Pourquoi le photojournaliste Reza expose cette photo dans l'enceinte de l'hôpital Sainte-Anne

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ANTHONY MICALLEF
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PHOTOGRAPHIE - Jusqu'au 5 novembre, le secteur psychiatrie et neuroscience du Centre hospitalier Sainte-Anne, à Paris, organise "Fenêtres de l'Âme", une exposition de dix photos, prises et sélectionnées par le photojournaliste iranien Reza Deghati.

Parmi ces photos, toutes proviennent de différents reportages, en France et à l'étranger, du photographe notamment connu pour son portrait du commandant Massoud. C'est sur un cliché pris à Étretat, en Normandie, que le photojournaliste a souhaité s'arrêter. Il résume pour lui toute la démarche de cette exposition dans l'allée centrale de l'hôpital.

"Cette photo représente plusieurs choses. La passion, la fascination avec le coucher de soleil, mais aussi la liberté avec le mouvement de l'envol. On ne sait pas où est le deuxième pied, on ne devine rien. Chacun peut d'ailleurs imaginer le visage qu'il veut. Dans la position de ce corps, certains peuvent aussi voir une croix. Cette photo représente une personne, libre de son corps et de ses mouvements. "

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Cette image a du sens dans cette exposition assez inédite dans le Centre hospitalier parisien. L'objectif? Déstigmatiser le service psychiatrique, faire évoluer le regard sur les personnes en situation de handicap mental et les troubles de la santé mentale. Reza incite le public à venir se promener dans le parc (public) de l'hôpital, tout en respectant les lieux et ses patients.

"La photo est ici presque comme un prétexte, explique Reza au HuffPost. J'ai aussi envie que l'exposition ait un impact positif sur les patients et je veux faire entrer du monde dans ces lieux. On a tendance à emmurer les personnes imparfaites. Mais 'Fenêtres de l'Âme' veut permettre de connecter les gens ensemble, quelles que soient leurs différences."

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Un projet né en 2015

Il y a deux ans, une quinzaine de patients du secteur psychiatrie et leur équipe soignante sont allés voir l'exposition du photographe, sur les quais de la Seine. "Quelque chose s'est créé à ce moment", sourit Reza.

"Leurs réactions m'ont énormément touché. Ils sont très conscients visuellement. Peut-être même plus que d'autres personnes... alors qu'on les juge sur leur 'extérieur', ils sont une toute autre personne à l'intérieur", raconte le photographe. "Quelques temps après, j'ai reçu un cahier de textes, des lettres qu'ils m'ont écrites. C'était le début de ce projet."

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Architecte de formation, Reza explique construire ses expositions en s'inspirant de cette expérience. "Je les personnalise toujours, rien n'est figé, je les imagine détail après détail en apportant mon expérience. Parmi ces dix photos, chacune révèle quelque chose qui parlera aux patients."

Dans cette exposition gratuite, le public découvrira une photographie de deux enfants portant une télé cassée, prise dans un village kurde. "Je pense par exemple que cette télé peut les amener à réfléchir. Tous ont accès à la télévision dans leur quotidien et aux programmes qui sont proposés. Mais le fait qu'elle soit cassée et ouverte, amène à réfléchir", suggère-t-il.

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En exposant sur les murs d'espaces publics, comme c'est ici le cas dans l'hôpital Sainte-Anne ou auparavant sur les quais de la Seine ou de la Garonne, Reza dit également vouloir prendre soin "d'une société civile endommagée" et "se réapproprier" les espaces publics.

"La ville, c'est comme un livre de connaissances sur et pour les citoyens. Or aujourd'hui, ces 'pages blanches' sont des pollutions mentales. Il y a des publicités partout, des messages qui restent dans l'inconscient, même si on ne s'en rend pas compte." Le photojournaliste explique qu'il essaie donc de faire des expositions, en extérieur, "un peu partout", pour changer cela.

"Un photojournaliste est toujours engagé, c'est le sens même de son travail. À chacun de voir ce qu'il veut derrière", conclut Reza avant d'aller rejoindre les patients du service pour commenter, avec eux, l'exposition, deux ans après leur première rencontre sur les bords de Seine.

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