Sophia, la femme-robot qui a obtenu la citoyenneté saoudienne crée la controverse

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SOPHIA ROBOT
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Le futur? On y est déjà, vraisemblablement.

Peau en silicone, Sophia affiche un joli sourire, elle a le sens de l'humour et de la répartie et sait tenir une conversation. Certains se sont même demandés si l'interview accordée à Andrew Ross Sorkin de CNBC n'était pas une mise en scène.

Ce n'est pas Westworld, ce n'est pas Star Trek ni Austin Powers non plus. Sophia est un robot humanoïde développé par l’entreprise hong-kongaise Hanson Robotics, qui vient de recevoir la citoyenneté saoudienne, et elle n'est pas voilée.

Très vite, l'annonce a créé la controverse.

"C'est bon de voir le robot Sophia obtenir la citoyenneté saoudienne, quand mes parents ont vécu là bas pendant 20 ans sans l'avoir"

Mais pour la majorité des autres réactions, elles tournent surtout autour des droits des femmes:

"Certains sont scandalisés par le fait que le robot Sophia ait plus de droits que les femmes saoudiennes".

"Il semble qu'en Arabie Saoudite, même les robots vont pouvoir acquérir des droits, plus que les femmes"

""Sophia", un robot, est devenue citoyenne de l'Arabie Saoudite. Cela semble le seul moyen pour qu'une femme veuille volontairement la citoyenneté de l'Arabie Saoudite"

"Un robot est maintenant citoyen de l'Arabie Saoudite. Devra-t-elle porter la burqa ou aura-t-elle plus de droits que les femmes bien réelles?"

Trois raisons contre, par un professeur en Intelligence Artificielle

De sa part, un professeur en Intelligence Artificielle, Hussein Abbas, explique dans un billet publié sur The Conversation, trois raisons pour lesquelles la décision d'accorder la citoyenneté au robot Sophia a été hâtive.

Pour lui, cela représente un risque pour l'humanité, "la citoyenneté, statut honorable qu'un pays garanti pour son peuple, fait face, à mon avis, à un risque existentiel", écrit-il.

Cette décision est, d'après lui, prématurée pour trois raisons: Tout d'abord, l'identité, "qu'est ce qui définit l'identité de Sophia? un code à barre, une marque sur la peau, une signature électromagnétique?", se demande le professeur.

"Pour moi, l'identité est une construction multidimensionnelle. Elle se situe à l'intersection de qui on est biologiquement, cognitivement et comme définie par chaque expérience, culture et environnement qu'on rencontre".

Deuxièmement, ce sont les droits légaux. Le droit au vote par exemple. "Assumons que le robot Sophia ait le droit de voter. Qui prend la décision du vote le jour des élections? Est-ce Sophia ou le fabricant?". Bonne question.

Troisième raison, les droits sociaux. Sophia aura-t-elle le droit de se marier, d'adopter des enfants si elle le veut?

Les robots pourraient envahir la terre

Le professeur Hussein Abbas imagine un scénario éventuel. "Des étudiants de l'Université du Dakota du Nord ont commencé à créer des robots qui s'auto-répliquent en utilisant l'impression 3D", raconte-t-il.

"Si d'autres robots obtiennent la citoyenneté comme Sophia, peut-être qu'ils réclameront aussi leurs droits de s'auto-répliquer, en d'autres robots".

Et en se reproduisant, les robots "pourraient facilement dépasser la population humaine d'une nation", explique-t-il.

Et comme ils auront le droit de voter, "les humains pourraient se retrouver là où ils n'auraient pu l'imaginer", a conclut Hussein Abbas.

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