"Les bienheureux" de Sofia Djama est-il autobiographique?

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SOFIADJAMA
Cinemed
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Mercredi soir, nous avons découvert le film de Sophia Djama, "Les bienheureux". A la sortie de cette projection, nous avons été surpris car ce long-métrage n’incarne pas, à nos yeux, la réalité des familles algériennes. Lors de son point presse, nous l’avons interrogé à ce sujet. Elle nous livre son point de vue.

Alger, quelques années après la guerre civile. Amal et Samir ont décidé de fêter leur 20e anniversaire de mariage au restaurant. Pendant leur trajet, tous deux évoquent leur Algérie : Amal, à travers la perte de ses illusions, Samir par la nécessité de s’en accommoder. Au même moment, Fahim, leur fils, et ses deux amis, Feriel et Réda, errent dans une Algérie qui se referme peu à peu sur elle-même.

Le film se déroule à Alger, 20 ans après les événements d’octobre. Amal et Samir y fêtent leur 20 ans de mariage. On les découvre complètement usés. A l’image de l’Algérie?

L’histoire illustre les séquelles des années de sang et de terreur qu’ont vécu les Algériens au début des années 90. Elle illustre également l’impact de ces séquelles sur deux générations : les parents et leurs enfants. C’est à travers la perception des uns et des autres que se dessine le conflit de génération.

Pour nous, le couple Amel et Samir n’est pas un modèle représentatif des couples algériens...

Ce couple existe pourtant et représente une petite frange de la société dont on ne parle pas beaucoup. Ces gens, ce sont ma famille, mes amis, des amis de mes parents. A travers ce couple, j’ai voulu mettre l’accent sur la multitude de réalités qui existent en Algérie, sur cette frange de la population de hauts fonctionnaires. Ces derniers mènent leur vie comme ils l’entendent. Leur vie est toujours filmée de l’intérieur (maison, appartement, restaurant…). A huis-clos, on voit tout de même comment le poids de l’extérieur pèse sur leur vie.

Le film est tourné à Alger. Il raconte des faits algériens mais la langue dominante est le français. Est-ce que cela est fait exprès ?

J’ai voulu mettre en lumière la dimension linguistique de l’Algérie. Cette dimension reflète notre richesse identitaire. Le français existe en Algérie. C’est pour cela qu’on le retrouve avec force dans les dialogues. L’arabe aussi est important, on le retrouve autant que le français. En arabe et en français, la francophonie est en nous. On n’a pas à le nier.


Nous avons trouvé incohérent que Samir, le progressiste, qui pratique l’avortement illégalement, menace à un moment son épouse. Il la menace d’user du code de la famille pour l’empêcher de quitter le pays avec son fils.

Ces faits se déroulent lors de leur soirée d’anniversaire. Lors de cette dispute, ils mettent des mots sur leur malaise. Ils n’arrivent pas à s’entendre sur l’avenir de leur fils Fahim. Amel veut partir à l’étranger avec son fils pour assurer son avenir. Samir, gynécologue, veut rester en Algérie et continuer son busines illégal. A ce moment-là, il lui jette à la figure ce code de la famille contre lequel ils ont lutté ensemble (le code de la famille met l’épouse en position de mineur face à l’autorité masculine, ndlr). C’est une manière de montrer la fracture que vit ce couple et le désarroi de cet homme qui veut rester dans son pays. Le fait de la menacer de la sorte est extrêmement violent et lui-même s’en rend compte. Quand au code de la famille, il y a eu quand même une nette avancée à partir de 2006, et c’est super important.

A l'occasion du Cinemed, le HuffPost Algérie publie, conjointement avec d'autres publications, les articles de couvertures d'étudiants en journalisme, accueillis par le festival à Montpellier.

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