Des militants anticolonialistes belges "ont une grande part dans la décolonisation de l'Algérie"

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UNSPECIFIED - CIRCA 1900: Ferhat Abbas, First President Of Algeria (Photo by Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images) | DR
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"La Belgique (officielle) a sa part dans la colonisation de l'Algérie. Il est heureux que des Belges ont une grande part dans sa décolonisation". C'est dans ces termes que le documentaire "Le Front du Nord. Des Belges et la Guerre d'Algérie (1954-1962)" a pris fin lors de sa diffusion ce dimanche 29 octobre 2017, à l'occasion du colloque sur le rôle des Belges dans la guerre d'Algérie organisée par l'ambassade du Royaume de Belgique à la Bibliothèque nationale (El-Hamma).

Plusieurs ex-responsables de la fédération du FLN de France, dont Ali Haroun et Omar Boudaoud, sont venus en compagnie de plusieurs militants anti-colonialistes belges, dont Henriette Moureaux, Suzy Thuy-Rosendor et Anne Somerhausen, fille de Luc Somerhausen, venus témoigner à propos de cet épisode méconnu de l'histoire de l'Algérie.

Un historien de la guerre d'Algérie en Belgique, Paul-Emmanuel Babin et le réalisateur du documentaire "Le Front du Nord. Des Belges dans la guerre d'Algérie", Hugues Le Paige, se sont joints également au colloque, dont le coup d'envoi a été donné par les ministres de la Culture, Azzedine Mihoubi, des Moudjahidine, Tayeb Zitouni et de la Communication, Djamel Kaouane.

"Des Belges, au péril de leur vie parfois, ont aidé les Algériens et le FLN pendant la guerre d'Indépendance. Ils ont été membres de réseaux, porteurs de valises, passeurs de militants et de clandestins, mais aussi membres du collectif des avocats belges du FLN qui défendaient les militants algériens et le FLN devant les tribunaux français", a souligné l'Ambassadeur de Belgique en Algérie, Pierre Gillon, lors de son allocution de bienvenue.

Les profils, les histoires et les motivations de chacun de ces Belges étaient "très variés", mais un élément les rassemblait tous, dans la mesure où ils "croyaient en une cause juste", a-t-il rajouté, regrettant par ailleurs que cette histoire commune soit "assez mal connue en Belgique comme en Algérie".

La minorité qui a compris la lutte des Algériens

L'ex-responsable de la fédération de France du FLN, Ali Haroun, chargé de l'introduction historique, a tenu à distinguer la position du gouvernement de celle du peuple belge. "Soyons honnêtes. Nous parlons histoire. Nous ne sommes pas là pour faire du roman", a-t-il averti.

Après avoir qualifié cette journée d"'historique, au vu de la présence de ces personnalités", M. Haroun a rappelé que la Belgique a été un allié permanent du gouvernement colonialiste français, durant toute la guerre d'Algérie. "Dès octobre 1955, le gouvernement belge, représenté par son ministre des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak, s'opposait déjà lors de la 10e session de l’Assemblée générale des Nations unis à l’inscription de l’affaire algérienne à l’ordre du jour", a-t-il déclaré. "Spaak considérait la question algérienne comme une affaire intérieure française, échappant à la compétence de l’ONU, a-t-il rajouté.

Ali Haroun a aussi évoqué l'expulsion de Ferhat Abbas un 30 août 1956, alors porte-parle du FLN, d'une conférence de presse sur l'affaire algérienne à Bruxelles. "Le ministre de la justice a jugé cette activité de caractère politique inopportune de nature à compromettre de bonnes relations avec un pays voisin", a-t-il souligné.

Mais le chef de la fédération de France du FLN revenait sur ces fâcheux événements "pour situer le rôle de ces militants anticolonialiste". Une minorité, qui se situaient de gauche ou des chrétiens-progressites, "a compris le but de la lutte des Algériens".

Aide logistique, médiatique, judiciaire ...

Lors de son introduction, Ali Haroun a par la suite expliqué comment ces militants anticolonialistes, à leur tête Luc SomerHausen, Henriette et Serge Moureaux, procuraient une aide précieuse aux combattants algériens. "Plusieurs réseaux de soutien belges ont été créés et leurs représentants sont assis en face de moi. Ceci est un jour historique".

Le même intervenant a d'abord évoqué les aides logistiques, dont "le transport pour passer les frontières ou livrer des documents secrets". Serge Moreaux, avocat, "dont le père était ministre de la Culture, a mis la voiture officielle du ministère pour faire traverser les frontières à plusieurs militants", a révélé M. Haroun, aussi amusé comme son auditoire. “Même avec nos faux-passeports, nous ne pouvions pas nous héberger dans des hôtels. De même pour le transport de documents. Un maghrébin, vu son teint, ne pouvait pas passer inaperçu dans un train ou un bus”, a-t-il encore ironisé.

Luc "Alex" Somerhausen, est l'un des fondateurs du Comité pour la paix en Algérie, un collectif d'avocats équivalent aux militants français du "réseau Jeanson". "Ce réseau nous a beaucoup aidé, en matière de transport et d’hébergement. Alex était le fils du président du Conseil d’État belge. Pendant que son père se réunissait au 2e étage avec ses cadres, la fédération de France du FLN se réunissait dans le 3e étage", a révélé encore l'avocat.

Comme Somerhausen et Moreaux, d'autres militants belges ont ouvert leurs portes aux combattants algériens, comme les Jacmain, Louis et Irénée, des anciens de la résistance belge contre l'occupation allemande, proposent leur maison à Bruxelles.

Une contribution détaillée par Paul-Emmanuel Babin, historien de la guerre d'Algérie. Après avoir détaillé un "historique" du militantisme anti-colonialiste et les relations algéro-belges, du MTLD au FLN, jusqu'au FLN, cet intervenant a expliqué que les combattants algériens ont également utilisé la Belgique comme point de passage pour acheminer l'armement.

"Les militants anticolonialistes belges ont fait de la Belgique une plateforme à tremplin de choix, pour venir en aide aux Algériens et informer l'opinion publique sur la répression en Algérie", a-t- déclaré.

Soulignant que l'engagement de ces Belges se traduisaient entre 1954 et 1956 par des aides individuelles, Babin explique que la création du comité de soutien aux Algériens a ainsi permis de structurer cette activité. Il a ensuite rappelé qu'a partir de 1956 à 1962, "des anciens membres de la résistance, dont les Jacmain et Louis, ouvraient leur maison à Uccle à plus d'une centaines d'Algériens".

M. Babin s'est également interrogé sur les motivations et les causes ayant poussé ces ressortissants belges à s'engager dans une cause qui leur était étrangère, expliquant cela par les orientations politiques antérieures à la Révolution algérienne de ces militants belges, pour la majorité de gauche, progressistes ou fils d'anciens résistants.

"Rejet du mépris"

Suzy Rosendor explique quant à elle que son militantisme anti-colonialiste était "un héritage de famille", nourri par des convictions humanistes et internationalistes. Née en 1933, Suzy Rosendor s'est engagée durant son cursus universitaire aux Etudiants communistes avant de rejoindre au Parti communiste belge.

A partir de 1958, elle décide d'apporter son aide aux militants algériens et entre en contact avec des membres de l'UGTA et de la fédération de France du FLN. Elle est par la suite chargée de plusieurs missions, dont le transport régulier des cadres du FLN, de l'hébergement et du logement. "J'étais en relation avec les responsables de la fédération de France du FLN, notamment Omar Boudaoud".

En juillet 1962, elle a surtout participé à l'organisation du référendum d'autodétermination le 1er juillet 1962, à Charleroi, en Belgique.

Suzy expliquait que son engagement était surtout du à son rejet de l'injustice. "Mes convictions, je les ai héritées de ma famille. Mais la principale raison de mon engagement était mon rejet de l'injustice et le mépris" que subissait la population algérienne.

Ce colloque a également vu la diffusion du documentaire "Le Front du Nord. Des Belges et la Guerre d'Algérie (1954-1962)", dans lequel plusieurs militants, dont Luc Sommerhausen, reviennent sur cet épisode méconnu de l'histoire d'Algérie, qui a apporté "une grande part dans la décolonisation" de l'Algérie.

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