"Des racines et des ailes", l'exposition qui revisite le patrimoine marocain à travers le design

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EXPOSITION - "Des racines et des ailes" porte bien son nom. L'exposition qui se tient actuellement, et jusqu'au 30 octobre, à la galerie Delaporte dans le cadre de la Casablanca Design Week nous hisse au rang du meilleur du design local, tout en nous replongeant dans l'essence de notre culture, nous donnant ainsi à voir une sélection d'objets contemporains explorant l'histoire d'inventions marocaines.

Près d’une vingtaine de designers de différentes disciplines y sont mis en avant, comme le graphiste Brahim Boucheikha, la styliste Kenza Bennani ou encore l'artiste Myriam Mourabit. De la typographie aux bijoux féminins, en passant par l’ameublement, les visiteurs de l’exposition seront gâtés par la diversité des oeuvres exposées.

Du masculin au féminin

Dès l’entrée de la villa Delaporte, on retrouve une reproduction d’atelier de designer, un tableau d’inspiration en liège où sont épinglés des croquis, des photos de mannequins, des motifs, des bouts de tissus. Sur la table en bois, des ciseaux de tailleurs sont posés à côté d’un grand nuancier de couleurs et de tissus. Sur le mur bleu turquoise, une ligne en pointillé dorée retrace l’évolution de la besace marocaine qui, au départ, servait de protection pour un petit recueil de prières “Dalaïl al Khayrat” écrit au 15e siècle par l’imam marocain soufi, Al Jazulî. “Il servait de talisman pour les cavaliers pendant la guerre", raconte Kenza Bennani au HuffPost Maroc.

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“Beaucoup d’hommes marocains ne sortaient pas non plus sans ce petit livre. Il est très vite devenu un symbole de statut social. Plus il est orné, plus le statut l’homme qui le portait était élevé", explique la designer. “Le sac n’était pas destiné aux femmes puisqu’elles ne sortaient généralement pas de chez elles. Plus tard, Yves Saint Laurent débarque à Marrakech et le transforme en un véritable accessoire féminin", continue-t-elle.

La fondatrice de la marque New Tangier a ainsi voulu redonner vie à cette sacoche ornementée dont la confection traditionnelle a été perdue selon elle par les artisans, qui n’ont pas su la passer aux nouvelles générations. La designer a essayé de rendre la besace plus épurée, mais a choisi de garder la même méthode fermeture à trois trous. “C’est tout bête mais c’est toujours aussi efficace”, dit-elle de cette création fabriquée à la main par des mâalems marocains.

Petit tour d'horizon

En sortant de la pièce, une installation d’assiettes accrochées dans un des coins de la galerie attire notre attention. De loin, les formes ondulantes peintes de différentes couleurs sur des plats en argile blanc se ressemblent. Mais en se rapprochant, on se rend vite compte qu'il s'agit de lettres arabes, berbères et latines. Une harmonie des formes que le graphiste Brahim Boucheikha est parvenu à réaliser en créant une typographie commune et en collaborant avec un artisan-potier. “C’est aussi une preuve qu’on peut rester unis même si nos lettres divergent”, explique Kenza Amrouk, spécialiste en art contemporain et commissaire de cette exposition.

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Brahim Boucheikha vient combler ce manque de diversité typographique que connait la langue arabe comparée à la multitude de typographies et de polices disponibles en caractères latins. Un paradoxe qui existe toujours malgré la richesse offerte par l’art de la calligraphie. “Pour avoir travaillé plusieurs fois sur de la traduction, c’est toujours très difficile de trouver une même typographie arabe et latine”, confie la commissaire d’exposition.

Toujours dans l’univers du graphisme, on retrouve aussi les créations décalées et pleines d’humour de la jeune graphiste Fadwa Azhari, qui n’hésite pas à intégrer des références culturelles dans ses images, notamment les paroles des chansons de Oum Kelthoum. En face, des cercles et tambours brodées à la main par Ghita Tagmouti de motifs de zellige marocain apportent une touche de douceur à l’ensemble des éléments exposés.

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Plus loin, un mur de zelliges intrigue les visiteurs. Le mur imposant contraste avec la légèreté de la fresque qu’il soutient. La couleur bleue, très foncée en bas du mur, s’estompe en allant vers le haut pour laisser place à la couleur ocre de la pierre. On peut y distinguer également quelques motifs de décorations murales typiques de l’architecture marocaine. Le résultat d’une collaboration entre Myriam Mourabit et l’atelier de fabrication de zellige Aït Manos, qui ont su transformer le losange du zellige en un pixel (d'où le titre de l'oeuvre clin d'oeil, PikZel) qu’ils pourront manipuler à leur gré, grâce à la fragmentation du motif.

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Modernisation ou retour aux traditions?

À l'étage, un paravent de plus de deux mètres se dresse devant nous. Si la matière de cet imposant moucharabieh fait penser à du bois, il s'agit en réalité d'un assemblage de plaques en Forex à tenon et mortaise revêtues d’un effet-bois. “On l’assemble comme on assemblerait un meuble Ikea”, plaisante Achouk. C’est justement cette simplicité que l’artiste cherchait en étudiant de près le moucharabieh traditionnel et en essayant de le décomposer. Les plaques sont moins chères, plus légères et laissent une plus grande liberté de présentation, mais forment aussi de jolies ombres sur les murs, le soir venu. “L’artiste a su garder l’essence de cet objet qu’on retrouvait autrefois dans tous les riads du royaume”, souligne Kenza Amrouk.

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Une nostalgie du passé qui se reflète également chez le styliste Karim Tassi, qui a voulu revisiter un des habits traditionnels marocains, le Selham, en créant un modèle unisexe. Dehors, des tapis en plastique recyclés tissés par Soukaina Aziz El Idrissi flottent au balcon aux rythmes du vent.

Si ces designers ont une approche résolument moderne dans la conception de l’objet, l’inspiration marocaine traditionnelle est présente et parfaitement restituée dans leurs créations. Leur héritage culturel influençant leur processus de création, l’artisan, lui, n’est pas laissé de côté puisque presque tous les designers présentés ont eu recours à ces mains de maîtres pour concrétiser leur idée. L’ensemble des éléments finissent par composer une exposition assez didactique qui définit le design dans un contexte marocain.

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