La crise du Rif en dix dates

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AL HOCEIMA
Thousands of protesters shout slogans during a demonstration in the northern town of Al-Hoceima against official abuses and corruption, Morocco June 1, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
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RIF - Ce samedi 28 octobre marquera le premier anniversaire de la mort de Mouhcine Fikri, mais aussi celui de la naissance du Hirak, mouvement aux revendications sociales et politiques né au lendemain de la disparition tragique de ce vendeur de poisson, et d'une crise qui semble s'enliser. Une crise telle que les conséquences continuent de marquer le paysage politique mais aussi sociétal marocain.

Si mardi 24 octobre dernier, suite à la remise du rapport de la Cour des comptes sur les multiples dysfonctionnements qui ont entaché le programme de développement de la région, trois ministres ont été limogés par le roi Mohammed VI, subsiste l'espoir des familles des détenus et des défenseurs des droits de l'Homme de voir libérer les prisonniers du Hirak, et de constater le renouveau d'une région en quête d'un nouveau souffle.

Contestations pacifiques, promesses politiques, répressions policières, désaveu royal et cinglant de membres du gouvernement... Voici en dix dates, les temps forts de la crise du Rif, de la mort de Mouhcine Fikri à aujourd'hui.

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    28 octobre 2016: Mort de Mouhcine Fikri
    AIC Press
    C'est une crise qui commence par un drame Alors qu'il tentait de récupérer des poissons jetés dans un camion à ordure par la police, Mouhcine Fikri, vendeur de poisson de 31 ans, se jette dans la benne pour récupérer sa marchandise. Il meurt écrasé dans le conteneur sous les regards horrifié des témoins. Dès le lendemain de sa mort, le Rif ne s'embrase pas encore mais s'éveille. Des sit-in sont organisés à Al Hoceima et sa région. C'est le début de la "crise du Rif" et du mouvement du Hirak, contre la hogra, les problèmes de développement de la région et les multiples arrestations de militants.
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    Début novembre: La colère monte
    DR
    Alors que les images de la mort violente de Mouhcine Fikri font le tour du monde, dans le Rif et le reste du pays, la colère monte. Du côté du gouvernement, l'ancien ministre de l'Intérieur, Mohamed Hassad, visite la famille de Mouhcine Fikri et promet une enquête sur la mort du jeune homme. Dans le reste du pays des manifestations s'organisent pour protester contre la "hogra". Les mouvements de protestations, notamment ceux organisés dans le Rif, ont tous le même mot d'ordre: la responsabilité d'une contestation pacifique.
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    Février-Mai 2017: "Liberté", "Dignité" et "Justice" scandées
    Alors que le Rif vit depuis quelques mois au rythme de manifestations pacifiques, celles-ci vont être de plus en plus marquées par des échauffourées. Le 5 février, des affrontements éclatent entre des manifestants et les forces de l'ordre à Boukidan, une commune d'Al Hoceima. Commence plusieurs mois de face à face tendus entre manifestants et forces de l'ordre. Face aux tensions vives, les autorités locales mettent en garde les "leaders de la contestation", tandis que des structures comme l'AMDH appellent au dialogue.
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    29 mai 2017: Arrestation de Zefzafi
    REUTERS/Youssef Boudlal
    Alors que le Hirak s'intensifie, la figure de Nasser Zefzafi cristallise toute les tensions. Celles-ci atteignent leur paroxysme vendredi 26 mai 2017, lorsque le leader du mouvement pacifique interrompt un imam qui appelait les fidèles à se mobiliser contre les manifestations. S'en suit une course poursuite surréaliste sur les toits d'Al Hoceima avec les forces de l'ordre. Zefzafi sera finalement arrêté quelques jours plus tard. Une arrestation qui marque le début d'une série de coups de filet visant le noyau dur du mouvement.
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    31 mai 2017: La majorité gouvernementale attaque, puis recule
    Facebook/PJD
    Fin mai, la majorité gouvernementale revoit sa copie et rectifie le tir de sa communication dans le contexte de la crise d'Al Hoceima. Mi-mai, alors que les tensions s'intensifiaient dans la région du Nord, la majorité gouvernementale se fend d'une déclaration accusant les manifestants de séparatisme. Une sortie qui accentue la colère, au point qu'El Othmani reconnaitra quelques semaines plus tard avoir eu tort d'accuser les manifestants de séparatisme. Mais le mal est déjà fait...
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    11 juin 2017: Marche nationale de soutien au Hirak à Rabat
    Twitter/FredPrab
    L'avenue Mohammed V de Rabat est noir de monde le 11 juin, envahie par une foule de manifestants venus exprimer leur soutien au Rif et aux détenus du Hirak. L'appel de nombreux acteurs et organisations associatives et politiques, réclamant la libération des membres du mouvement né dans le Nord du Maroc a été entendu. Selon la MAP, qui cite des "observateurs", cette marche a réunit 12.000 à 15.000 manifestants. Parmi les manifestants, les parents de Nasser Zefzafi donnent aussi de la voix pour la libération des détenus. Les images de la mobilisation seront largement relayées par la presse internationale.
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    20 juillet 2017: Une manifestation et des blessés
    Youssef Boudlal/Reuters
    Interdite par les autorités, une manifestation de soutien au Hirak organisée le 20 juillet dégénère. Des affrontements éclatent rapidement entre la police et un groupe de manifestants. Bilan: 72 éléments des forces publiques blessés, des blessures plus ou moins graves dues à des jets de pierres et 11 personnes blessées du côté des manifestants, suite à l'usage de gaz lacrymogène, rapporte la préfecture de la province d'Al Hoceima. Les images d'affrontements entre manifestants et policiers dans les ruelles d'Al Hoceima font le tour du monde, la presse internationale se fait plus que jamais l'écho de la crise.
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    29 juillet 2017: Grâce royale
    DR
    Les familles des détenus du Hirak attendaient cette annonce avec impatience. Avant même la retransmission du discours du roi donné à l'occasion de la fête du trône, un communiqué annonce que le roi a accordé sa grâce à 1.178 personnes, dont des détenus du Hirak. Parmi eux, Silya, un des visages du Hirak. Si les familles des détenus espèrent voir arriver d'autres grâces royales, ces derniers voient vite leur espoir s'envoler. Plusieurs militants resteront par la suite derrière les barreaux, dans l'attente de l'issue de leur procès.
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    8 août 2017: Mort d'Imad El Attabi
    Ghita Ismaili
    Blessé par des jets de bombes lacrymogènes lors de la marche du 20 juillet, Imad El Attabi succombe à ses blessures quelques jours après. Sa disparition ranime une nouvelle fois les tensions dans la région. Du côté des détenus du Hirak, les procès commencent mais les reports se multiplient. Les premières annonces de grèves de la faim, selon les familles des détenues inquiètes et les avocats de la défense, sont relayées par la presse et par les organisations de défense de droits de l'homme. Annonces régulièrement démenties par la délégation générale à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion.
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    24 octobre 2017: Le rapport accablant de la Cour des comptes
    DR
    Suite au rapport sur les dysfonctionnements observés dans l'élaboration du programme de développement de la région d'Al Hoceima, remis mardi 24 octobre par le président de la Cour des Comptes, Driss Jettou au roi Mohammed VI, ce dernier a démis de leur fonctions Mohamed Hassad, actuel ministre de l'Éducation nationale et ancien ministre de l'Intérieur, Mohamed Nabil Benabdellah, ministre de l'Habitat et de l'Aménagement du territoire, et Houcine El Ouardi, ministre de la Santé. Une annonce qui relance le débat autour de la gestion de la crise du Rif par le gouvernement. Ce week-end, des manifestations en mémoire de Mohcine Fikri et demandant la libération des détenus, sont également prévues... mais interdites par les autorités. L'apaisement ne semble toujours pas d'actualité.
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