclamer "l'indépendance maintenant". Celle qui a été proclamée vendredi n'a été reconnue par aucun Etat à l'étranger et a été vivement contestée, dimanche, dans les rues de Barcelone. Le slogan "Puigdemont, en prison!" était régulièrement scandé dans cette marche organisée à l'appel de l'association Société civile catalane.

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