Puigdemont ne convoque pas d'élections faute de "garanties", le bras de fer avec Madrid continue

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ESPAGNE - L'incertitude règne toujours en Espagne. Le président catalan Carles Puigdemont a déclaré jeudi 26 octobre qu'il ne convoquerait pas d'élections régionales en Catalogne pour surmonter son conflit avec Mariano Rajoy, faute de garanties suffisantes du gouvernement, qui a demandé la mise sous tutelle de sa région.

L'indépendantiste a également appelé le parlement catalan à décider de l'attitude à adopter face à Madrid, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête de l'article.

Puigdemont ne tranche pas

Soumis à de fortes pressions de toutes parts, Carles Puigdemont avait plusieurs fois repoussé une allocution sur la situation politique depuis la mi-journée. Plusieurs élus de son parti annonçaient même qu'il avait finalement décidé de convoquer ces élections, au grand soulagement de ceux qui craignent que la crise entre les indépendantistes et Madrid ne déstabilise toute l'Espagne, voire l'Europe.

"J'étais disposé à convoquer ces élections (...) il était de mon devoir de le tenter pour éviter l'impact sur nos institutions" d'une mise sous tutelle de la Catalogne, a ensuite déclaré le président catalan. Puis il a assuré qu'il n'avait réussi à obtenir "aucune garantie" de la part du gouvernement de Madrid.

"Il revient au Parlement (catalan) de déterminer les conséquences de l'application contre la Catalogne de l'article 155", a-t-il ajouté sans autres précisions. Dans l'après-midi, le président catalan était dans l'attente d'un engagement du gouvernement espagnol à ne pas mettre la région sous tutelle au cas où il convoquerait ces élections, ont déclaré des sources proches des négociations à l'AFP.

Les contacts indirects s'étaient multipliés ces derniers jours entre Carles Puigdemont, le gouvernement Rajoy et le Palais royal, selon une autre source politique impliquée dans ces négociations, mais ils n'ont pas porté leurs fruits.

La suspension de l'autonomie se rapproche

Quelques minutes après l'allocution du président catalan, à quelque 600 km de là, la vice-présidente du gouvernement espagnol Soraya Saenz de Santamaria commençait à défendre devant le Sénat à Madrid l'application de l'article 155, pour "ouvrir une nouvelle étape" dans laquelle la loi serait "respectée".

A Barcelone, les indépendantistes les plus radicaux pressaient Carles Puigdemont de proclamer immédiatement l'indépendance de la région et la création d'une "République catalane".

Ils mettaient en avant les résultats du référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre - émaillé de violences policières -, soutenant qu'ils constituaient "un mandat" pour cette déclaration unilatérale d'indépendance. Ces résultats, invérifiables, donnaient 90% de "oui" à l'indépendance avec 43% de participation. En milieu de journée, plusieurs milliers de manifestants s'étaient même massés devant le siège du gouvernement catalan pour exiger une proclamation unilatérale de l'indépendance, certains accusant même déjà le président de la région d'être "un traître".

Et la direction du parti de gauche indépendantiste ERC avait demandé à l'indépendantiste de "reconsidérer sa décision de convoquer des élections", menaçant d'abandonner son gouvernement, a assuré un porte-parole de cette formation.

Sous pression, le président de la région catalane s'en remet à un Parlement profondément divisé. Au même moment, une commission sénatoriale se réuni pour préparer le vote de la mise sous tutelle de la Catalogne prévue vendredi 27. Au contraire de Carles Puigdement, Mariano Rajoy va pouvoir compter sur un Parlement majoritairement acquis à sa cause. Le conservateur devrait enregistrer les soutiens du Parti socialiste et des libéraux de Ciudadanos, né en Catalogne contre l'indépendance. Sauf énorme retournement de situation, la Catalogne perdra, vendredi 27 octobre son statut de région autonome espagnole.

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