Massoud Barzani, président du Kurdistan irakien, démissionne

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MASSOUD BARZANI
Iraq's Kurdistan region's President Massoud Barzani gestures during a joint news conference with German Foreign Minister Sigmar Gabriel (not pictured) in Erbil, Iraq April 20, 2017. REUTERS/Azad Lashkari | Azad Lashkari / Reuters
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Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a annoncé dimanche quitter la présidence de cette région après son pari raté d'obtenir l'indépendance qui a conduit à la perte de presque tous les territoires que les Kurdes disputent à Bagdad.

Dans un climat d'extrême tension, les députés kurdes réunis à huis-clos ont pris connaissance de la lettre que M. Barzani leur a adressée annonçant qu'il ne serait plus président "après le 1er novembre".

"Après le 1er novembre, je n'exercerai plus mes fonctions et je refuse que mon mandat soit prolongé", affirme l'architecte du référendum d'indépendance du 25 septembre dans cette missive dont l'AFP a obtenu une copie.

Le Parlement kurde avait récemment gelé les prérogatives de M. Barzani à la suite des conséquences désastreuses de ce référendum.

Cette consultation, où le "oui" l'a largement emporté, a créé une crise sans précédent entre Bagdad et Erbil.

Aussitôt après les résultats, le gouvernement central irakien avait envoyé ses troupes reprendre le contrôle de toutes les zones situées hors de la région autonome et dont les combattants kurdes avaient pris le contrôle depuis 2003. En quelques jours, la quasi-totalité de ces territoires sont repassées aux mains du pouvoir central.

Pire encore, en reprenant les puits de pétrole de Kirkouk (nord), qui représentaient quasiment la moitié des revenus de la région autonome déjà fortement endettée, Bagdad portait un coup fatal à la viabilité économique du rêve kurde de créer un État.

Une poche stratégique pour les Kurdes d'Irak et de Syrie reste encore sous la menace de combats dans le nord du pays. Depuis deux jours, commandants peshmergas et irakiens tentent de trouver un accord pour un retrait sans violence des combattants kurdes du poste-frontière de Fichkhabour vers la Turquie.

"Je demande au Parlement de se réunir pour combler la vacance du pouvoir", a poursuivi M. Barzani qui avait cru pouvoir imposer son rêve d'indépendance, malgré le refus de la communauté internationale, à l'exception d'Israël.

A 71 ans, le leader kurde toujours revêtu de l'habit kaki des combattants kurdes (peshmergas), y affirme encore qu'il va "rester un peshmerga" et "défendre les acquis du peuple du Kurdistan".

Après la lecture de cette lettre, le Parlement devait décider de la répartition provisoire de ses pouvoirs d'ici l'élection présidentielle, dont la date n'est pas encore fixée.

L'opposition, notamment le parti Goran qui veut un "gouvernement de salut national" à la place de M. Barzani, s'oppose à la répartition proposée par les grands partis kurdes, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de M. Barzani et son rival de l'Union patriotique kurde (UPK), ont indiqué des députés.

Massoud Barzani "symbolise l'échec de la politique kurde et la seule chose qui lui reste à faire est de s'excuser publiquement", a lancé avant l'ouverture de la session Raboun Maarouf, député de Goran. Des partisans du président kurde l'ont aussitôt pris à parti.

Un député du PDK, Ari Harin, a, lui, dénoncé un "complot international".

Le mandat du premier président kurde élu, qui avait expiré en 2013, avait été prolongé de deux ans par le Parlement. Il s'est poursuivi sans élection ni décision formelle face au chaos engendré par l'offensive du groupe Etat islamique (EI).

Massoud Barzani, descendant d'une illustre famille de combattants pour l'indépendance - il est le fils de Mustapha, chef historique du mouvement kurde en Irak - part sans gloire alors qu'il y a un mois encore, il haranguait les foules en leur promettant l'indépendance.

Selon des diplomates, lors de ses fréquentes visites à Erbil avant le référendum, l'Iranien Qassem Souleimani, chargé des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite de l'Iran voisin, lui avait prédit qu'il serait contraint au départ s'il maintenait son référendum.

Son pari, il l'a lancé "avec le soutien d'une petite poignée de conseillers, pas à l'issue d'une opération démocratique", expliquait récemment à l'AFP Kirk Sowell, expert de la politique irakienne.

Il n'a pas pris au sérieux les mises en garde des pays occidentaux et notamment de son meilleur allié les États-Unis. Mais il n'a pas non plus mesuré à quel point l'Irak avait changé après les nombreuses victoires contre l'EI ni compris que le sentiment national était heurté par sa décision.

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