Les féministes tunisiennes défendent aussi l'égalité en faveur des hommes. Voici les preuves

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COUPLE TUNISIA
A Tunisian couple walks in Habib Bourguiba Avenue on February 28, 2012 in Tunis. The Association Tunisian Democratic Women (ATFD) is organizing a conference on strengthening and promotion of women's rights in Tunisia during the democratic transition and drafting of the Constitution, at the initiative of the Euro-Mediterranean Human Rights. The legal status of women in Tunisia is unique in the Arab world giving strict equality between men and women since since 1956. AFP PHOTO / FETHI BELAID (Pho | FETHI BELAID via Getty Images
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La justice tunisienne a ordonné à une femme divorcée de contribuer à la prise en charge de ses enfants mineurs. C'est une première en Tunisie qui a fait la Une des médias.

Dans ce cas d'espèce, la femme doit verser une pension mensuelle de 150 dinars à son ex-mari qui a obtenu la garde de leurs enfants afin de participer aux charges de ces derniers. Cette décision a été prise en se référant à l’article 23 du Code du statut personnel (CSP) qui dispose que "la femme doit contribuer aux charges de la famille si elle a des biens. Les deux époux coopèrent pour la conduite des affaires de la famille, la bonne éducation des enfants, la gestion des affaires ainsi que l'enseignement, les voyages et les transactions financières".

Un verdict qualifié d''exceptionnel" par les observateurs. Qu'en pensent les féministes en Tunisie?

Pour Monia Ben Jémia, juriste et présidente de l'Association tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD), l'article 23 du CSP doit être abrogé. Cet article énonce que l'époux est chef de famille. Si cela lui confère des avantages, les obligations financières sont aussi nombreuses car la participation de l'épouse aux dépenses de la famille est facultative. "Cet article n'est plus en adéquation avec la réalité des familles car les femmes en majorité participent aux dépenses. Par conséquent nous appelons à l'égalité entre hommes et femmes en la matière".

À noter que l'article 23 du CSP est discriminatoire envers l'homme en Tunisie mais pas moins envers la femme. Érigé l'homme en chef de famille entraine le fait que si sa femme quitte le domicile conjugal sans son autorisation, "elle est en état de 'nouchouz'" insubordination. Son mari peut alors demander et obtenir le divorce pour faute, conformément à une jurisprudence constante et ce, malgré l’abolition du devoir d’obéissance de la femme en 1993", note l'ATFD.

En cela l'article 23 du CSP est emblématique en montrant que l'inégalité entre les sexes est néfaste pour les femmes mais pernicieuse également pour les hommes, leur donnant certes des outils de supériorité mais aussi des charges injustifiées.

Autre charge qui pèse sur les hommes, fustigée par les féministes, l'institution de la dot pour la consommation du mariage.

Selon l'article 3 du CSP "La présence de deux témoins honorables et la fixation d'une dot au profit de la femme sont, en outre, requises pour la validité du mariage" et l'article 13 dispose que "Le mari ne peut, s'il n'a pas acquitté la dot, contraindre la femme à la consommation du mariage. Après la consommation du mariage, la femme, créancière de sa dot, ne peut qu'en réclamer le paiement. Le défaut de paiement par le mari ne constitue pas un cas de divorce."

Puisant ses origines dans la législation islamique, la dot est un apport financier légalement obligatoire pour toute validité du mariage. Elle devient une créance du mari auprès de sa femme après "consommation du mariage".

"Bien que symbolique, le maintien de la dot demeure une condition de consommation du mariage (...) Cet article incite à la violence en laissant entendre que, s’il a acquitté la dot, le mari peut contraindre la femme à la consommation du mariage, et légalise ainsi le viol conjugal", dénoncent les féministes dans le guide de 100 mesures pour enrayer les violences à l'égard des femmes, présenté par l'ATFD et la Fédération internationales des Droits de l'Homme (FIDH).

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