Les immortels de l'Académie Française entrent en guerre contre la féminisation de la grammaire

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FRENCH ACADEMY
Francois Cheng (C) attends an annual public session at the Academie francaise (French Academy) in Paris, France, December 1, 2016. REUTERS/Benoit Tessier | Benoit Tessier / Reuters
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Les immortels de l'Académie Française entrent en guerre contre l'écriture inclusive. Dans une déclaration relayée ce jeudi 26 octobre par Le Figaro, ils jugent "cette aberration" comme "un péril mortel". Rien que ça.

L'écriture inclusive est un mode d'écriture qui vise à féminiser la grammaire en plaçant à la fin des mots, quand c'est nécessaire, la terminaison du féminin entre des points. Ainsi, "les Immortels de l'Académie française" deviendrait "les Immortel.le.s de l'Académie française".

Elle est notamment recommandée par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, qui écrivait en 2015 que "les représentations auxquelles les citoyen.ne.s sont constamment exposé.e.s renforcent les stéréotypes de sexe et les inégalités entre les femmes et les hommes".

Pour l'Académie française, ce mode d'écriture, dont les Immortels ne voient pas "l'objectif poursuivi", crée "une confusion qui confine à l'illisibilité". Les difficultés de lecture engendrées pénaliseraient donc à la fois l'apprentissage et la lecture, mais aussi "les promesses de la francophonie".

L'écriture inclusive avait été mise sur le devant de la scène par la médiatisation, en septembre 2017, du premier manuel scolaire à l'avoir adoptée. Intitulé "Questionner le Monde", le livre avait été salué par Hatier, son éditeur, ainsi que par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, mais critiqué par d'autres, comme le chroniqueur Raphaël Enthoven qui craignait un "négationnisme vertueux".

Un mois plus tard, les Immortels, chargés selon leurs statuts de "donner des règles certaines à notre langue", se rangent à leur tour parmi les critiques:

"La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu'elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l'illisibilité. On voit mal quel est l'objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d'écriture, de lecture - visuelle ou à voix haute - et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Plus que toute autre institution, l'Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu'elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c'est moins en gardienne de la norme qu'en garante de l'avenir qu'elle lance un cri d'alarme: devant cette aberration "inclusive", la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd'hui comptable devant les générations futures.

Il est déjà difficile d'acquérir une langue, qu'en sera-t-il si l'usage y ajoute des formes secondes et altérées? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s'empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d'autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète."

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